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    EDITH PIAF et ses hommes

     

     

    Qui ne connaît pas Edith Piaf? La Môme? La chanteuse française mondialement connue a disparu il y a maintenant cinquante ans des suites d'une insuffisance hépatique à l'âge de 47 ans. Ce petit bout de femme est la voix française qui s'est le mieux exportée. Dans le monde entier, on chante «La vie en rose», l'un des premiers titres qu'elle a écrits. Mais Edith Piaf a aussi eu une vie tumultueuse, parsemée de grandes histoires d'amour. Photo: Edith Piaf dans une chambre d'hôtel à New York, le 2 novembre 1948.Réalisation: Charlotte Gonthier

     

      

    EDITH PIAF et les hommes de sa vie...

      

      

    Jean Cocteau, très grand ami d'Edith Piaf, meurt le 11 octobre 1963, le jour où la mort d'Edith Piaf est annoncée. Photo: Edith Piaf et Jean Cocteau dans Le bel Indifférent en 1940.

      

      

      

      

    EDITH PIAF et ses hommes

     

     

      

      

    A l'époque où elle s'appelle encore Edith Gassion, Louis Dupont devient son premier amour. Elle n'a que 17 ans quand elle devient maman de Marcelle, qui meurt deux ans plus tard d'une méningite.

    Ensuite vient Paul Meurisse avec lequel elle partage l'affiche du Bel Indifférent de Jean Cocteau. Elle restera avec lui jusqu'en 1942.

     

     

     

     

    EDITH PIAF et ses hommes

     

      

      

    De 1944 à 1946, elle vivra une romance avec le tout jeune Yves Montand. Elle lui donnera quelques ficelles pour réussir dans le métier. C'est aussi à cette époque qu'elle écrit «La vie en rose».

     

     

    EDITH PIAF et les hommes de sa vie...

     

     

     

    Autre homme qui a marqué sa vie, Charles Aznavour (d) qui pendant un moment sera son homme à tout faire et confident. Il fera partie des hommes dont la carrière a décollé grâce à Piaf.

     

     

     

     

     

     

     

    EDITH PIAF et ses hommes

     

      

      

    Edith Piaf entourée des Compagnons de la chanson, qu'elle a rencontrés en 1946 et avec qui elle a fait une tournée en Europe du Nord. Un des Compagnons de la chanson se nomme Jean-Louis Jaubert. Il devient l'amant de Piaf pendant deux ans.

     

     

    EDITH PIAF et ses hommes

     

     

      

    En 1948, elle le quitte pour l'amour de sa vie le futur champion du monde de boxe, Marcel Cerdan. Son grand amour se tuera dans un accident d'avion en 1949 sur un vol Paris-New York. Edith Piaf, déjà très affaiblie par sa polyarthrite aiguë, est anéantie par la perte de son homme.

    Photo: Edith Piaf et Marcel Cerdan trinquent le 17 mars 1948.

     

     

    EDITH PIAF et ses hommes

     

     

    En 1951, Edith Piaf rencontre le cycliste Louis Gérardin avec qui elle entame une relation alors que ce dernier est marié. Après cinq mois, cette histoire s'arrête mais Piaf n'arrive pas à l'oublier. Elle lui écrira nombre de lettres d'amour (photo) pendant près d'un an.

     

     

    EDITH PIAF et les hommes de sa vie...

     

     

    Quelques jours après l'arrêt de sa correspondance, elle épouse Jacques Pills, de son vrai nom René Ducos.

    Photo: Edith Piaf avec Jacques Pills, Maurice Chevalier et Jean-Jacques Vital en  1952.

     

     

    EDITH PIAF et les hommes de sa vie...

     

     

    L'événement se passe à New York et fera la couverture de nombreux magazines. La témoin de Piaf n'est autre que Marlène Dietrich (photo). Leur union durera quatre ans, pendant lesquels Piaf fera une première cure de désintoxication.

     

     

     

    EDITH PIAF et les hommes de sa vie...

     

    Elle et George Moustaki, de 19 ans son cadet, vivront une histoire d'amour jusqu'en 1959. L'année précédente, ils ont eu un grave accident de voiture qui diminue encore plus la môme Piaf et la rend encore plus accro à la morphine.

     

     

    EDITH PIAF et les hommes de sa vie...

     

     

    Son dernier mari s'appelle Théo Sarapo. Il a 26 ans, elle 46. Ils se marient le 9 octobre 1962. Edith meurt quasiment un an après jour pour jour, puisqu'elle s'éteint à Grasse le 10 octobre 1963.

     

     

     

    EDITH PIAF et les hommes de sa vie...

     

     

     

    Bruno Coquatrix, le directeur de l'Olympia, lui doit beaucoup. C'est Edith Piaf qui sauve le lieu mythique en y faisant une série de concerts pour récolter assez de fonds pour renflouer les caisses. C'est à cette occasion qu'elle chantera la première fois «Non, je ne regrette rien».

     

     

    http://www.20minutes.fr/culture/diaporama-3873-

    photo-749375-edith-piaf-hommes-vie

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    Paris pour les pervers

     

    une «archéologie érotique de la Belle Époque»

    Tony Perrottet débute son reportage parisien par une visite

    rue Saint-Denis et rue Blondel.

     

    Pour vraiment s’imprégner de l’essence de Paris, rien ne vaut un grand tour des bordels.

    Au début, il fut difficile de trouver trace de ces emporiums légendaires consacrés aux plaisirs de la chair et qui firent la réputation de la ville au XIXe siècle. Ils furent tous fermés par le gouvernement français il y a plus de six décennies et furent convertis à divers usages commerciaux au fil des années.

      

    Tout ce que je pouvais trouver, c’était des bribes —quelques vitraux par-ci, une portière étrangement ornée par-là. Mais quand je suis allé au 32, rue Blondel, le site d’un luxueux lieu de débauche appelé autrefois Aux Belles Poules, l’ambiance historique a été soudainement ressuscitée.

     

     

    »Une maquette imaginaire d'un bordel parisien haut de gamme. Musée de l'Érotisme, Paris.

    - Une maquette imaginaire d'un bordel parisien haut de gamme. Musée de l'Érotisme, Paris. -


    Rue Saint-Denis et rue Blondel

      

    Une petite promenade le long des boulevards étincelants de la rive droite m’a mené rue Saint-Denis, synonyme de prostitution à Paris depuis le Moyen Âge et qui a toujours sa quantité de filles qui font le trottoir entre les vendeurs africains.

      

    La rue Blondel a une réputation pire encore, c’est une allée étroite où des prostituées plus mûres et des travestis musclés rôdent dans les portes cochères, portant toutes et tous des collants serrés en léopard et des bustiers plongeants.

      

      

    Aujourd’hui, l’atmosphère est peut-être digne d’un film de Fellini, mais le numéro 32 fut autrefois le «spot» du glamour parisien, où des gentlemen victoriens allaient en masse pour jouir de merveilles érotiques sophistiquées.

      

    Aux Belles Poules fut apprécié en particulier pour ses tableaux vivants.

      

    Des couples parisiens aisés et des touristes à la recherche d’aventure apprécièrent ses pièces créatives telles que La nonne affolée, L’épouse se réveille ou Les officiers de marine en goguette, avec des actrices portant des phallus magenta.

      

      

    Aujourd’hui, Aux Belles Poules est facilement identifiable grâce au carrelage d’origine en faïence rouge de sa façade.

      

    Comme tous les bordels parisiens, il fut fermé en 1946 à l’occasion du grand coup de balai conservateur sur le marché français du sexe qui suivit la Seconde Guerre mondiale.

      

      

      

    Le bâtiment fut reconverti en logement pour étudiants, pendant que le rez-de-chaussée fut occupé par un grossiste en bonbons pendant des décennies, puis un importateur de vêtements chinois, avant qu’il ne soit fermé il y a deux ans.

      

      

    Quand je suis entré dans le hall, j’ai trouvé intactes les mosaïques abstraites sur le sol et la rampe d’escalier élégante en fer forgé. Le grand salon du bordel comporte toujours une galerie de peintures érotiques en carreaux de céramique.

      

    Des nymphes voluptueuses se prélassent sur des nuages floconneux.

      

    D’autres femmes dansent de façon onirique, dans un style qui évoque les fresques de Pompéi. Des miroirs antiques peuvent être aperçus derrière les tuyaux rouillés. Ce n’est que la difficulté physique pour enlever ces reliques qui les a sauvés des collectionneurs français, et en 1996, le Ministère de la Culture a émis un arrêté pour la préservation du bâtiment en ruines en raison de son «importance artistique et historique».

    Mais la rue Blondel reste un coin féroce de Paris. En essayant de photographier l’extérieur du numéro 32, des cris de furie se sont élevés le long de l’allée.

     

    «Ne photographiez pas les filles  ! »

      

    Une femme impressionnante portant une casquette militaire allemande est descendue de nulle part et a demandé mon appareil. Quand je lui ai expliqué mon intérêt très sérieux pour l’histoire des Belles Poules, elle s’est adoucie. J’étais clairement un connaisseur.

    «C’est tellement beau à l’intérieur» dit-elle.«Il devrait être rouvert pour nous, les filles!»

      

      

    le Guide des prostituées de 1883

    Pour avoir un aperçu un peu plus frais sur cette ville baignant dans les clichés romantiques, j’emploie souvent des guides périmés—de préférence depuis un siècle ou plus. Ces éditions jaunies arrivent à exhumer le passé comme un monde tangible plein de vie et d’activité. Vous pouvez presque entendre la circulation de chevaux, sentir l’odeur d’un marché aux fleurs, goûter des châtaignes rôties.

    Dans le cas de Paris, la ville de l’amour éternel, j’ai choisi une référence historique bien spécifique —un guide des prostitués de 1883.

     

     

    THE PRETTY WOMEN OF PARIS (LES JOLIES FILLES DE PARIS)
    Their Names and Addresses, (Leurs noms et leurs adresses)
    Qualities and Faults, (Qualités et défauts)
    being a Complete Directory or (Un répertoire complet ou)
    Guide to Pleasure (Guide du plaisir)
    for Visitors to the Gay City. (pour les Visiteurs de la Ville Gaie)

     

     

    Évidemment, je ne cherchais pas à jouir avec les fantômes des marchandes de sexe de Montmartre. Mais ce petit ouvrage mérite bien sa réputation parmi les chercheurs sur la vie clandestine pour sa foultitude de détails, fournissant un rappel bienvenu du bon vieux temps mythique de la ville, ainsi que les noms et les adresses des clubs les plus renommés, des établissements de nuit et des boudoirs privés de Paris en 1883.

      

      

    Bien que le livre ait été publié à titre anonyme, il est évident qu’il fut écrit par un expatrié britannique aisé de Paris qui voulait aider ses compatriotes.

      

      

    Seulement 169 copies du guide furent imprimées pour une«distribution privée» —dont quatre sur «papier vert-syphilitique» pour le Chef de la Police parisienne comme l’écrit l’auteur avec insolence dans sa préface.

    Aujourd’hui, Pretty Women est extrêmement rare; il ne reste que trois exemplaires originaux du texte. L’un d’eux se trouve à la New York Public Library, gardé sous clé dans la Collection des Livres Rares.

      

    (Bizarrement, il fait partie de la Collection George Arents sur le Tabac.) Alors, avant de quitter New York, j’ai pris rendez-vous pour le feuilleter dans la salle de lecture de haute sécurité de la bibliothèque. En me passant le texte délicat, qui était enveloppé dans un papier gris discret, le bibliothécaire m’a fait un clin d’oeil: «Cela a l’air intéressant»

    Et il avait raison: un aperçu par le trou de la serrure des boudoirs de luxe de 1883. Dans ses pages, au moins 200 femmes sont listées par ordre alphabétique par leur nom et leur adresse, avec des descriptions dans le style fleuri de l’époque.

      

    Ce n’est pas de la grande littérature, et les portraits des femmes sont d’aussi mauvais goût que l’on pouvait le prévoir, l’auteur tombant dans le registre équestre pour faire l’éloge d’«un corps bien nourri», «de dents blanches et fortes» et de«gencives rouges qui sont un signe sûr de santé».

     

     

     

    La belle Berthe Legrand, sise au 70, rue des Martyrs, par exemple, a les«dents d’un terrier» mais le seul balancement de ses hanches stimule le désir des hommes, s’enthousiasme l’auteur,«comme l’odeur de la viande cuite sur les cellules olfactives d’un homme affamé». Néanmoins, le guide présente une mine d’anecdotes et de commérages qui dépeint les personnalités des femmes et témoigne de l’ambiance de Paris à son apogée érotique.

    Lire la suite de la première partie: une «archéologie érotique» de la Belle Époque

     

     

     le «clitoris de Paris»

    Muni du guide des bordels «Pretty Women of Paris», Tony Perrottet continue son épopée parisienne à l'hôtel Édouard VII, puis à a Maison Dorée.

     

     

    Le lit de la courtisane La Valtesse de la Bigne, maintenant au musée des Arts Décoratifs. Photo Tony Perrottet.

     

     

    - Le lit de la courtisane La Valtesse de la Bigne, maintenant au musée des Arts Décoratifs. Photo Tony Perrottet. -

      

    Comme camp de base pour mes recherches, j’ai cherché un hôtel qui avait été autrefois un bordel. Une possibilité tentante était l’Hôtel Amour sur la rue de Navarin, qui offrait jadis un accès à une chambre de style médiéval, avec des chaînes, un chevalet, une croix pour attacher les clients et même un échafaud. Puis j’ai découvert quelque chose d’un peu plus à mon goût: l’hôtel de luxe Édouard VII, à côté de l’Opéra, sur la rive droite, qui fut pendant des années le pied-à-terre du débauché le plus célèbre de la Belle Époque.

     

     

    L'Âge d'or européen

      

    La Belle Époque, de 1880 à 1914, quand Paris était la capitale du monde des plaisirs illicites, pourrait être qualifiée d’âge d’or européen suscitant la plus vive nostalgie de nos jours. Des films tels que Moulin Rouge!, avec des personnages de beaux voyous, d’artistes maudits, et de prostitués au grand cœur, témoignent que cette réputation perdure.

    À l’époque, Paris brûlait encore plus brillamment comme le phare de la permissivité et du grand style. Le sexe, et surtout le marché de sexe, était tout simplement plus classe à Paris.

     

     

     

    Il est peu probable que ces détails soient célébrés dans la Maison de l’Histoire de France, prévue par Nicolas Sarkozy, le premier musée consacré à l’histoire nationale du pays. Pour les Victoriens, la ville fut révérée comme l’évasion ultime, une enclave de fantaisie charnelle loin des yeux critiques, et ses libertés n’étaient pas réservées uniquement aux hommes. Des femmes de la haute société, de Moscou à Minneapolis, étaient attirées comme des papillons de nuit par la flamme par ses boudoirs, où l’adultère était un sport pratiqué avec avidité.

      

      

    À l’aube, elles pouvaient être aperçues quittant en douce les maisons des Champs-Élysées et montant dans des carrosses en attente, leurs sous-vêtements sophistiqués enroulés dans une petite balle. Les visiteurs gays avaient besoin d’être un peu plus discrets, allant aux bains publics couverts de marbre près du Jardin du Luxembourg.

      

      

    Le bon vivant du coin, Marcel Proust, préférait l’Hôtel de Saïd près du marché des Halles, où des soldats en permission se retrouvaient pour un peu de repos. Le club lesbien le plus recherché s’appelait Les Rieuses, il était animé une fois par semaine par un trio d’actrices dans une villa allumée par des bougies sur les Champs-Élysées.

     

     

    Les prostituées valurent à Paris sa célébrité

    Mais ce sont les prostituées elles-mêmes, surnommées «les cocottes» ou «les horizontales», qui valurent à Paris sa célébrité. Le reste du monde s’émerveillait devant l’impudeur de leur marché, qui fut contrôlé par le gouvernement à partir de Napoléon pour empêcher la propagation des maladies sexuellement transmissibles.

      

      

    À la Belle Époque, il y avait 224 bordels autorisés à Paris, où les filles passaient des contrôles médicaux deux fois par semaine, une précaution complètement inconnue à Londres ou à New York à l’époque.

     

     

    Les plus luxueuses des maisons closes (ainsi appelées car leurs volets restaient fermés toute la journée) restèrent dans la légende internationale jusqu’aux années 1930, quand des vedettes de cinéma telles que Cary Grant les rendirent encore plus célèbres, leurs intérieurs furent décorés par des artistes célèbres, avec des «chambres fantaisie» pour satisfaire tous les goûts.

     

    Pour les moins aisés, il y avait 30 000 filles «licenciées»qui faisaient le trottoir et qui servaient leurs clients dans deshôtels de passe autorisés par l’État. Mais bien que la vision romantique de la cocotte parisienne se soit propagée jusqu’à nos jours —gaie, insouciante, aimant son travail— la réalité fut, sans surprise, bien différente.

      

      

    Le prix de la passe dans les bordels d’abattage n’était que d’un franc (5 euros aujourd’hui en prenant en compte le taux d’inflation). Surnommées les maisons d'abattage, il s’agissait d’endroits où les hommes prenaient un ticket numéroté et faisaient la queue à l’extérieur de la maison, et où une prostituée endurait jusqu’à 60 passes par jour.

    (pauvres femmes)

      

      

    La redoutable Police des Mœurs

    Toute fille qui n’entrait pas dans le système était à la merci de la redoutable Police des Mœurs qui chassait les filles non licenciées à travers Paris. Les abus furent endémiques. Après minuit, les agents spécialisés bloquaient des rues entières dans les quartiers ouvriers et se lançaient dans la foule en poussant des cris terrifiants.

      

    Selon l’historienne Jill Harsin dans Policing Prostitution in Nineteenth-Century Paris, les scènes étaient similaires aux rafles nazies dans les ghettos.

     

     

    Bien sûr, la classe la plus fascinante des filles de joieparisienne —les courtisanes de haut vol, connues comme les grandes cocottes— opérait bien loin de la Police de Mœurs. Mi-prostituées haut de gamme, mi-maîtresses, elles étaient les véritables princesses du demi-monde parisien. Beaucoup se sont extraites de la pauvreté pour devenir les amantes de financiers et d’hommes politiques, de princes et de millionnaires.

     

     

    Quelques-unes, vraiment chanceuses, amassèrent des fortunes personnelles immenses. Le peintre Auguste Renoir, dans la biographie écrite par son fils Jean, Renoir, Mon Père, fait l’éloge de leur force de caractère et de leur fine intelligence —comme les qualités raffinées de la geisha ou des haetera de la Grèce antique— qui faisaient d’elles des compagnes idéales dans n’importe quel cercle social.

     

    C’est pour aider des étrangers à naviguer entre les différentes strates de ce monde exotique, avec ses propres codes et ses propres mœurs, que The Pretty Women of Paris fut écrit.

     

    Un soir, j’ai décidé d’aller visiter une adresse où l’on trouvait une de ces femmes de moindre renommée évoquées dansPretty Women of Paris, mon guide de 1883 consacré à la prostitution à Paris. À la lettre A, la première sur la liste était Jeanne Abadie qui exerçait devant le 80, boulevard de Clichy.

      

    Jeanne Abadie était «une femme fringante, bien habillée, d’environ 27 ans»,ai-je appris, «avec une bonne allure sous la lumière du gaz, malgré ses fausses dents».

    Elle fut élevée dans l’arrière-scène d’un théâtre, où elle attira l’œil de riches boulevardiers. Sa personnalité était «peu raffinée et fougueuse»,prévient l’auteur, mais «son tarif était modéré». 

      

    Pigalle, épicentre sordide d'une foire formidable

    Je suis sorti du métro au coeur de Pigalle, un nom évoquant autrefois la romance. En 1883, des bohémiens passaient leur temps au Café de la Nouvelle Athènes, où Degas peignit Les buveurs d’absinthe, et les Parisiens s’extasiaient devant la vie nocturne de l’arrondissement représentée dans Un Bar aux Folies Bergère, qui fut exposé au dernier Salon.

      

    (La mort de Manet fut quant à elle moins romantique, lorsqu’elle survint au printemps 1883, des suites d’une amputation d’urgence consécutive à une syphilis attrapée lors de sa jeunesse désoeuvrée.)

    Aujourd’hui, Pigalle est l’épicentre sordide d’une foire commerciale, ces rues pullulant de sex shops éclairés par des enseignes au néon et fréquentés par des groupes d’Allemands lors d’enterrements de vie de garçon.

      

    Néanmoins, j’ai suivi les numéros, cherchant le 80, où l’on trouvait jadis Mademoiselle Abadie. J’ai rapidement découvert que le numéro 82 est le trop fameux Moulin Rouge. Ouvert en 1889, il était à l’époque d’Abadie un simple café musical. La nuit où je suis passé, des gardiens avec des haut-parleurs rassemblaient des foules de touristes rangés en file derrière des cordes en velours.

    Le numéro 78 est un supermarché érotique.

    Mais où est le numéro 80?

      

      

      

    Le musée de l'érotisme

    Quelques portes plus loin, au numéro 72, se trouve le musée de l'Érotisme, j’ai donc pris la décision d’y passer la tête. Le monde moderne a vu réussir énormément d’institutions de ce genre, mais normalement, ce sont des lieux cliniques et déprimants. Sans doute celui-là, sur sept étages, allait-il toucher le fond en matière de sensualité parisienne.

      

    À minuit (il est ouvert tous les soirs jusqu’à 2h00) le musée était désert à l’exception de quelques couples riants, j’ai donc sorti mon carnet et j’ai gribouillé rapidement quelques notes, essayant de prendre un air de chercheur.

      

    Le début de l’exposition n’était pas très prometteur. L’essentiel de la collection semblait être constitué de reliques du Japon. Puis je suis arrivé à l’étage consacré à Paris, avec des photos de scènes de bordels datant du XIXe siècle, des filles faisant le trottoir, et des travestis. Sur le mur était projeté un de ces films du début des années 1900 qui était montré dans les salles d’attente des bordels pour «exciter les appétits»;celui-là mettait en scène deux «bonnes sœurs»s’ébattant avec un petit chien.

      

    Devanture de la maison Au Moulin, 16, rue Blondel (2e) aux courbes et au décor floral Art nouveau.

    Devanture de la maison Au Moulin, 16, rue Blondel (2e) aux courbes et au décor floral Art nouveau.

      

     

     dernière fantaisie à Paris

    Visite au bordel Le Chabanais, qui fut lieu favori du Prince de Galles, et rencontre avec Nicole Canet, l'«archéologue érotique».

     

     

    Décoration du palace de La Païva, montrant le profil de la courtisane. Photo Tony Perrottet.

    - Décoration du palace de La Païva, montrant le profil de la courtisane. Photo Tony Perrottet. -

     

      

    J’ai refusé d’accepter le verdict pessimiste de Alain Plumey, le copropriétaire du musée de l’Érotisme, affirmant que toute trace du florissant marché du vice de la Belle Époque était éradiquée de la surface de la Terre.

      

    En consultant mon antique guide des prostituées,The Pretty Women of Paris, j’ai trouvé un index fournissant une liste des 100 bordels les plus classieux de la ville en 1883.

      

    La plupart était connue uniquement par leur adresse —24, Rue Sainte-Foy; 83, boulevard de Grenelle —mais jadis, derrière ces façades anonymes se cachaient de fabuleuses enclaves de luxe.

    Quelque chose de ces palais dédiés au péché a sûrement survécu, ai-je pensé.

      

      

     

     ce qu'il advint du fauteuil d'amour

     

    Tony Perrottet retrouve chez Louis Soubrier, antiquaire,

    le fauteuil d'amour d'Édouard VII.

     love seat

    Second throne: The special chair made for the playboy Prince Bertie, the future Edward VII, to take his weight during lovemaking in a Parisian bordello

     

     

    Une maquette imaginaire d'un bordel parisien haut de gamme. Musée de l'Érotisme, Paris.

    - Une maquette imaginaire d'un bordel parisien haut de gamme. Musée de l'Érotisme, Paris. -

     

     

    «Le Chabanais»

    Tout près de ma propre adresse de résidence, l’Hôtel Édouard VII, on trouvait autrefois le renommé 12, rue Chabanais, qui fut tout simplement, prétend mon guide, «la bagnio [le bain, un sobriquet pour un bordel] la plus exquise du monde». Si Paris était l’île de la fantaisie en Europe, «Le Chabanais»,comme les Parisiens l’appelèrent avec affection, était son bijou rêvé.

     

    Chacune des 30 pièces du bordel était décorée selon un thème différent, créant un catalogue raffiné des arts érotiques. Il fut ouvert en 1878 par une ancienne courtisane richissime, «Madam Kelly», qui aurait dépensé plus de 1.700.000 francs sur la décoration intérieure (actuellement environ 8,7 millions d’euros), et qui rapidement attira les financiers, les hommes politiques, les aristocrates et les vedettes de la scène les plus riches d’Europe.

      

      

    Je me suis promené dans la rue Chabanais, aujourd’hui une petite rue arborée et tranquille derrière la Bibliothèque Nationale, semée de petits restaurants modestes et de petites galeries d’art. Et, oui, l’extérieur d’époque du 12 est toujours intact —un mince immeuble de sept étages avec une nouvelle couche de peinture beige. En 1883, la façade du Chabanais était aussi discrète pour ne pas attirer l’attention des indésirables. Mais quand les portes étaient ouvertes par un Africain habillé d’une tenue mauresque étincelante, un monde magique se dévoilait.

     

     

      

    100 francs pour choisir sa fantaisie

    Le vestibule du bordel ressemblait à une grotte souterraine, avec des murs en pierre artificielle et des cascades. Les clients étaient emmenés au premier étage —la salle Pompéi tout en miroirs— où des femmes peu vêtues s’inclinaient sur des sofas romains surmontés de fresques de 16 vignettes en huile peintes par —qui d’autre?— Henri de Toulouse-Lautrec, bien sûr, et représentant des centaures masculins et féminins se livrant à des actes sensuels.

    C’est à cet étage que s’opéraient les transactions financières. Aucun argent ne pouvait être échangé au-dessus, donc les clients achetaient là à la dame des jetons qu’ils pouvaient échanger plus tard contre des boissons et des services. Le minimum était 100 francs —environ 500 euros d’aujourd’hui. À ce stade, les clients n’avaient plus qu'à choisir leur fantaisie. Il y avait la chambre hindoue, ornée avec des oeuvres d’art indien; la chambre turque, remplie d’artéfacts orientaux; ou le Salon Louis XV, pour les francophiles purs et durs.

      

    La pièce vénitienne, évoquant la Renaissance italienne, avait un lit énorme en forme de coquille. Dans le salon japonais, il y avait six divans arrangés en cercle autour d’un brûleur d’encens. Il y avait même une chambre pirate, avec des hublots contre lesquels l’eau de mer pouvait être jetée par les employés.

      

      

      

    Le lieu favori du Prince de Galles

    Cela ne me surprenait point que Le Chabanais ait été le lieu favori du Prince de Galles. Déjà, il pouvait s’y rendre facilement depuis son appartement. Son lieu préféré était la chambre hindoue, et c’est là qu’il avait fait installer ses deux accessoires célèbres, réalisés sur mesure. Le premier était une baignoire énorme faite en cuivre rouge brillant. Elle avait la forme d’un vaisseau, avec une sirène à grosse poitrine sur la proue. On suppose que le prince la remplissait avec du champagne Mumm durant les nuits chaudes d’été.

    L’autre création fut son fauteuil d'amour —appelé encore le trône d’amour ou la chaise du sexe.

    En 1890, la taille de Bertie mesurait 121 centimètres, donc il s’était fait construire un appareil pour faciliter ses rencontres sexuelles, avec de longues poignées lui permettant de descendre sur ses partenaires. L’astucieux appareil resta au Chabanais bien après la mort du roi en 1910, et les propriétaires l’exposèrent fièrement quand ils commencèrent à faire des visites guidées dans les années 1920 —pendant la journée, quand les filles dormaient.

    Un journaliste américain, Walter Annenberg, participa à une visite en 1926. «Ils vous font visiter les chambres comme si c’était une visite au musée Tussaud» raconta-t-il plus tard. La chaise du sexe royal, qu’Annenberg a décrite comme une sorte de «palan» en était le point fort. «[Le prince] y montait comme s’il allait dans une étable».

      

    Dans les années 1930, les maisons closes étaient autorisées à Paris, mais étroitement surveillées par la police mondaine. Leurs devantures étaient très discrètes, pour ne pas choquer les passa A. GELEBART / 20 MINUTES, PREFECTURE DE POLICE, MUSEE DE L'EROTISME, DR

      

     

    Le message de Soubrier

      

    De retour à mon hôtel, j’ai cherché l’adresse de la société Soubrier. Le grand magasin de meubles est resté au même endroit depuis les années 1850, sur la rue de Reuilly dans le 12e arrondissement. Je ne gardais plus beaucoup d’espoir, mais j’ai envoyé un mail cordial à l’actuel patriarche de la dynastie, Louis Soubrier, en expliquant que j’étais chercheur sur l’histoire des maisons closes de Paris. Saurait-il, par hasard, qui possédait actuellement le fauteuil d'amourdu Roi Édouard VII?

     

     

    Deux jours plus tard, j’avais un message époustouflant sur ma boîte mail de la part de Louis Soubrier lui-même, avec pour objet: «EDWARD VII CHAIR». «Quand vous serez à Paris» écrivait-il, «Je vous montrerai le fauteuil d’amour avec plaisir».Je me précipitai tout de suite sur le téléphone, demandant des indications pour trouver l’entrepôt.

    La famille Soubrier fit fortune au XIXe siècle en réalisant des répliques historiques de meubles romains et d’ancien régime —raison pour laquelle, sans doute, elle fut choisie par le Prince de Galles pour créer son appareil de fantaisie. Aujourd’hui, Louis Soubrier est antiquaire, louant souvent des pièces pour des tournages de films historiques.

     

    «Venez avec nous, nous dînons ensemble!»

      

    En sortant du métro, je me suis retrouvé sur une des rues les plus banales de Paris, ce qui est normal pour un quartier anciennement industriel. Je suis directement tombé sur Soubrier, qui était en train de sortir de l’immeuble. Un homme digne, dans la soixantaine, avec une grosse moustache, portant une veste en tweed et une cravate jaune, il m’a évoqué le souvenir d’un pilote de chasse à la retraite. «Oh, j’ai oublié de vous dire que nous fermons à l’heure du déjeuner» dit-il, vaguement amusé par mon indifférence à cette tradition française. «Venez avec nous, nous dînons ensemble!»

    Oh non, ai-je pensé, inquiet de dire quelque chose lors du repas qui allait le faire changer d’avis. (Genre «Vous avez seulement envie de regarder le fauteuil? Je croyais que vous aviez envie de l’acheter!»)À sa brasserie préférée, de l’autre côté de la rue, nous nous sommes mis à table avec l’un de ses amis, également fabricant de meubles dont le dachshund n’arrêtait pas de sauter à ses pieds. Soubrier nous a régalés avec des histoires sur ses voyages aux États-Unis pendant sa jeunesse. Pendant les années 1950, il a été à Newport, Rhode Island, et a assisté à la fête d’anniversaire de Jacqueline Bouvier. Ses histoires étaient incroyables, mais j’étais fixé sur les meubles. Avait-il toujours envie de me montrer le fauteuil d’amour?

    «Mon père était un homme très correct, très formel»,a-t-il expliqué.

    «Il ne m’a jamais parlé du fauteuil d’amour. Mais quand il fut de nouveau sur le marché en 1992, un de nos anciens courtiers m’a pris à part. Il m’a appris que mon arrière grand-père avait construit le fauteuil au début des années 1890, sur des spécifications du Prince de Galles lui-même. Alors j’ai commencé à regarder dans nos archives. Et oui, le voilà. J’ai trouvé les croquis de mon ancêtre, une aquarelle. C’était la preuve vivante.»

    Soubrier a acheté le fauteuil —pour combien il ne le dit pas, à part que c’était«très, très cher»—et il l’a gardé depuis. Pendant un petit moment, le fauteuil a voyagé à New York pour une exposition de «meubles de fantaisie». C’était ça, sans doute, la base de la rumeur selon laquelle il avait été vendu à un Américain. Une galerie de Manhattan a refusé de l’exposer. «Les Américains étaient choqués» ,jubila-t-il.

     

     

     

    L'AUTEUR

    Historien et journaliste spécialisé dans le voyage Tony Perrottet est l'auteur de Pagan Holiday et Napoleon's Privates: 2,500 years of History Unzipped. Son dernier livre, The Sinner's Grand Tour: A Journey Through the Historical Underbelly of Europe, est sorti pendant l'été 2011.

     http://www.slate.fr/story/39865/paris-pervers-premiere-partie

      

      

      

      

     

     

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