•  
     
     
    L’Hôtel-Dieu de Paris est le plus ancien hôpital de la capitale. Fondé en 651 par l'évêque parisien saint Landry, il fut le symbole de la charité et de l'hospitalité.
     
     
    Modeste à l'origine, il est construit du viie au xviie siècle sur la rive gauche de l'île de la Cité, au sud du Parvis Notre-Dame - place Jean-Paul-II ; deux bâtiments étaient reliés par le pont au Double.
     
    Les constructions actuelles abritant l'hôpital datent du xixe siècle.
     
     
    Au Moyen Âge : une œuvre sociale
     
    L’histoire des hôpitaux parisiens commence au Moyen Âge.
    La pauvreté étant très importante à l’époque, elle devient une occasion de rédemption pour beaucoup de bourgeois et de nobles, qui voient en elle une façon de racheter leurs péchés en leur venant en aide.
     
    Les œuvres permettent alors de créer l’hôpital de la Charité, dont la structure lie immanquablement piété et soins médicaux.
     
    L’Église est alors toute-puissante, tant d’un point de vue administratif que thérapeutique.
    La création de l’hôtel-Dieu de Paris procède de cette tradition de charité, qui dure jusqu’au xixe siècle, malgré une remise en cause régulière.
     
    Si la tradition, en réalité établie au xviie siècle, fait remonter la fondation de cet hôpital à saint Landry 28e évêque de Parisvers 650, les premiers corps de logis avérés affectés aux indigents, infirmes et malades ne remontent qu'à 829 ; ils se situent vis-à-vis d'une ancienne église, l'« église Saint-Étienne ». En 1157, des lettres patentes mentionnent un « Hôtel-Dieu-Saint-Christophe », en raison d'une chapelle dédiée consacrée à ce saint. Peu de temps après, Maurice de Sully, évêque de Paris, entreprend en 1165 la reconstruction de cet hôpital : les anciens bâtiments sont détruits en 1195 et les nouvelles constructions achevées en 12552.Tous ces bâtiments, depuis l'origine jusqu'en 1878, occupent le côté sud du parvis Notre-Dame actuel entre le Petit-Pont et le pont au Double
     
    Aux XVIe et XVIIe siècles : un lieu de réclusion
     
    sur le plan de Truschet et Hoyau (c.1550) ; à cette époque, l'hôpital se trouve au sud du parvis N.Ddu xvie siècleAu xvie siècle, l’hôtel-Dieu connaît une crise financière, puisqu'il était seulement financé par les aides, subsides ou privilèges. Celle-ci occasionne la création en 1505 d’un conseil de huit gouverneurs laïcs :
     
    les présidents du Parlement, de la Chambre des Comptes, de la Cour des Aides, et le prévôt des Marchands.
     
    L’État intervient progressivement, d’abord par l’intermédiaire du lieutenant général de police, membre du Bureau de l’hôtel-Dieu de Paris en1690, puis par l'intermédiaire de Necker, qui crée au xviie siècle les charges d’« inspecteur général des hôpitaux civils et maison de forces » et de « commissaire du Roi pour tout ce qui a trait aux hôpitaux ».
     
     
     
    À cette période, l’image du pauvre change. Il devient socialement dangereux car marginal. Pour le contrôler, les élites du xviie siècle brandissent des arguments moraux et créent des établissements permettant d’enfermer les pauvres.
     
    L’hôpital est alors un lieu de réclusion, permettant par la même occasion d’assainir le monde urbain.
     
     
    L’hôpital prend alors le nom de « hôpital général » ou plus simplement
    « hôpital d’enfermement », dont l’hôtel-Dieu fait partie.
     
     
    En 1606, une annexe de l'Hôtel-Dieu, la salle Saint-Charles, est construite sur la rive gauche. En 1684, Louis XIV fait don du Petit Châtelet à l'Hôtel-Dieu 
     
    L'hôpital s'agrandit alors le long de la rue de la Bûcherie
     
     
     
     
     
    Ancien hôtel-Dieu photographié par Charles Marville vers 1865-1868.
     
     
    Charles Marville se trouve quai Saint Michel (à la hauteur de l’actuel no 15), au sommet d’un l’escalier double, aujourd’hui disparu, qui permettait d’accéder au bas quai.
     
     
    De gauche à droite, nous voyons la façade sur la rue Neuve Notre-Dame du bâtiment de l’administration générale de l’Assistance publique, le jardin de l’Hôtel-Dieu sur la rue de la Cité et le bâtiment principal de l’Hôtel-Dieu (reconstruit en 1780-1784 après le grand incendie du 30 décembre 1772).
     
    « L'incendie de l'Hôtel-Dieu, en 1772 »,
    ANCIEN HOTEL DIEU
    Génillion - Musée Carnavalet
     
     
     
    Marie Jonet (Mme Dugès),
     
    sage-femme en chef de l'hôtel-Dieu de Paris
    Marie Jonet (1730–1797, Paris) était une sage-femme française.
    Elle fut sage-femme en chef de l’Hôtel-Dieu de Paris.
     
     
    Marie Jonet est elle-même fille de sage-femme, mais le nom de sa mère n'a pas été conservé.
     
    Elle est connue généralement sous le nom de « Mme Dugès », son mari étant Louis Dugès, officier de santé, qui lui transmit des connaissances.
     
    D'abord sage-femme jurée au Châtelet, elle est nommée en 1775 sage-femme en chef de l’Hôtel-Dieu ; elle s’y établit.
     
    Avant 1793, il n’y a d’autre ressource pour les femmes pauvres qui sont enceintes ou en couches qu’une salle trop petite de l’Hôtel-Dieu, au-dessus de celle des blessés, où elles s'entassent pêle-mêle à plusieurs dans le même lit ; il y a souvent des épidémies meurtrières.
     
    Pendant ces épidémies, madame Dugès sauve de la mort un grand nombre de femmes ; elle applique le traitement
    de François Doublet pour la « fièvre des nouvelles accouchées ».
     
    Dans le même temps, elle forme sa fille, connue sous le nom de Marie-Louise Lachapelle, de dispositions précoces, qui devient très jeune (en 1795, à 26 ans)
     
    son adjointe et qui sera célèbre au xixe siècle. Vers 1796, sa fille devient responsable du déménagement du service
    à l'hospice de la Maternité, nouvellement créé.
     
    Elle l'y rejoint en 1797, toujours avec le titre de sage-femme en chef mais elle meurt peu de temps après.
     
    Elle est l'aïeule d'Antoine-Louis Dugès, professeur d'obstétrique.
     
     
     
     
     
     
    À l’arrière-plan, ce sont les deux tours de l’église métropolitaine, et au premier plan, le Petit-Pont, reconstruit en 1853.
     
     
    Les voûtes que l’on voit au niveau de la Seine, datant des années 1620 (construction autorisée le 26 juillet 1619), étaient appelées les “cagnards”.
     
    Ces espaces servaient autrefois, et entre autres, aux livraisons de denrées par voie d’eau et de lavoirs pour le linge de l’hôpital.
     
     
     
    L'annexe de l'Hôtel-Dieu vers 1830
     
     
    Les bâtiments de l’Hôtel-Dieu sur l’île de la Cité sont démolis en 1877-1878.
     
     
    Les annexes situées rive gauche, quai de Montebello et rue de la Bûcherie, ne seront démolies qu’en 1908.
     
     
    Le bâtiment de l’administration générale de l’Assistance publique est démoli en 1874.
    De façon exceptionnelle dans le corpus Marville, cette vue de l’Hôtel-Dieu a été faite en double pour une raison que j’ignore.
     
     
    Si tous les tirages que je connais sont de la même version, la Bibliothèque historique de la ville de Paris conserve un négatif d’une autre version, que j’appellerai “aux parasols” afin de la différencier, en raison de la présence de deux parasols de marchand ambulant au coin du pont, côté rue de la Cité.
     
    L'Hôtel-Dieu actuel en fin de construction vers 1875 (Charles Marville, photographe).
     
     
     
     
     
    Le développement des arbres que l’on observe sur ces images permet d’affirmer avec certitude que les deux photographies datent de la même année et de la même saison.
    En outre, de nombreuses affiches sur l’angle du bâtiment de l’Hôtel-Dieu sont communes aux deux prises de vue, ce qui permet de penser qu’elles ont été réalisées dans un intervalle court, vraisemblablement vingt-quatre heures.
     
     
    Si la position de l’appareil est identique, le cadrage est légèrement différent :
    la version “aux parasols” est cadrée plus vers la gauche.
     
     
    Sachant que Marville a tiré sur papier l’autre version, il faut croire que la version aux parasols était la première prise de vue et qu’elle ne convenait pas au photographe pour une raison assez importante qui justifia de la refaire, probablement dès le lendemain.
     
     
    La différence notable étant le cadrage, la motivation de Marville est peut-être uniquement esthétique ; il est certain que la composition de la seconde version est plus satisfaisante pour l’œil.
     
     
    (Les personnes qui travaillent à droite sur le quai, probablement un couple, sont des matelassiers.)
     

    Le rôle de madame Necker, aux côtés de son mari, modifie progressivement la symbolique de l’hôpital : de la charité, on passe à la bienfaisance.

     

    Le malade est mieux considéré. On voit même apparaître des maisons de convalescence.

     

     

    De plus, les idées prônées par le siècle des Lumières permettent une importante réflexion sur le milieu hospitalier.

     

    Mais ce n'est qu'à la fin du xviiie siècle, que l’hôpital devient une « machine à guérir », où le malade y est soigné et en ressort guéri. Il faut cependant attendre lexixe siècle, pour que l’hôpital devienne un lieu de pratique de la médecine et de la science, mais aussi, un lieu d’enseignement et de la recherche médicale.

     

     

    En 1772, un incendie détruit une grande partie de l’hôtel-Dieu.

     

    D’autres plans sont alors construits et de nombreuses modifications sont apportées.

     
     
     https://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%B4tel-Dieu_de_Paris
     
     
     
     

     
     
    L’Hôtel-Dieu de Paris est le plus ancien hôpital de la capitale. Fondé en 651 par l'évêque parisien saint Landry, il fut le symbole de la charité et de l'hospitalité.
     
     
    Modeste à l'origine, il est construit du viie au xviie siècle sur la rive gauche de l'île de la Cité, au sud du Parvis Notre-Dame - place Jean-Paul-II ; deux bâtiments étaient reliés par le pont au Double.
     
    Les constructions actuelles abritant l'hôpital datent du xixe siècle.
     
     
    Au Moyen Âge : une œuvre sociale
     
    L’histoire des hôpitaux parisiens commence au Moyen Âge.
    La pauvreté étant très importante à l’époque, elle devient une occasion de rédemption pour beaucoup de bourgeois et de nobles, qui voient en elle une façon de racheter leurs péchés en leur venant en aide.
     
    Les œuvres permettent alors de créer l’hôpital de la Charité, dont la structure lie immanquablement piété et soins médicaux.
     
    L’Église est alors toute-puissante, tant d’un point de vue administratif que thérapeutique.
    La création de l’hôtel-Dieu de Paris procède de cette tradition de charité, qui dure jusqu’au xixe siècle, malgré une remise en cause régulière.
     
    Si la tradition, en réalité établie au xviie siècle, fait remonter la fondation de cet hôpital à saint Landry 28e évêque de Parisvers 650, les premiers corps de logis avérés affectés aux indigents, infirmes et malades ne remontent qu'à 829 ; ils se situent vis-à-vis d'une ancienne église, l'« église Saint-Étienne ». En 1157, des lettres patentes mentionnent un « Hôtel-Dieu-Saint-Christophe », en raison d'une chapelle dédiée consacrée à ce saint. Peu de temps après, Maurice de Sully, évêque de Paris, entreprend en 1165 la reconstruction de cet hôpital : les anciens bâtiments sont détruits en 1195 et les nouvelles constructions achevées en 12552.
     
    Tous ces bâtiments, depuis l'origine jusqu'en 1878, occupent le côté sud du parvis Notre-Dame actuel entre le Petit-Pont et le pont au Double
     
     
     
    Aux XVIe et XVIIe siècles : un lieu de réclusion
     
    sur le plan de Truschet et Hoyau (c.1550) ; à cette époque, l'hôpital se trouve au sud du parvis N.Ddu xvie siècleAu xvie siècle, l’hôtel-Dieu connaît une crise financière, puisqu'il était seulement financé par les aides, subsides ou privilèges. Celle-ci occasionne la création en 1505 d’un conseil de huit gouverneurs laïcs :
     
    les présidents du Parlement, de la Chambre des Comptes, de la Cour des Aides, et le prévôt des Marchands.
     
    L’État intervient progressivement, d’abord par l’intermédiaire du lieutenant général de police, membre du Bureau de l’hôtel-Dieu de Paris en1690, puis par l'intermédiaire de Necker, qui crée au xviie siècle les charges d’« inspecteur général des hôpitaux civils et maison de forces » et de « commissaire du Roi pour tout ce qui a trait aux hôpitaux ».
     
     
     
    À cette période, l’image du pauvre change. Il devient socialement dangereux car marginal. Pour le contrôler, les élites du xviie siècle brandissent des arguments moraux et créent des établissements permettant d’enfermer les pauvres. L’hôpital est alors un lieu de réclusion, permettant par la même occasion d’assainir le monde urbain.
     
    L’hôpital prend alors le nom de « hôpital général » ou plus simplement
     
    « hôpital d’enfermement », dont l’hôtel-Dieu fait partie.En 1606,
    une annexe de l'Hôtel-Dieu, la salle Saint-Charles, est construite sur la rive gauche.
     
    En 1684, Louis XIV fait don du Petit Châtelet à l'Hôtel-Dieu.
     
    L'hôpital s'agrandit alors le long de la rue de la Bûcherie
     
     
     
     
    Ancien hôtel-Dieu photographié par Charles Marville vers 1865-1868.
     
     
    Charles Marville se trouve quai Saint Michel (à la hauteur de l’actuel no 15), au sommet d’un l’escalier double, aujourd’hui disparu, qui permettait d’accéder au bas quai.
     
     
    De gauche à droite, nous voyons la façade sur la rue Neuve Notre-Dame du bâtiment de l’administration générale de l’Assistance publique, le jardin de l’Hôtel-Dieu sur la rue de la Cité et le bâtiment principal de l’Hôtel-Dieu (reconstruit en 1780-1784
    après le grand incendie du 30 décembre 1772).
     
     
    « L'incendie de l'Hôtel-Dieu, en 1772 »,
    ANCIEN HOTEL DIEU
    Génillion - Musée Carnavalet
     
     
     
     
    À l’arrière-plan, ce sont les deux tours de l’église métropolitaine, et au premier plan, le Petit-Pont, reconstruit en 1853.
     
     
    Les voûtes que l’on voit au niveau de la Seine, datant des années 1620 (construction autorisée le 26 juillet 1619), étaient appelées les “cagnards”.
     
    Ces espaces servaient autrefois, et entre autres, aux livraisons de denrées par voie d’eau et de lavoirs pour le linge de l’hôpital.
     
    L'annexe de l'Hôtel-Dieu vers 1830
     
     
    Les bâtiments de l’Hôtel-Dieu sur l’île de la Cité sont démolis en 1877-1878.
     
     
    Les annexes situées rive gauche, quai de Montebello et rue de la Bûcherie, ne seront démolies qu’en 1908.
     
     
    Le bâtiment de l’administration générale de l’Assistance publique est démoli en 1874.
    De façon exceptionnelle dans le corpus Marville, cette vue de l’Hôtel-Dieu a été faite en double pour une raison que j’ignore.
     
     
    Si tous les tirages que je connais sont de la même version, la Bibliothèque historique de la ville de Paris conserve un négatif d’une autre version, que j’appellerai “aux parasols” afin de la différencier, en raison de la présence de deux parasols de marchand ambulant au coin du pont, côté rue de la Cité.
     
    L'Hôtel-Dieu actuel en fin de construction vers 1875 (Charles Marville, photographe).
     
     
     
    Le développement des arbres que l’on observe sur ces images permet d’affirmer avec certitude que les deux photographies datent de la même année et de la même saison.
    En outre, de nombreuses affiches sur l’angle du bâtiment de l’Hôtel-Dieu sont communes aux deux prises de vue, ce qui permet de penser qu’elles ont été réalisées dans un intervalle court, vraisemblablement vingt-quatre heures.
     
     
    Si la position de l’appareil est identique, le cadrage est légèrement différent :
    la version “aux parasols” est cadrée plus vers la gauche.
     
     
    Sachant que Marville a tiré sur papier l’autre version, il faut croire que la version aux parasols était la première prise de vue et qu’elle ne convenait pas au photographe pour une raison assez importante qui justifia de la refaire, probablement dès le lendemain.
     
     
    La différence notable étant le cadrage, la motivation de Marville est peut-être uniquement esthétique ; il est certain que la composition de la seconde version est plus satisfaisante pour l’œil.
     
     
    (Les personnes qui travaillent à droite sur le quai, probablement un couple, sont des matelassiers.)
     

    Le rôle de madame Necker4, aux côtés de son mari, modifie progressivement la symbolique de l’hôpital : de la charité, on passe à la bienfaisance. Le malade est mieux considéré. On voit même apparaître des maisons de convalescence.

     

    De plus, les idées prônées par le siècle des Lumières permettent une importante réflexion sur le milieu hospitalier. Mais ce n'est qu'à la fin du xviiie siècle, que l’hôpital devient une « machine à guérir », où le malade y est soigné et en ressort guéri.

     

    Il faut cependant attendre lexixe siècle, pour que l’hôpital devienne un lieu de pratique de la médecine et de la science, mais aussi, un lieu d’enseignement et de la recherche médicale.

     

     

    En 1772, un incendie détruit une grande partie de l’hôtel-Dieu.

     

    D’autres plans sont alors construits et de nombreuses modifications sont apportées.

     
     
     https://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%B4tel-Dieu_de_Paris
     
     
     
     
     
    Delicious Pin It

    votre commentaire
  •  

     

    CONTEXTE 

    La Commune de Paris est une période insurrectionnelle de l'histoire de Paris qui dura un peu plus de deux mois, du18 mars 1871 à la

    « Semaine sanglante » du 21 au 28 mai 1871.

     

    Cette insurrection contre le Gouvernement, issu de l'Assemblée nationale qui venait d'être élue au suffrage universel, ébaucha pour la ville une organisation proche de l'autogestion.

     

    Elle est en partie une réaction à la défaite française de la

    guerre franco-prussienne de 1870 et à la capitulation de Paris

     

    La guerre franco-prussienne de 1870, la chute de Napoléon III, l’occupation prussienne de Paris (et surtout la famine qu’elle provoqua pendant l’hiver de 1870-71 où la population fut contrainte de manger les rats de Paris et les animaux du zoo) et les humiliantes conditions de défaite étaient à la base d’un rejet du nouveau gouvernement républicain et un mouvement vers l’autonomie parisienne.

    L’Assemblée Nationale de 1871, qui marqua le début de la Troisième République, fut majoritairement monarchiste et la classe ouvrière ne voulait pas livrer une fois de plus le pouvoir aux élites après une révolution qu’ils avaient combattue.

     

    L’Assemblée quitta Paris au début du siège prussien d’abord pour Tours et enfin pour Bordeaux. Le gouvernement exigea le paiement des effets de commerce, jusque là suspendu, ce qui provoqua la faillite de milliers de commerçants dans la capitale.

     

    A cause du climat hostile qui régnait à Paris, l’Assemblée quitta Bordeaux non pour Paris mais pour s’installer à Versailles, où ils furent rejoint par le président Adolphe Thiers (qui fut président du Conseil sous 

    Louis-Philippe), le reste du gouvernement, Jules Ferry (maire de Paris) et une partie de la population parisienne la plus aisée.

     

    -----------------------------------------------

     

     

    La Commune de Paris dura un peu plus de deux mois.

    Elle débuta le 18 mars 1871, lorsque le gouvernement envoya des troupes pour tenter de désarmer Paris de 227 canons sur la butte Montmartre.

     

     

     Afficher l'image d'origine

    Une foule intervint et fraternisa avec les soldats qui finirent par

    arrêter leurs propres officiers.

     

    La Commune se termina le 28 mai, à la fin de la « Semaine sanglante ».

     

    Hôtel de Ville

     

     

     

    Affiche du Comité de Salut public de la Commune de Paris.

     

     

    Chute de la colonne Vendôme (photographie de Franck).

     

     

     

    L’attaque se rapproche de plus en plus du Château-d’Eau. 
     

     

    Cette place (aujourd’hui place de la République) aménagée par l’Empire

     

    pour arrêter les faubourgs et qui rayonne sur huit larges avenues,

     

    n’a pas été véritablement fortifiée.

     

    rue Royale 

     

     

    Le bilan total de la Semaine sanglante sera d’environ 25.000 victimes du côté des communards (pour 1000 versaillais), à quoi s’ajouteront 40.000 arrestations, dont les leaders de la révolution, qui seront exécutés ou envoyés au bagne

    en Nouvelle-Calédonie.

     

     

     

     

     

    Mgr Darboy, archevêque de Paris, fusillé comme otage par les communards le 24 mai

     

    Hôtel de Ville de Paris incendié, cliché d'Alphonse Liébert.

     

     

     

    Les Versaillais, maîtres des Folies-Dramatiques et de la rue du Château-d’Eau,

     

    l’attaquent en tournant la caserne. 

     


     

    Exposition La Commune de Paris à l'Hôtel de Ville de Paris (18 mars - 28 mai 2011)

    - Palais de la Légion d'Honneur, en arrière plan, le palais d'Orsay.

     

     

    Plaque commémorative en l'honneur des personnes qui ont sauvé les collections du Louvre des incendies allumés par les communards. Cette plaque est située dans le vestibule Denon au rez-de-chaussée du musée du Louvre.

     

     

    Afficher l'image d'origine

     

     

     

    Maison par maison, ils arrachent la rue Magnan aux pupilles de la Commune . 
     

     

    Brunel , ayant fait face à l’ennemi pendant quatre jours, tombe, la cuisse traversée. 
     

     

    Les pupilles l’emportent sur un brancard, à travers la place du Château-d’Eau.
    De la rue Magnan, les Versaillais sont vite dans la caserne. 
     

     

    Les fédérés, trop peu nombreux pour défendre ce vaste monument, doivent l’évacuer.

    La chute de cette position découvre la rue Turbigo. 

     


    Les Versaillais peuvent dès lors se répandre dans tout le haut

    du IIIe et cerner le Conservatoire des Arts-et-Métiers. 

     


    Après une assez longue lutte, les fédérés abandonnent la barricade du Conservatoire, laissant une mitrailleuse chargée. 
    Une femme aussi reste, et quand les soldats sont à portée, décharge la mitraille.
    Les barricades du boulevard Voltaire et du Théâtre-Déjazet supportent désormais les feux de la caserne du Prince-Eugène (5), du boulevard Magenta, du boulevard Saint-Martin, de la rue du Temple et de la rue Turbigo. 
    Derrière leurs fragiles abris, les fédérés reçoivent vaillamment cette avalanche. Que de gens l’histoire a consacrés héros qui n’ont jamais montré la centième partie de ce courage simple, sans effet de théâtre, sans témoins, qui surgit en mille endroits pendant ces journées. 
    Sur cette fameuse barricade du Château-d’Eau, clef du boulevard Voltaire, un garçon de dix-huit ans, qui agite un guidon , tombe mort. 
    Un autre saisit le guidon, monte sur les pavés, montre le poing à l’ennemi invisible, lui reproche d’avoir tué son père. Vermorel, Theisz, Jaclard, Lisbonne veulent qu’il descende ; il refuse, continue jusqu’à ce qu’une balle le renverse. 
    Il semble que cette barricade fascine une jeune fille de 19 ans, Marie M., habillée en fusilier-marin, rose et charmante, aux cheveux noirs bouclés, s’y bat tout un jour. 
    Une balle au front tue son rêve. Un lieutenant est tué en avant la barricade.
    Un enfant de 15 ans, Dauteuille, franchit les pavés, va ramasser sous les balles le képi du mort et le rapporte à ses compagnons.
    Dans cette bataille des rues, les enfants se montrèrent, comme en rase campagne, aussi grands que les hommes. 
    À une barricade du faubourg du Temple, le plus enragé tireur est un enfant. 
    La barricade prise, tous ses défendeurs sont collés au mur. 
    L’enfant demande trois minutes de répit : 

     


    « Sa mère demeure en face ; qu’il puisse lui porter sa montre d’argent,

    afin qu’au moins elle ne perde pas tout. » 

     


    L’officier, involontairement ému, le laisse partir, croyant bien ne plus le revoir. 
    Trois minutes après, un « Me voilà ! » 

     


    C’est l’enfant qui saute sur le trottoir, et, lestement, s’adosse au mur près des cadavres de ses camarades fusillés. Immortel Paris tant qu’il y naîtra de ces hommes.

     


    La place du Château-d’Eau est ravagée par un cyclone d’obus et de balles.
    Des blocs énormes sont projetés ;

     

    les lions de la fontaine traversés ou jetés bas ;

    la vasque qui la surmonte est tordue. 
     

    Afficher l'image d'origine 

    Les flammes sortent des maisons. 

     


    Les arbres n’ont plus de feuilles et leurs branches cassées pendent

    comme ces membres hachés que soutient un lambeau de chair. 
     

    Paris XI - Commune de Paris 1871 - Barricade Rue de la Roquette (via Paris Unplugged):  

     

    Des jardins retournés volent des nuages de poussière. 
    La main de la mort s’abat sur chaque pavé.

     


    À sept heures moins un quart environ, près de la mairie,

     

    nous aperçûmes Delescluze, Jourde

     

    et une cinquantaine de fédérés marchant dans la direction du Château-d’Eau. 
    Delescluze dans son vêtement ordinaire, chapeau, redingote et pantalon noir, écharpe rouge autour de la ceinture, peu apparente comme il la portait, sans armes,

    s’appuyant sur une canne. 

     


    Redoutant quelque panique au Château-d’Eau, nous suivîmes le délégué, l’ami. Quelques-uns de nous s’arrêtèrent à l’église Saint-Ambroise pour prendre des cartouches. 
     

     

    Nous rencontrâmes un négociant d’Alsace, venu depuis cinq jours faire le coup de feu contre cette Assemblée qui avait livré son pays ; il s’en retournait la cuisse traversée. 

     


    Plus loin, Lisbonne blessé que soutenaient Vermorel, Theisz, Jaclard. Vermorel tombe à son tour grièvement frappé ; Theisz et Jaclard le relèvent, l’emportent sur une civière ;

     

    Delescluze serre la main du blessé et lui dit quelques mots d’espoir.

     

     

    À cinquante mètres de la barricade, le peu de gardes qui ont suivi Delescluze s’effacent, car les projectiles obscurcissaient l’entrée du boulevard.
     

     

    Le soleil se couchait, derrière la place.

     

     

    Delescluze, sans regarder s’il était suivi, s’avançait du même pas,

     

    le seul être vivant sur la chaussée du boulevard Voltaire.

     

     

    Arrivé à la barricade, il obliqua à gauche et gravit les pavés. 

     


    Pour la dernière fois, cette face austère, encadrée dans sa courte barbe blanche, nous apparut tournée vers la mort.

     

    Subitement, Delescluze disparut. 
     

     

     

    Il venait de tomber foudroyé, sur la place du Château-d’Eau.
    Quelques hommes voulurent le relever ; trois sur quatre tombèrent.

     

    Il ne fallait plus songer qu’à la barricade, rallier ses rares défenseurs. 
    Johannard, au milieu de la chaussée, élevant son fusil

    et pleurant de colère, criait aux terrifiés : 

     


    « Non vous n’êtes pas dignes de défendre la Commune ! »

     

    La nuit tomba. 
    Nous revînmes, laissant, abandonné aux outrages d’un adversaire sans respect de la mort, le corps de notre pauvre ami.

     


    Il n’avait prévenu personne, même ses plus intimes. 

     


    Silencieux, n’ayant pour confident que sa conscience sévère, Delescluze marcha à la barricade comme les anciens Montagnards allèrent à l’échafaud. 
     

     

    La longue journée de sa vie avait épuisé ses forces.

     

    Il ne lui restait plus qu’un souffle ; il le donna. 
    Il ne vécut que pour la justice. 

     


    Ce fut son talent, sa science, l’étoile polaire de sa vie.

     

    Il l’appela, il la confessa trente ans à travers l’exil, les prisons, les injures, dédaigneux des persécutions qui brisaient ses os. Jacobin, il tomba avec des socialistes pour la défendre. 
    Ce fut sa récompense de mourir pour elle, les mains libres, au soleil, à son heure, sans être affligé par la vue du bourreau. 

     


    (En 1870, au mois d’août, à Bruxelles, où l’exil nous avait réunis, il me dit : 
    « Oui, je crois la République prochaine, mais elle tombera entre les mains de la gauche actuelle, puis une réaction s’en suivra. 


    Moi, je mourrai sur une barricade pendant que M. Jules Simon sera ministre. »)
     

     

    Les Versaillais s’acharnent toute la soirée contre l’entrée du boulevard Voltaire protégée par l’incendie des deux maisons d’angle. 

     

     


    Du côté de la Bastille, ils ne dépassent guère la place Royale ; ils entament le XIIe. 
    Abrités par la muraille du quai, ils avaient, dans la journée, pénétré sous le pont d’Austerlitz. 
    Le soir, couverts par leurs canonnières et leurs batteries du Jardin des Plantes, ils arrivent auprès de Mazas .
    Notre aile droite a mieux tenu.

     

    Rue de Lille - Insurrection de Paris, 1871 / Wulff Jeune phot.:

     

     

    Les Versaillais n’ont pu dépasser la ligne du chemin de fer de l’est. 
    Ils attaquent de loin la rue d’Aubervilliers, aidée par les feux de la Rotonde. 
    Du haut des buttes Chaumont, Ranvier canonne vigoureusement Montmartre, quand une dépêche lui affirme que le drapeau rouge flotte au moulin de la Galette. 

     

     


    Ranvier, n’y pouvant croire, refuse de discontinuer son feu.
    Le soir, les Versaillais forment devant les fédérés une ligne brisée qui, partant du chemin de fer de l’est, passant au Château-d’Eau et

     

    près de la Bastille, aboutit au chemin de fer de Lyon. 

     


    Il ne reste à la Commune que deux arrondissements intacts,

     

    les XIXe et XXe, et la moitié environ des XIe et XIIe.

     


    Le Paris qu’a fait Versailles n’a plus face civilisée : 
    « C’est une folie furieuse, écrit le Siècle du 26 au matin. 
    On ne distingue plus l’innocent du coupable.

     

    La suspicion est dans tous les yeux. 
    Les dénonciations abondent. 
     

     

    La vie des citoyens ne pèse pas plus qu’un cheveu !!

     

     

    Pour un oui, pour un non, arrêté, fusillé. » 
    Les soupiraux des caves sont murés par ordre de l’armée,

    qui veut accréditer la légende des pétroleuses. 

     

     

    Hôtel de Ville pendant la Commune [avec ombre du photographe], Paris, 1871, photo: Alphonse Liébert (1827-1914):  

     

    Hôtel de Ville pendant la Commune [avec ombre du photographe], Paris, 1871, photo: Alphonse Liébert (1827-1914)

     

     


    Les gardes nationaux de l’ordre sortent de leurs trous, orgueilleux du brassard, s’offrent aux officiers, fouillent les maisons, revendiquent l’honneur de présider aux fusillades. 
     

    la_vilette_Commune_1871:  

     

    La VILETTE 1871

     

    + 1871 +:

     

     

    Dans le Xe arrondissement, l’ancien maire Dubail ,

    assisté du commandant du 109e bataillon, guide les soldats à

    la chasse de ses anciens administrés. 

     

     

    Palais des Tuileries incendié commune de paris 1871 http://peccadille.wordpress.com/2014/09/15/photographies-commune-paris-1871/?utm_source=dlvr.it&utm_medium=facebook:

    Palais des Tuileries incendié commune de paris 1871

     

     

     


    Grâce aux brassardiers, le flot des prisonniers grossit

    tellement qu’il faut centraliser le carnage afin d’y suffire. 

     

     

    Afficher l'image d'origine


    On pousse les victimes dans les cours des mairies, des casernes,

     

    des édifices publics, où siègent des prévôtés, et on les fusille par masses.

    Si la fusillade ne suffit pas, la mitrailleuse fauche.!!

     

    Les vestiges du palais des Tuileries incendié.:
     

     

    Les vestiges du palais des Tuileries incendié.

     

     

     

    Tous ne meurent pas du coup et, la nuit, il sort de ces monceaux

    des agonies désespérées.
     

     

    Ce n’est pas assez d’achever les blessés de la bataille des rues. 
     

     Le Fort d'Aubervilliers. Vue intérieure des casemates avec un groupe de Prussiens - Les ruines de Paris et de ses environs, 1870-1871 / cent photographies par A. Liébert ; texte par Alfred d' Aunay:

     

    Le Fort d'Aubervilliers. Vue intérieure des casemates avec un groupe de Prussiens

    - Les ruines de Paris et de ses environs, 1870-1871 / cent photographies par A. Liébert ;

    texte par Alfred d' Aunay

     

     

    Le Versaillais va chercher les blessés hors Paris qui sont aux ambulances. 
    Il y en a une au séminaire Saint-Sulpice, dirigée par le docteur Faneau,

    très peu sympathique à la Commune ; l

    e drapeau de Genève l’abrite. 

     


    Un officier arrive « Y a-t-il ici des fédérés ? » 

     


    « Oui, dit le docteur, mais ce sont des blessés que j’ai depuis longtemps. » 
    « Vous êtes l’ami de ces coquins »,

    dit l’officier. 

     

     

     Rue de Rivoli (angle de la rue Saint Martin) - Insurrection de Paris, 1871 / Wulff Jeune phot.:

    Rue de Rivoli, tout est dévasté !

    Rue de Rivoli (angle de la rue Saint Martin) - Insurrection de Paris, 1871 / Wulff Jeune photogaphe

     

    Paris 23 mai 1871 (!) La rue Royale et ses barricades sous la Commune de Paris:

    Paris 23 mai 1871 (!) La rue Royale et ses barricades sous la Commune de Paris

     

     


    Faneau est fusillé ; plusieurs fédérés sont égorgés dans l’ambulance même. 
    Plus tard, l’honnête officier prétexta d’un coup de feu tiré par ces blessés. 
     

     

    Les fusilleurs de l’ordre ont rarement le courage de leurs crimes.

     

    Barricades de la Commune de Paris - 1871:
    L’ombre ramène la clarté d’incendies. 
     

     

    Où les rayons du soleil faisaient des nuages noirs, d’éclatants brasiers réapparaissent. 
     

     

     

    Le Grenier d’Abondance illumine la Seine bien au-delà des fortifications. 
    La colonne de Juillet, transpercée par les obus qui ont enflammé

     

    son vêtement de couronnes desséchées et de drapeaux, flambe en torche fumeuse ;

    le boulevard Voltaire s’enflamme du côté du Château-d’Eau.

     

     

    Afficher l'image d'origine


    La mort de Delescluze

    avait été si simple et si rapide qu’elle fut mise en doute même

    à la mairie du XIe,

    où l’on avait transporté Vermorel. 
     

     

    Quelques-uns de ses collègues l’entourent.

     

    Ferré l’embrasse, et Vermorel lui dit :

     

    « Vous voyez que la minorité sait se faire tuer pour la cause révolutionnaire. »

    Vers minuit, quelques membres de la Commune décident d’évacuer la mairie. 
     

    Paris commune barricade:  

    Quoi ! toujours fuir devant le plomb !

     

    La Bastille est-elle prise ? 
    Le boulevard Voltaire ne tient-il pas encore ?

     

    Toute la stratégie du Comité de salut public,

     

    tout son plan de bataille est donc de se replier !

     

     

    À deux heures du matin, quand on cherche un membre de la Commune pour soutenir la barricade du Château-d’Eau, il n’y a plus que Gambon endormi dans un coin. 
     

     

    Un officier le réveille et s’excuse. 

     

     

     


    Le vieux républicain répond : 
    « Autant vaut que ce soit moi qu’un autre ; 
    moi j’ai vécu » et il part. 

     

     

     


    Mais les balles ont fait désert le boulevard Voltaire jusqu’à l’église Saint-Ambroise. 
    La barricade de Delescluze est abandonnée.

     

     

     

     

     

     

     


    [Prosper-Olivier Lissagaray (1838-1901).

     

     

     

     

    Histoire de la commune de 1871. E. Dentu, Paris, 1896.]

     
     
     
    Cadavres de communards (photographie attribuée à Eugène Disderi).
     
    Delicious Pin It

    votre commentaire
  • Léon Curmer (1801-1870) :

    éditeur célèbre, homme méconnu.

     

    Portrait gravé de Léon Curmer (1801-1870)
    Éditeur parisien


    Il est des noms qui font rêver. Celui de CURMER éclaire immédiatement la prunelle de tout bibliophile - néophyte amateur comme expert chevronné - d’une lueur d’admiration mêlée d’envie, en évoquant ce que l’édition a produit de plus somptueux…
     
    Pour le comprendre, faisons dans le passé un saut de 150 ans.

     
     
    Quelle nouveauté pour l’époque ! Désormais, un lecteur de la seconde moitié du dix-neuvième siècle pouvait - certes moyennant finances - feuilleter à loisir, sur la table de son salon, des manuscrits enluminés interdits au commun des mortels, enrichis d’or resplendissant, de pourpre éclatante, d’émeraude intense et d’azur céleste.
     
     
    De fastueux ouvrages confectionnés jadis pour des empereurs, des rois et des reines, d’éminents dignitaires ecclésiastiques ou des bourgeois fortunés. Et démentir en partie l’anathème mémorable lancé par Leconte de Lise, en 1884, contre les

    Hideux siècles de foi, de lèpre et de famine
    Que le reflet sanglant des bûchers illumine !


     
    Fronton de la sépulture familiale Léon Curmer
    au cimetière de Montmartre
     
     



    Mais quel homme se cache derrière ces deux syllabes magiques, synonyme de chromolithographies chatoyantes qui, aujourd’hui encore, nous coupent le souffle ?
     
     
    Qui fut Léon Curmer ?

    De l’Irlande à Saint-Germain-l’Auxerrois

    Mes recherches menées sur Internet et aux Archives de Paris, ainsi que le récent témoignage d’une obligeante arrière-arrière-petite-nièce de Léon, permettent d’esquisser un tableau de la famille CURMER.

    Henri Léon (qui, adulte, ne conservera que son second prénom) vint au monde par une triste après-midi finissante, le 17 décembre 1801.
     
     
     
     Santoral de Enero-Lamina 1-Les évangiles des dimanches et fêtes de l'année –Vol 1- 1864- Leon Curmer:
     
    Le poétique calendrier républicain, alors en vigueur, allait tourner la page du 26 frimaire an X.
     
    L’enfant naquit dans la boutique d’un drapier parisien établi rue Saint-Honoré, à une époque que les historiens nomment le Consulat.
     
     
    C’est une heureuse parenthèse de paix, après les tourmentes révolutionnaires et avant la glorieuse mais épuisante épopée napoléonienne.
     
     
    Bonaparte y jette les fondements de la France future, en la dotant d’outils administratifs, judiciaires et économiques qui lui survivront (arrondissements et cantons, Conseil d’État, code civil, Banque de France…).

    Le nouveau-né fut baptisé à l’église Saint-Eustache dès le lendemain de sa naissance. Il eut pour parrain son oncle paternel Jacques Michel CURMER (dont nous reparlerons), et pour marraine sa grand-mère maternelle Marie Anne Henriette QUESNEL femme LOUVET.
     
     
    Ses prénoms honorent à la fois son père et l’une de ses aïeules.

    Le père de Léon, Gilbert Léonard, est né 25 ans plus tôt, fin octobre 1776,
    dans le même quartier.
     
     
    À l’ombre gothique et trapue de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, de sinistre mémoire : deux siècles auparavant, son tocsin nocturne avait déclenché l’épouvantable massacre de la Saint-Barthélémy.
     
     
    Début 1801 (le 13 pluviôse an IX), Gilbert Léonard a pris pour femme à Elbeuf (en Seine-Maritime, alors dénommée Seine-Inférieure) Antoinette Félicité LOUVET.
     
     
    De cinq mois son aînée, elle appartient à une famille de fabricants de draps établie dans la région depuis plusieurs générations ; son aïeul maternel, Mathieu QUESNEL, fut maire d’Elbeuf.
     


    Le grand-père de Léon, Michel CURMER, vit le jour début mars 1743 à Pont-Audemer, dans l’Eure. Installé à Paris comme mercier puis drapier, il épousera en 1771 la fille du directeur des teintures de la manufacture royale des Gobelins, l’écossais Jacques NEILSON (1714-1788).
     
     
     
    Ce dernier pratiqua un temps la peinture auprès du célèbre Maurice QUENTIN de LA TOUR et devint même son ami.
     
     
    Le pastelliste lui légua son autoportrait, longtemps resté dans la famille et vendu chez Christie’s en juillet 2005.
     
     
    Une belle alliance, donc, pour Michel qui, d’un obscur comptoir de négociant en étoffes, accédait au cénacle d’intellectuels éclairés !
     
     
    Par la suite, plusieurs membres de la famille CURMER accoleront au leur le patronyme de leur ancêtre NEILSON.
     
     
    Michel CURMER mourut à Paris en mai 1809, rue des Lombards (alors appelée rue de l’Aiguillerie), non loin d’où il était né.
     
    Sa veuve, Marie Geneviève Dorothée NEILSON, décéda au même lieu fin janvier 1826, âgée de 80 ans.
     
     
     
    L’arrière-grand-père de Léon, Jean-Claude, était cavalier dans la maréchaussée (notre actuelle gendarmerie).
     
     
     
    Veuf de Marie FRANCELIN (née vers 1700), il épousa en février 1739
     
    à Pont-Audemer Marie Catherine HUREY, originaire de Martin-Église, non loin de Dieppe.
     
     
     
    Il était fils de Jean CURMER et Marie BLONDEL.
     


    La tradition orale familiale rapporte que les racines plongent en Irlande du sud. Le berceau de la famille est l’important port de Cork. Le patronyme Curmer viendrait de Cormar qui, en gaélique signifie grand espoir.
     
     
     
    Fuyant la misère, un membre de la famille partit servir en France, dans l’armée de Louis XI, comme capitaine d’une compagnie d’archers.
     
     
    Est-ce en hommage nostalgique à ses lointaines origines que Léon publia,
    en 1845, L’Irlande au dix-neuvième siècle ?


     
    Autres vues de la sépulture des Curmer au cimetière de Montmartre


    Une étoffe trop pesante

    L’examen des actes d’état civil des oncles et tantes de Léon CURMER fournit des renseignements éclairants.

    Son père était né quatrième d’une fratrie de cinq enfants, après deux sœurs et entre deux frères. Marie Françoise CURMER (1772-1855) épousa un marchand drapier né dans l’Yonne, Pierre Ambroise FERNEL (ca 1755-1829).
     
     
     
    J’ai recensé quatre enfants issus du couple :
    Claude Ambroise (né en 1793) ;
    Olivier Léon, employé (1801-après 1860) ;
    Alexandrine Clémence, morte célibataire (ca 1803-1872) ; enfin
    Victoire Aglaé, qui survécut à
    son époux Maximilien SIMON, inspecteur des Postes (1797-1861).
     
     
     
    C’est cette branche qui, depuis 1826, possédait le beau pastel dont j’ai parlé.
     
    Anne Victoire CURMER (1773-1817) se maria à un vérificateur des poids et mesures natif de Fontainebleau, Jean-Baptiste MARIE-SAINT-GERMAIN (ca 1753-1833).
     
     
    Leur fille Anne Dorothée (1795-1866) épousa en 1813 Antoine Marie LORIN (1786-1859), commissaire-priseur.
     
    Cet homme semble avoir été d’une inépuisable gentillesse : on trouve sa signature sur un grand nombre d’actes d’état civil de toute la famille.
     
     
    Jacques Michel CURMER (1774-1838) fut receveur principal des droits réunis
     
    (désignation, sous le premier Empire, des taxes indirectes frappant le tabac et l’alcool).
     
    Sa femme se nommait Rosalie TESNIÈRE (ca 1780-1852).
     
    Le couple n’a pas laissé d’enfant.
     
     
    Alexandre François CURMER (1777-1839) était notaire.
     
    Il passait pour un homme d’esprit. Après avoir abandonné sa charge, il s’établit dans la plaine Monceau, quartier neuf alors en vogue.
     
    À la fin de l’été 1813, il avait épousé Adélaïde Geneviève MARION de TIVILLE (1790-1870), héritière d’un magistrat parisien.
     
     
    Ses trois filles devinrent Marie Louise Émilie de TUPIGNY de BOUFFÉ, épouse en juin 1833 d’un officier de cavalerie, réputée plus tard pour sa charité ;
     
    Marie Hortense Michelle PÉRIN (1815-1873), femme d’un artiste-peintre de renom spécialisé dans les scènes d’histoire ; et
     
    Jeanne Victoire Pauline, baronne de CHAMBORANT de PÉRISSAT (1817-1890),
     
    qui se maria en avril 1836 à un avocat de Confolens (Charente).
     


    Sur les cinq enfants de Michel CURMER (grand-père de Léon),
     
    seuls deux suivront les brisées paternelles.
     
     
    La fille aînée en épousant un marchand de draps,
     
    le deuxième fils en reprenant le commerce familial.
     
     
    Les autres appartiendront tous à la fonction publique (poids et mesures, impôts, notariat).

     
    L'intérieur de la sépulture des Curmer au cimetière de Montmartre. Et encore... je vous ai épargné les canettes de boisson et autres détritus qui jonchent le sol ...
    A l'abandon ...


    L’histoire de la famille CURMER illustre parfaitement l’ascension
    sociale de la bourgeoisie du dix-neuvième siècle.
     
    Né dans une arrière-boutique encombrée de piles de tissu,
    Alexandre François avait conclu une belle union.
     
     
    Enrichi par son office, retiré dans un faubourg huppé, flanqué d’une épouse portant nom à particule et fier d’avoir avantageusement marié ses filles, il dut savourer bien des fois sa réussite !
     
    Son marchand d’étoffe de beau-frère Pierre FERNEL, sans doute aussi brave homme que rustaud personnage, était-il toujours le bienvenu dans l’élégant salon du Parc Monceau, ouvert à tout ce que Paris comptait alors de brillants esprits ?
     


    Quatre frères dissemblables

    Léon CURMER était l’aîné de trois autres frères :
     
    Édouard Nicolas (1803-1876),
    Alphonse Alexandre (1805-1855) et
    Adolphe (1809-1890).
     


    Comme l’un de ses oncles paternels, Édouard Nicolas CURMER
    fut contrôleur-receveur des contributions indirectes.
     
     
    Son mariage à Doullens (Somme) début juillet 1838 avec Émélie Louise WARMÉ (1818-1871), fille d’un notaire, révèle que son père Gilbert Léonard était mort à Flessingue (Pays-Bas) le 29 mars 1812. Ce décès sur l’embouchure de l’Escaut n’est pas sans surprendre…
     
    J’en reparlerai.
     
    Édouard Nicolas s’établit en province afin d’accomplir un parfait cursus honorum. Il mourut à Amiens. Son éloignement géographique entraîna peut-être un certain relâchement des liens avec ses trois autres frères, restés dans la capitale. Il eut pour fils l’abbé Édouard Michel CURMER (1839-1884), mort vicaire de l’église Saint-Vincent-de-Paul à Paris ;
     
    Albert Émile Henry CURMER (1843-1927), sous-directeur des contributions indirectes à Bordeaux puis promu directeur à Lille, qui recueillit les papiers de famille et édita en 1878 une notice sur son trisaïeul Jacques NEILSON, suivie en 1911 d’une monographie consacrée à son oncle éditeur ; le général Fernand Alexandre CURMER (1854-1937), commandeur de la Légion d’honneur, qui dirigea l’École polytechnique de 1916 à 1919 ; enfin James Antoine CURMER (1860-1880), infortuné sapeur au quatrième régiment du Génie, décédé à l’hôpital de Grenoble au sortir de l’adolescence.
     


    Alphonse Alexandre CURMER donne l’image d’un homme attachant.
     
     
    Pharmacien, il abandonna un beau jour bocaux et malades pour s’établir stéréotypiste à Montmartre (alors commune indépendante de Paris).
     
     
    Pourquoi cette soudaine reconversion ?
     
    Fut-il rapidement las d’une clientèle égrotante, voire aigrie ?
     
    Son frère Léon sut-il lui vanter les charmes du métier d’imprimeur, complémentaire du sien ? Une affection réciproque liait manifestement les deux hommes.
     
     
    À la mi-août 1835, Léon tenait sur les fonts baptismaux de l’église Notre-Dame-de-Grâce, à Passy, le premier fils de son cadet, prénommé Louis Léon Henry.
     
     
    Quatre ans plus tôt, Alphonse Alexandre avait épousé Marie Françoise Alexandrine Cornélie GUÉDÉ (1808-1892), née dans la Somme.
     
     
     
    Mariage qu’on devine arrangé par l’entremise de son frère aîné Édouard Nicolas, établi dans cette région et bien introduit dans la bourgeoisie locale.
     
     
    Mais union féconde, dont j’ai dénombré cinq enfants : Cornélie Antoinette née en 1832 (épouse en mars 1857 de Claude Louis Amédée ROBERT, négociant), Louis Léon Henry précité et Marie Alexandrine née en 1840, deux autres étant morts en bas âge.
     


    Le dernier né, Adolphe CURMER, m’a réservé une vive surprise. Son acte de mariage, en mai 1839, avec Marie Anne Éléonore THEUBET-LENOIR (1806-1884), native de Seine-et-Oise, indique qu’il était venu au monde… à Boulogne-sur-Mer ! Lui aussi exerçait alors le métier de stéréotypiste.
     
     
    Léon semble avoir battu le rappel auprès de ses frères pour qu’ils rejoignissent son cercle professionnel. Adolphe eut une fille unique, Marie Félicité (1847-1876), décédée jeune moins de neuf ans après avoir épousé un agent de la préfecture de police devenu employé de banque. Mais pourquoi Adolphe était-il né aussi loin de Paris, dans les brumes du Pas-de-Calais ?

     
     
    Un père dans de beaux draps

    Si les morts pouvaient parler, qu’ils en auraient à dire !
     
    Mais faute de faire tourner les tables comme Victor Hugo, je me suis contenté de m’asseoir à celles des Archives de Paris pour y prendre des notes.
     
     
    C’est moins romantique mais historiquement plus sûr… Et là, les vieux papiers m’ont narré une bien sombre chronique. Quel étrange hasard (si c’en fut un !) poussa mon doigt à ouvrir le tiroir étiqueté C du fichier des faillites parisiennes sous le premier Empire ?
    Je l’ignore.
     
    Mais ce geste anodin m’a fourni une information précieuse.
     
     
    Le 12 mai 1806, Gilbert Léonard CURMER-NEILSON déposait le bilan.
     
    Une banqueroute des plus sévères puisque son déficit dépassait les 76 500 francs, soit plus de la moitié de l’actif, qui n’atteignait que 131 500 francs ! Ayant apparemment accumulé plus de marchandises qu’il n’en pouvait vendre, il devait de l’argent dans toute la France (d’Amiens à Nîmes, de Rouen à Sedan) et à tout le monde, y compris ses oncles, parents et beaux-parents…
     
    Ses créanciers défilèrent devant les juges du tribunal de commerce
    de la Seine jusqu’au 2 janvier 1807.
     
    Un docteur en chirurgie du quartier des Halles réclamait, à lui seul, la bagatelle de 3 000 francs.
     
     
    Rançon des migraines tenaces ou insomnies répétées du malheureux marchand de draps, penché sur des livres de comptes dont l’implacable arithmétique le dépassait ? Pour la petite histoire, sachez que je me suis employé à vérifier les additions de ceux qui condamnèrent le défaillant : elles sont fausses à deux reprises !
     
     
    Cette pièce d’archives, fortuitement découverte, éclaire la situation d’un jour inattendu.
     
    La naissance du dernier des frères à Boulogne-sur-Mer s’explique alors avec évidence : pressé de quitter Paris où l’assaillait une meute de créanciers, Gilbert Léonard n’eut pas d’autre choix que la fuite.
     
     
    Un grand port de commerce constamment animé, propice à embarquement immédiat : quel refuge idéal ! Les campagnes napoléoniennes lui offrirent-elles un débouché inattendu, occasion unique de rebondir ? Les armées ont besoin de draps…
     
    Mais l’aventure tournera court.
     
    Gilbert Léonard trouvera la mort prématurément, au bord de la mer du Nord. Une triste fin.
     
    Léon fut alors recueilli par son oncle notaire.
     
    N’ayant pas de fils, ce dernier inscrivit son neveu - intellectuellement doué - à l’école de Droit, puis l’embaucha comme principal clerc dans l’espoir qu’il prît sa suite.
     
    Or Léon savait déjà ce qu’il voulait.
     
    Rapidement, il abandonna cette voie certes toute tracée, mais qui ne lui inspirait guère qu’un ennui rédhibitoire, pour l’exaltante aventure de l’édition.
     
     
    La veuve de Gilbert Léonard CURMER ne se remariera pas. Elle élèvera seule ses enfants.
     
    On devine qu’elle fut une mère aimante autant qu’une épouse dévouée. Elle mourra à Paris en décembre 1851, quelque 40 ans après son mari.
     
    Sa disparition dut affliger Léon, qui tint à reposer auprès d’elle.
     
    J’y reviendrai.
     
    Pour autant, la déconfiture paternelle n’empêchera pas trois des fils de tâter aux affaires : Léon en écoulant des livres, Alphonse Alexandre en vendant des drogues médicinales puis des gravures, rejoint dans ce dernier négoce par son cadet Adolphe.
     
    En mai 1884, au décès de son épouse, celui-ci exerçait le métier d’orfèvre.
     
    L’or, ultime valeur-refuge ?


     
    L'imitation de Jésus-Christ. Paris, Léon Curmer, 1856-1857
    [chromolithographie de Lemercier, typographie de J. Claye, Paris.].


    Léon CURMER intime

    Il reste difficile de pénétrer l’intimité d’un homme disparu voici plus de 140 ans.
     
     
    Pour ceux que l’astrologie a convaincus (dont nous sommes), Léon CURMER était Sagittaire ascendant Cancer.
     
    Un idéaliste aimant autant l’aventure que la sécurité,
    ce dernier besoin primant, avec l’âge, sur le premier.
     
     
    Le Sagittaire donne le goût des voyages, ouvre l’esprit sur des horizons étrangers et inconnus, incite à découvrir le monde et ses diverses cultures :
    c’est le symbole de la flèche qui fend l’air et va loin.
     
     
    De plus, régi par la planète Jupiter, il confère souvent un vaste esprit de synthèse et d’organisation. Léon CURMER saura le mettre en œuvre dans son activité d’éditeur lorsqu’il coordonnera, avec une bienveillante et compétente autorité, le travail des multiples corps de métier concourant à la réalisation d’un livre aussi monumental que Les Français peints par eux-mêmes : huit gros volumes qui impliquèrent quelque cent quarante auteurs et une centaine d’illustrateurs, à une époque où un projet de cette envergure supposait un flux constant de correspondances, un amoncellement de documents divers et d’incessantes allées-et-venues chez l’imprimeur ou le lithographe...
     
     
    Même en rêve, les cerveaux les plus hardis d’alors pouvaient-ils seulement imaginer le miracle des transmissions instantanées qu’en ce début de vingt-et-unième siècle, Internet a ancré dans notre banal quotidien ?
     
    Le Cancer s’attache au foyer et à la famille. Léon CURMER repose auprès de sa mère et de ses deux épouses. L’intimité rassure et protège le cancérien, tel le crabe qui le représente, abritant sa chair tendre derrière une épaisse carapace munie de deux pinces.
     
     
    Des armes qui, en outre, rendent ce natif très tenace.
     
    Tenace, il fallut l’être, assurément, pour réussir dans une entreprise d’aussi longue haleine et semée d’autant d’embûches que l’édition !

    Au besoin, Léon pouvait même se monter pugnace.
     
    Dans son numéro du 30 novembre 1837, le Journal du Palais relate ses démêlés avec un relieur-libraire nommé Henri BARBA (1803-1879), auquel CURMER avait remis treize exemplaires de ses Saints Évangiles comme prix de leur brochage-satinage.
     
    Considérant siens ces ouvrages, BARBA avait fait annoncer, par voie de presse, son intention de les vendre pour 30 francs comme riches étrennes à bon marché… alors que l’éditeur les affichait à 40 francs. Y voyant une concurrence déloyale, Léon porta aussitôt l’affaire devant les tribunaux. Les juges lui donnèrent tout d’abord raison, en condamnant BARBA à verser des dommages et intérêts.
     
     
    Ce dernier fit appel de la sentence, arguant de pratiques commerciales courantes et dépourvues de volonté de nuire. Finalement, la Cour reconnut comme licite le petit bénéfice réalisé par BARBA et déclara CURMER non-recevable. Notre Léon dut s’en étrangler de rage ! Cet épisode judiciaire le révèle prompt à la riposte lorsqu’il se sentait lésé. Mieux valait ne pas l’avoir comme ennemi…
     
     
    Quelque 25 ans plus tard, parcourant l’Italie à la recherche de manuscrits pour illustrer une nouvelle et luxueuse édition des Évangiles, il n’hésitera pas à faire appel au pape en personne - et avec succès ! - face au refus catégorique du conservateur de la Bibliothèque Vaticane d’autoriser la photographie de miniatures.
     
     
    Mais son obstination ne l’empêchait pas d’être un affectif, comme on le verra. Son portrait gravé nous montre un sexagénaire portant beau, respirant assurance et autorité. La barbe blanche en collier donne à cette physionomie impressionnante la gravité d’un patriarche biblique, tels ceux que peignit Michel-Ange au plafond de la Sixtine.
     
     
    Le regard volontaire et perçant annonce une volonté farouche,
    inflexible, proche de l’entêtement.

    Léon CURMER se maria deux fois.
     
    Fin novembre 1833, à l’approche de ses 32 ans, il épousait Marie Catherine Louise BORGERS, fille d’un cordonnier prussien et veuve d’un tailleur de même origine.
     
    Un mariage d’amour. Hélas, elle mourut dès les premiers jours de 1844.
     
    Il en conçut un chagrin profond et durable.
     
    Atteinte d’un cancer du col de l’utérus diagnostiqué trop tard, la malheureuse rendit l’âme après onze mois d’affreuses souffrances.
     
     
    L’incompétence des médecins du temps de Louis-Philippe n’avait rien à envier à ceux de Molière :
     
    l’un deux avait même envisagé d’extirper par torsion l’organe malade !...
     
    Pour exorciser sa douleur, Léon fit imprimer, à tirage réduit, une plaquette intitulée L’agonie d’un ange...
     
    Un texte poignant, qui révèle une rare délicatesse de sentiments.


     
    Les Évangiles des dimanches et fêtes de l'année.
    Paris, L. Curmer, 1864. 3 volumes in-folio (28,5 x 20 cm).


     
    Sans aucun doute l'une des plus belles réalisations de l'éditeur Léon Curmer.


    Deux ans et demi plus tard, Léon convola en secondes noces avec sa domestique Gertrude Hubertine HEYSTERS, fille d’un jardinier née aux Pays-Bas. Il épousa donc deux femmes étrangères (le Sagittaire…), d’une condition nettement inférieure à la sienne. Pour lui, le mariage n’engageait que ses sentiments intimes (le Cancer…).
     
     
    Dans le salon huppé et cossu de sa tante paternelle née de TIVILLE, foyer de bel esprit, deux jeunes femmes d’aussi modeste extraction, toutes charmantes fussent-elles, parlant un français teinté de fort accent étranger et entaché de fautes de genre ou de syntaxe, reçurent-elles un accueil d’une chaleur débordante ?
     
     
    Le premier acte de mariage, signé en la paroisse Saint-Louis d’Antin, amorce une réponse à cette interrogation. Parmi les deux témoins de l’époux figure son oncle Jacques Michel CURMER, collecteur d’impôts.
     
     
    Certes, comme parrain du marié, la présence de Jacques Michel allait de soi.
     
    Mais cela arrangeait sans doute aussi les intérêts de Léon,
    pris de scrupule à solliciter son autre oncle paternel.
     
     
    L’arrivée d’une nièce née d’un pauvre savetier des environs de Düsseldorf pouvait-elle réjouir le spirituel notaire, qu’une alliance flatteuse avait introduit dans le tout-Paris ?
     
     
    Quant à sa seconde femme, elle lui survivra presque 50 ans sans se remarier.
     
    Léon aura été le seul homme de sa vie.
     
    Elle le rejoindra dans la tombe en juillet 1919.

    Léon CURMER semble avoir su aimer et se faire aimer.
     
     
    Il n’eut pas d’enfant. Mais de son précédent mariage, sa première épouse avait eu un fils,
    Armand MOLLER (1826-après 1881) et une fille, Léonide MOLLER (1828-1875) ; il les chérissait.
     
     
    Il était même parrain de Léonide, née après le décès prématuré de son père Valentin MOLLER - ce qui révèle des relations étroites et d’assez longue date avec sa première femme. En juillet 1852, il sera parrain du second-né de Léonide, Léon Henri Albert POHL (décédé en mars 1889). La pauvre Léonide fut abandonnée par son époux, un polonais qui exerçait le métier de caissier et disparut sans laisser d’adresse.
     
     
    Partit-il aussi avec la caisse du magasin qui l’employait ?
     
    Devenue journalière pour subsister, Léonide mourut à l’hôpital Cochin.
     
     
    Quant à Armand, il fut commissaire de police.
     
    La disparition de son beau-frère aura-t-elle éveillé sa vocation ?
     
    Léon avait aussi, du côté de sa première épouse, un neveu par alliance
    nommé Armand BORGERS (1823-1888), sur lequel il semble avoir reporté une affection toute paternelle.
     
     
    En avril 1852, il signera l’acte de mariage de cet honnête chapelier allemand.
     
    On trouve rarement le paraphe de Léon CURMER sur des actes d’état civil de membres de sa famille : ses absorbantes occupations devaient rendre son temps précieux.
     
    En retour, le fidèle Amand déclarera le décès de son oncle à la mairie du XVIe arrondissement.


    Une postérité assurée

    Dès 1856, Léon CURMER s’était retiré loin de l’agitation parisienne.
     
    Dans la bruyante rue de Richelieu, tout lui rappelait le douloureux souvenir du décès de sa première femme puis de sa mère.
     
     
    À l’époque, Passy était encore un grand village indépendant de Paris, offrant les charmes d’un calme agreste, d’un jardin planté de roses et d’un air non pollué.
     
     
    C’est là qu’il vécut ses dernières années, dans une confortable villa aujourd’hui disparue.
     
    Il expira au petit matin du samedi 29 janvier 1870, après deux années d’une longue et douloureuse maladie - euphémisme qu’utilisaient déjà les journalistes de l’époque.
     
     
    À la fin du règne de Napoléon III (lui-même longtemps martyrisé par une gravelle qui finira par l’emporter), mourir d’un cancer était cruel.
     
    La pharmacopée d’alors ne connaissait guère que l’opium et le laudanum, aux effets fugaces.
     
     
     
     
    La fin de Léon CURMER dut n’être, hélas, qu’un long calvaire.
     
    Il fut inhumé, le surlendemain de son décès, au cimetière parisien de Montmartre.
     
     
    Il y avait acquis une concession perpétuelle à la mort de sa première épouse.
     
     
    Cette sépulture existe toujours.
     
     
    C’est une chapelle funéraire d’aspect antiquisant à fronton triangulaire et sobres pilastres doriques, jadis élégante mais aujourd’hui abandonnée au point de menacer ruine.
     
     
    Vitrail brisé, crucifix en travers de l’autel, feuilles mortes et détritus ensevelissant les dalles (où sont tombés deux touchants bustes qu’on devine de fidèles portraits d’après nature), et jusqu’à d’épaisses toiles d’araignée tissant leur sombre tenture y composent un décor désolé, semblant attendre le tournage d’un énième épisode de Dracula…
     
    Léon CURMER n’a laissé aucune descendance.
     
    Mais les luxueux ouvrages qu’il édita lui assurent une postérité bien vivante.
     
    Laissons-lui le mot de la fin. En 1857, rédigeant la préface de son Imitation de Jésus-Christ, il écrivait : Je remercie Dieu (…) de clore comme je l’ai commencée une carrière où l’amour du beau et la recherche de la perfection m’ont constamment accompagné. Il avait encore treize années à vivre.
     
     
    Il couronnera son œuvre, quatre ans plus tard, en publiant les superbes Heures d’Anne de Bretagne, qui dépasseront en splendeur tout ce que les presses avaient pu produire jusqu’alors.
     
     
    L’impératrice Eugénie, la reine Victoria et le pape Pie IX compteront parmi les premiers souscripteurs…

    Aux trésors du cœur et de l’esprit, Léon CURMER joignait la perle - exquise - de la modestie.
     


    Thierry COUTURE pour le Bibliomane moderne
     
    SOURCES article
    - http://le-bibliomane.blogspot.fr/2011/11/leon-curmer-1801-1870-editeur-celebre.html
    Delicious Pin It

    votre commentaire
  • Charles Auguste Louis Joseph Demorny

    Afficher l'image d'origine

    dit comte de Morny, devenu duc de Morny, né à Saint-Maurice (Suisse) le 17 septembre 1811 et mort à Paris le 10 mars 1865, est un financier et homme politique français de la Monarchie de juillet, de la IIe République et du Second Empire, député, ministre de l’Intérieur (1851-1852), président du Corps législatif et président du Conseil général du Puy-de-Dôme (1852-1865).

    Fils naturel de la reine de Hollande Hortense de Beauharnais et du comte de Flahaut, il est le petit-fils naturel de Talleyrand et le demi-frère de Napoléon III.

     

    Charles de Morny est à l’origine de la fondation du village du Vésinet dans la boucle de la Seine en aval de Paris, de l’urbanisation de Deauville et du parc des Princes à Boulogne-Billancourt.

    sa filiation est épique

    Il a eu un rôle politique majeur. Morny est la cheville ouvrière du coup d’État du 2 décembre 1851 qui permet à Louis-Napoléon élu président de la IIème République de devenir

    « Prince-Président ».

    Le duc de Morny, poursuivit à Viroflay la tradition hippique installée par Rieussec sur de grands pâturages établis depuis la formation du domaine royal de Versailles.

    La femme blonde du bois de Boulogne, c’est Sophie Troubetzkoï, la veuve du duc de Morny.

    Notre article sur les courses.

    En bordure du parc, près du château Gaillon, il construisit un hôtel particulier et quelques dépendances dans un style un peu particulier.

     

    L’arrière du Pavillon de Morny a des allures russes avec ses parements de bois chantournés. Le duc de Morny, demi-frère de Napoléon III, avait eu cette attention

    pour la princesse Troubetskoï, son épouse d’origine Russe.

     

     

    En 1926, l’Hôtel de Morny, propriété du baron Malouët, accueillera la Mairie, à quelques mètres de ses premières implantations. Elle y est toujours, agrandie depuis peu.

     

    L’arrière de l’Hôtel de Morny (le Grand Chalet), mairie de Viroflay depuis 1927. Son style russe avec des boiseries chantournées, hommage, dit-on, du duc à son épouse, née princesse Troubetskoï.  CPA, série Syndicat d’Initiative (coll. part.)
    L’arrière de l’Hôtel de Morny (le Grand Chalet), mairie de Viroflay depuis 1927. Son style russe avec des boiseries chantournées, hommage, dit-on, du duc à son épouse, née princesse Troubetskoï. CPA, série Syndicat d’Initiative (coll. part.)
     
     

     

     

    L’arrière du Pavillon de Morny a des allures russes avec ses parements de bois chantournés. Le duc de Morny, demi-frère de Napoléon III, avait eu cette attention pour la princesse Troubetskoï, son épouse d’origine Russe. Carte ayant circulé le 30 octobre 1934. (coll. part.)
    L’arrière du Pavillon de Morny a des allures russes avec ses parements de bois chantournés.
     
    Le duc de Morny, demi-frère de Napoléon III, avait eu cette attention pour la princesse Troubetskoï, son épouse d’origine Russe.
    Carte ayant circulé le 30 octobre 1934. (coll. part.)
     
     
    Sofia Troubeskoy, duchesse de Morny, épousa en secondes noces le 21 mars 1869, à Vitoria en Espagne, José Isidro Osorio y Silva-Bazán (né à Madrid le 4 avril 1825, mort à Madrid  le 30 décembre 1909), duc d’Alburquerque et de Sesto, cousin de l’Impératrice Eugénie.
     

     

     

     

    La Mairie dans les années 30. L’ex propriété Morny est encore ceinte de hauts murs qui ont trouvé leur utilité comme panneaux d’affichage. Carte Etab. Malcuit EM 3922 à bordure blanche. Carte ayant circulé le 9/9/1948 (coll. part.)
    La Mairie dans les années 30.
    L’ex propriété Morny est encore ceinte de hauts murs qui ont trouvé leur utilité comme panneaux d’affichage.
    Carte Etab. Malcuit EM 3922 à bordure blanche.
    Carte ayant circulé le 9/9/1948 (coll. part.)
     
    sources ARTICLE :
    http://www.cartophilie-viroflay.org/article.php?id_article=216
     

     

    Delicious Pin It

    votre commentaire



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires