• En France, au XIXème siècle, le mot demi-mondaine désignait les femmes entretenues par de riches Parisiens. Ce groupe social, jusque-là invisible, se manifesta bruyamment dans la presse, le théâtre et les réunions publiques à partir du Second Empire pour atteindre son apogée vers 1900 et disparaitre pendant la Première Guerre mondiale. 

    Ces cocottes de basse ou haute condition sont appelées aussi « Grandes Horizontales ».

    Anne-Marie Chassaigne (1869-1950) dite Liane de Pougy alias Princesse Ghika, célèbre demi-mondaine, vers 1891-1892.

    Histoire

    « Ces messieurs étaient assez fortunés pour subvenir aux besoins d’une femme au foyer et d’une autre pour la galerie. En additionnant leur moitié avec une demie, ils réinventaient la bigamie. »

    — « Langue sauce piquante », sur le blogue des correcteurs du Monde

     

    Le mot de demi-mondaine est issu du Demi-Monde, une comédie qu’Alexandre Dumas fils publia en 1855.

    Le demi-monde, jusque-là invisible, s’est bruyamment manifesté dans la presse, au théâtre et finalement dans toute la société parisienne à partir du Second Empire pour atteindre son apogée vers 1900 et disparaitre pendant la Première Guerre mondiale. C’est un monde nébuleux qui renvoie une image déformée du « grand monde ».

    À première vue, le demi-monde est identique à son ainé, mais derrière les bonnes manières, la culture, l’apparente respectabilité et les titres de noblesse on découvre fêlures, dissonances, fausses positions, corruptions inavouables et fortunes scandaleuses.

    Il est composé d’individus a l’existence équivoque, des hommes joueurs, « viveurs » (surnommés les Grecs) et surtout des femmes sans mari à la destinée souvent trouble, grandes dames déchues, petites bourgeoises, anciennes prostituées. Leurs origines se perdent dans la brume, les plus belles, les plus spirituelles ont souvent parcouru des mondes de noirceur et certaines en sont issues, ce sont les demi-mondaines.

    « Le demi-monde ne représente pas comme on le croit […] la cohue des courtisanes, mais la classe des déclassées […] Il est séparé des honnêtes femmes par le scandale public, des courtisanes par l’argent » (Alexandre Dumas fils).

    Les demi-mondaines sont des femmes entretenues par de riches hommes, souvent des Parisiens, qui sont assez fortunés pour subvenir aux besoins d’une femme au foyer et d’une demi-mondaine. Elles vivent dans des appartements meublés pour les plus modestes et dans des hôtels particuliers pour les plus influentes. Leur clientèle est composée de grands bourgeois, de riches industriels, de banquiers, de riches provinciaux, et même pour les plus en vogue d’aristocrates français ou étrangers.

    Les demi-mondaines ont souvent plusieurs domestiques et mènent une vie oisive au milieu du luxe le plus ostentatoire. Elles passent énormément de temps à leur toilette et ne sortent que l’après-midi vers seize heures pour aller parader aux Bois, pour assister aux courses de chevaux, pour aller au théâtre, au restaurant ou chez leurs amies. Elles reçoivent aussi chez elles, c’est l’occasion de séduire de futurs clients, de faire l’étalage de ses richesses et pour les novices de se faire connaitre auprès

     

    du « Tout-Paris ».

    Les demi-mondaines ont un amant officiel et plusieurs amants secondaires, elles peuvent leur extorquer jusqu’à plusieurs centaines de milliers de francs par mois et elles dilapident des sommes incroyables en toilettes, parures, chevaux, voitures, etc.

    Comme à Venise au XVIIIe siècle, la prostitution a pris une ampleur phénoménale. Mais ce ne sont pas les pensionnaires des maisons closes et les racoleuses de Notre-Dame-des-Lorette qui symbolisent la ville, c’est un peuple de femmes nées avec Nana, les demi-mondaines, souvent comédiennes de second plan, déjà courtisanes, les femmes entretenues.

    Le nom de certaines d’entre elles est encore connu, Blanche D’Antigny, Anna Deslions, l’Anglaise Emma Cruch, plus connue sous le nom de Cora Pearl, la Russe Mme de Païva ou encore l’exotique Jeanne Duval. Demi-mondaine parisienne d’origine anglaise, Cora Pearl, née en 1837, a écrit ses mémoires. Elle a été la maitresse du prince Napoléon, le célèbre Plonplon, cousin de l’empereur Napoléon III. Une autre demi-mondaine célèbre, Laure Hayman, était la descendante du peintre Francis Hayman, le maitre de Thomas Gainsborough.

    Elle compta parmi ses amants le duc d’Orléans, Charles de La Rochefoucauld duc d’Estrées, Louis Weil

    (grand-oncle maternel de Proust), le roi de Grèce, l’écrivain et

    académicien français Paul Bourget et Karageorgevitch, prétendant au trône de Serbie, qu’elle aima vraiment.

    Elle vivait des libéralités du financier Raphaël Bischoffsheim..

    Elle était surnommée la « déniaiseuse des ducs ».

    Le demi-monde et son peuple ont beaucoup inspiré les artistes, que ce soit des romanciers comme Zola, des poètes comme Baudelaire ou des peintres comme Millet. Odette de Crécy chez Proust est l’exemple d’une demi-mondaine qui va devenir une grande bourgeoise (Mme Swann), puis une femme du « monde » (Mme de Forcheville).

    Demi-mondaines célèbres

    ÉMILIE ANDRÉ dite ÉMILLIENNE D’ALENÇON (1869-1946)

    était une danseuse de cabaret et grande courtisane française. 

     

    Surnommée l’une des Trois Grâces de la Belle Époque, avec Liane de Pougy et Caroline Otéro, elle est lancée dans le demi-monde, en 1885, par Charles Desteuque (1851-1897), dit « l’intrépide vide-bouteilles »

    chroniqueur du Gil Blas.

     

    Elle fait ses débuts comme danseuse au Cirque d’été en 1889, avant de jouer au Casino de Paris, aux Menus-Plaisirs, aux Folies Bergère, à la Scala, aux Variétés.

    Hommage à Charles Desteuque (1851-1897)

    dit l’intrépide vide-bouteilles.

    Le duc Jacques Marie Géraud de Crussol dit Jacques d’Uzès (1864-1893).

    Entre 1889 et 1892, la jeune femme devient une célébrité grâce à sa liaison avec le jeune duc Jacques d’Uzès (Jacques Marie Géraud de Crussol (1864-1893)  qui veille à son instruction dans le vain espoir de l’épouser, envoyé au Congo par sa famille qui s’oppose fermement à cette mésalliance, le jeune duc meurt en 1893.

     

    Léopold II de Belgique (1835-1909). Edward VII du Royaume-Uni (1841-1910). Guillaume II d’Allemagne (1859-1941).

    Émilienne d’Alençon consolide sa renommée de grande cocotte en séduisant le roi des Belges Léopold II, le prince de Galles et futur roi Édouard VII, et le Kaiser Guillaume II, et en rivalisant avec la Belle Otéro,

    Cléo de Mérode (1875-1966) et Liane de Pougy.

     

     

    Avec Liane, Émilienne noue une liaison amoureuse que le Gil Blas relate de manière fort caricaturale :

     

    il annonce le mariage des deux cocottes et l’arrivée imminente d’un enfant.

     

     

     

     

    Louise Weber (La Goulue en 1890) et Renée Vivien (Pauline Mary Tarn) (1877-1909).

    Elle épouse avant 1895, le jockey Percy Woodland (1882-1958).

     

    On lui prête une liaison avec La Goulue (Louise Weber 1866-1929), en 1889 et

    la poétesse Renée Vivien (Pauline Mary Tarn) (1877-1909), vers 1908.

     

     

     

     

    Le guide Paris-Parisien la décrit en 1899 comme une

    « notoriété de la vie parisienne » et une « jolie demi-mondaine ».

     

     

     

    La Goulue

     

     

    La Goulue, de son vrai nom Louise Weber, née le 12 juillet 1866 dans une partie de Clichy-la-Garenne(qui formera quelques mois plus tard la commune de Levallois-Perret) et décédée le 29 janvier 1929(à 62 ans) à Paris 10e, était une danseuse de cancan populaire.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    LUCIE ÉMILIE DELABIGNE dite  »VALTESSE » DE LA BIGNE (1848-1910).

    Fille d’une lingère normande qui exerçait le métier de la galanterie,

    elle se prostitua très jeune.

     

    Jacques Offenbach repère Valtesse alors qu’elle incarne un petit rôle aux Bouffes-Parisiens et lui propose de jouer dans ses pièces.

    Elle débute sur scène en jouant le rôle d’Hébé dans Orphée aux Enfers.

    Un critique la juge alors « aussi rousse et timide qu’une vierge du Titien »

    .

    Jacques Jacob Offenbach (1819-1880)

    découvreur et amant de Valtesse de la Bigne.

    Maîtresse du compositeur, elle accède grâce à lui aux restaurants à la mode. Elle se rend, comme Zola, Flaubert et Maupassant, chez Bignon

    (l’ancien Café de Foy) ou au Café Tortoni.

     

    Mais le siège de Paris, durant la guerre franco-prussienne de 1870-1871, affame les Parisiens, on y mange des rats, ce qui n’étouffe en rien les aspirations de Valtesse.

     

    Connu dans le Tout-Paris pour son humour cinglant, le journaliste, chroniqueur et écrivain Aurélien Scholl écrit :

     

    «  Pendant le siège de Paris, toutes les femmes ont mangé du chien. On pensait que cette nourriture leur inculquerait des principes de fidélité. Pas du tout ! elles ont exigé des colliers ! »

     

    À la fin de la guerre, Valtesse ne tarde pas à se lancer

    dans la courtisanerie de haut vol.

     

    Elle quitte Offenbach et jette son dévolu sur le prince Lubomirski, obtient qu’il l’installe dans un appartement rue Saint-Georges, le ruine, le quitte, et enchaîne les amants riches qu’elle plume les uns après les autres,

     

    comme le Charles Guillaume Frédéric Boson de Talleyrand-Périgord,

    prince de Sagan (1832-1910)

    qui se ruine à son tour en finançant le magnifique hôtel

    particulier construit par Jules Février de 1873 à 1876

     

    au 98, boulevard Malesherbes, à l’angle de la rue de la Terrasse

     

    (hôtel détruit et remplacé par un immeuble en 1904).

     

     

    Charles Guillaume Frédéric Boson de Talleyrand-Périgord

    prince de Sagan (1832-1910).

    • no 98 (angle de la rue de la Terrasse) :
    • Emplacement où s’élevait le magnifique hôtel particulier construit en 1876 par l’architecte Jules Février pour la courtisane Valtesse de La Bigne. 
    • Cet hôtel servit de modèle à Émile Zola pour celui de Nana.
    • L’hôtel a été détruit. 98 boulevard Malesherbes ou se trouvait l’hôtel de Lucie Émilie Delabigne, dite Valtesse de la Bigne, demi-mondaine.
    • Zola s’inspire de son hôtel dans Nana,
    • le transplantant à l’angle de l’avenue de Villiers
    • et de la rue Cardinet. 

    En 1876, Valtesse publie chez Dentu, son roman autobiographique,

    Isola signé « Ego » par fidélité à sa devise.

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    Biographie de Valtesse, l’auteure n’est pas parente avec elle.

    Sur la demande de Léon Hennique, elle consent à montrer son hôtel particulier à Émile Zola.

    La chambre de Valtesse, et en particulier son lit, l’inspire pour décrire la chambre de Nana :

     

    « Un lit comme s’il n’en existait pas, un trône, un autel où Paris viendrait admirer sa nudité souveraine […]. Au chevet, une bande d’amours parmi les fleurs se pencherait avec des rires, guettant les voluptés dans l’ombre des rideaux. »

     

    À la lecture de Nana, Valtesse est indignée de trouver une telle description de son décor :« quelques traces de bêtise tendre et de splendeur criarde. »

     

    Quant au personnage de Nana, elle qui a cru servir d’inspiratrice à l’écrivain, lui ouvrant jusqu’à son hôtel particulier , elle le qualifie ainsi :

    « Nana est une vulgaire catin, sotte, grossière ! »

     

     

    Émile Antoine Charles Édouard Zola (1840-1902) qui a écrit le roman Nana.

    Nana 1954

    Mini-série de 1981.

    Zola a cependant plus de chance qu’Alexandre Dumas fils.

     

    Alors que celui-ci demande à Valtesse à entrer

    dans sa chambre, froidement, elle répond :

     

    « Cher Maître, ce n’est pas dans vos moyens ! »

     

    Henri Gervex la prend pour modèle pour l’épouse dans son tableau

    Le Mariage civil, qui décore la salle des mariages

    de la mairie du 19ème arrondissement de Paris.

     

    Elle aurait également inspiré l’héroïne du roman d’Hugues Rebell, La Nichina.

    Elle fut aussi le personnage d’Altesse du roman Idylle saphique de son amie Liane de Pougy.

     

     

    Valtesse fut l’amie, et parfois davantage, d’Édouard Manet, Henri Gervex, Édouard Detaille, Gustave courbet, Eugène Boudin,

    Alphonse de Neuville, ce qui lui valut le surnom

    de « l’Union des Peintres ».

     

     

    Elle amassa une vaste collection d’art dont une bonne partie fut vendue aux enchères

    à l’Hôtel Drouot du 2 au 7 juin 1902.

    Elle ne légua au musée des arts décoratifs de Paris que son remarquable lit de parade en bronze créé en 1877 par Édouard Lièvre et toujours visible au musée depuis 1911.

     

     

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