• HISTOIRE de la RUE SAINT DENIS....

     

     File:Thomas Girtin 004.jpg

     1807

     

    Saint Denis sur la butte Montmartre.

    Mons Martyrum ou Mons Martis ?

     

    montmartre

     

    La butte Montmartre doit vraisemblablement son nom à un Mons Martis (Mont de Mars), référence à un temple dédié au dieu Mars qui, à l’époque gallo-romaine, se dressait à l’endroit qu’occupe actuellement l’église Saint-Pierre.

      

    On y trouvait aussi un temple dédié à Mercure. Mais selon une légende chrétienne tenace, Montmartre devrait son nom au martyr du premier évêque de Paris, saint Denis, et de ses deux acolytes, Eleuthère et Rustique, d’où Mons Martyrum

    (Mont des Martyrs).

      

    Cette tradition fut fixée au 9e siècle par Hilduin, abbé de Saint-Denis, de Saint-Germain-des-Prés et de Saint-Médard de Soissons, et auteur d’une Vita sancti Dionysii (Vie de saint Denis (rédaction : 835-840), dont le nom latin rappelle celui du dieu grec Dionysos, comme on peut le constater).

      

      

      Marché, bois gravé italien de la Renaissance

      

    La tradition « montmartroise » de saint Denis avait cours depuis le 6e siècle (alors que certaines sources prétendent que le saint aurait pu être exécuté sur l’Île de la Cité !), mais Hilduin ne précise ni le lieu exact, ni la date, même approximative, du supplice. Une charte du roi Robert reprendra bien la version de l’abbé de Saint-Denis, cette histoire n’en appartient pas moins, de toute évidence, au domaine de la légende.

      

      

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    Il est probable que Hilduin ait joué sur le rapprochement des termes Martis et Martyrum, pour y situer le martyr de saint Denis,à moins que le nom du « Montmartre » du 9e siècle, faisait déjà, tout simplement, référence à des martyrs, mais sans autre précision.

      

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    Cela devait permettre, comme nous allons le voir, de justifier quelques acquisitions de terrains.

     

     

      

     

     

    Le Sanctum Martyrium.

    La présence, sur la butte, de deux oratoires dédiés à saint Denis est attestée. L’un d’eux est cité vers le 8e siècle, par certains textes d’époque. Au siècle suivant, il eut vraisemblablement à souffrir des attaques des Vikings, lors du siège de Paris et subit d’importants dommages matériels.

     

    En 944, l’église fut semble-t-il abattue par un ouragan.

     

     

    Toutefois, la charte d’un certain Bouchard de Montmorency, la signale encore, en précisant que cet édifice religieux, situé sur la montagne, avec l’autel, le sanctuaire, le cimetière et un terrain environnant, est compris dans son bénéfice.

      

      

    Ruelle de l'Abreuvoir Popin

      

    Mais c’est un autre oratoire, celui qui, selon certains témoignages, aurait existé sur la butte « de toute antiquité »,

    qui nous intéresse plus particulièrement ici.

      

     

      

     

    La tradition montmartroise de saint Denis, que Hilduin devait transmettre à la postérité, servit vraisemblablement à justifier certaines acquisitions de terrains par l’abbaye royale de Saint-Denis (actuelle basilique Saint-Denis) :

      

      

    le meilleur moyen pour justifier certaines convoitises sur la butte n’était-il pas d’en appeler au sang versé supposément à Montmartre par les martyrs Denis, Rustique et Eleuthère ?

     

    Ainsi, lorsque le marché de l’abbaye de Saint-Denis se transporta entre 673 et 710 vers le pas de la chapelle, entre Saint-Martin et Saint-Laurent, ladite abbaye fit l’acquisition de ses premiers territoires montmartrois, avant d’étendre ses ambitions à toute la butte,

    au nom du sang versé par les martyrs.

      

     

      

    Ainsi, un texte du Cérémonial monastique de l’abbaye royale de Montmartre rappelle-t-il l’existence, « de toute antiquité », d’une chapelle, située sur le versant de la butte tourné vers Paris, qui, selon les dires des ecclésiastiques, aurait été érigée sur le lieu même où Denis fut exécuté, raison pour laquelle on donna à la chapelle le nom de Capella de Sancto Martyrio.

     

    Il semble que la chapelle dont il est question ici soit le Sanctum Martyrium, cité par la charte de B. de Montmorency, mais en 1096 seulement.

      

      

      

    Le sanctuaire, qui fut vraisemblablement érigé au 11e siècle donc, s’élevait semble-t-il à l’emplacement du n°9 de l’actuelle rue Antoinette. Sa très grande ancienneté et son attribution première à saint Denis paraissent toutefois relever de la légende.

      

      

      

    Ayant appartenu originellement à des laïques, puis passé sous la juridiction du prieuré de Saint-Martin-des-Champs (et non de l’abbaye royale de Saint-Denis, comme on aurait pu s’y attendre), ce modeste sanctuaire paraissait bien peu digne de la célébrité du martyr qu’il était supposé honorer.

      

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    Si ce sanctuaire avait eu l’importance que d’aucuns lui ont prêté a posteriori, on imagine mal les moines de Saint-Denis le laissant tomber en des mains étrangères !

     

    Mais l’humain, si souvent attiré par le merveilleux, ne se laisse que rarement convaincre par les mises en garde historiques.

      

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    Aussi ce lieu fit-il l’objet d’une grande vénération. Il reçut notamment la visite du pape Alexandre III, de Thomas d’Aquin et d’Ignace de Loyola. Tous les sept ans, les moines de l’abbaye royale de Saint-Denis venaient déposer processionnellement, à Montmartre, les reliques de leur saint patron.

     

    Le sanctuaire fut toutefois totalement détruit, en 1598, durant les guerres de religions.

      

    Le cimetière et l'église des Saints-Innocents. Jakob Grimer (attribué à).<br> Copyright &copy © Musée Carnavalet / Roger-Viollet  

    « Résurrection » du Martyrium : une crypte bien équivoque…

     

      

    En 1559, un incendie avait également détruit une grande partie de l’abbaye des Bénédictines de Montmartre qui se trouvaient dès lors bien dépourvues et soumises à un impérieux besoin de monnaies sonnantes et trébuchantes.

     

     

     

    En 1611, Marie de Beauvilliers, qui dirigeait alors l’abbaye, eut l’idée de faire restaurer le Martyrium, détruit treize années plus tôt, et de construire autour de la chapelle rénovée une nouvelle abbaye dite d’ « en bas », reliée à celle d’ « en haut » par une galerie longue et voûtée.

      

      

      

    Et c’est là que se produisit un « miracle » bien opportun : on mit à jour un escalier conduisant à ce que l’on présenta bien vite comme étant l’ancienne crypte du sanctuaire d’origine. L’on prétendit y avoir découvert un autel rudimentaire, de même que des croix et des inscriptions gravées sur les murs (mais hélas bien vite effacées par l’afflux des visiteurs…).

      

      

      

    La nouvelle ne tarda dès lors par à se répandre : une crypte venait d’être découverte ; pour certains, elle devait, à n’en pas douter, être un refuge des premiers chrétiens, pour d’autres, c’est à cet endroit précis que ce serait déroulé le martyr de saint Denis, pour d’autres encore, le lieu servit de cachette à Denis pour y servir la messe, et Marie de Médicis elle-même se rua sur le lieu de la découverte !

      

      

      

    D’un point de vue historique, toutefois, rien ne vient étayer ces diverses thèses rocambolesques. Rien ne permettait de reconnaître avec certitude en ce lieu un monument antique. Une seule certitude, cette découverte réveilla la dévotion du peuple pour saint Denis et sa chapelle des Martyrs, et l’argent afflua dans les caisses des religieuses de Montmartre… La chapelle fut définitivement détruite en 1793, en même temps que le prieuré.

      

      

    A son emplacement, s’élève aujourd’hui une chapelle moderne, sise au n°9 de la rue Antoinette. De l’abbaye des Dames de Montmartre ne subsiste que l’église Saint-Pierre dont le chœur servait de chapelle aux religieuses.

      

      

    Saint Denis entre histoire et légende.

    La prédication de saint Denis.

    saint-denis

      

      

    C’est donc vers l’an 250, si l’on en croit la légende, que sept évêques quittèrent Rome pour évangéliser les Gaules. Arrivé à Paris ou, plus précisément, à Lutèce, Denis aurait éprouvé bien des difficultés à intéresser les autochtones à ses discours. Mais à force de patience et de ténacité, il parvint à opérer, puis à multiplier les conversions, au point que les prêtres des cultes païens en prirent bien vite ombrage.

      

      

    Aussi envoyèrent-ils des délégués à Rome pour réclamer l’intervention de l’empereur Domitien (on voit ici que les diverses légendes de Denis s’entrechoquent : Domitien vécut et régna au premier siècle et non au troisième ; en 250, nous sommes au début du règne de l’empereur Dèce). Dèce, donc, fait immédiatement marcher une armée sur Lutèce.

      

      

      

    Il la confie au prévôt Sisinnius qui fait amener devant son tribunal Denis et ses deux acolytes, le prêtre Eleuthère et le diacre Rustique. Devant leur refus de se soumettre à l’empereur et de renier leur foi chrétienne, ils sont bien vite soumis à la torture. Mais rien n’y fait. On les jette donc en prison avec les nouveaux convertis.

      

      

    Durant la nuit, le Christ apparut à Denis et lui administra la communion à travers les barreaux de la grille du cachot. Le lendemain, Sisinnius ordonna la mort de Denis et de ses deux acolytes, qui furent immédiatement décapités.

      

      

    « Miracles » et origine d’un culte.

      

      

      

    Mais alors, dit la légende, que les âmes des trois martyrs s’élevaient vers le ciel, le corps décapité de Denis s’anima, se leva, prit sa tête dans ses mains, et, soutenu par deux anges, s’éloigna. De Montmartre, il chemina jusqu’à un village nommé Catulliacum, qui devait prendre ultérieurement le nom de Saint-Denis. Il arriva bientôt à la maison d’une « prude femme » nommée Catulla qui reçut la tête sanglante des mains du martyr. Elle la déposa immédiatement dans un tombeau situé à proximité de sa demeure.

      

      

      

      

    Laissons-là la controverse qui opposa jadis l’Eglise de Paris et les moines de l’abbaye de Saint-Denis, concernant les circonstances de la décapitation du saint, franche et brutale selon Paris, maladroite, selon Saint-Denis, et qui influença considérablement son iconographie, pour retenir que, comme on pouvait s’y attendre, les miracles se multiplièrent immédiatement après la mise en terre de Denis.

      

      

      

    Ces miracles ne purent toutefois empêcher le massacre de nombreux chrétiens dans les alentours de Paris, et ce le jour même du martyre de saint Denis.

      

      

    Et voilà comment Montmartre devint une terre sacrée, Grégoire XV allant jusqu’à accorder des indulgences à ceux qui embrasseraient avec respect le sol de la butte. On dit aussi que saint Denis ressuscita quelques heures pour accorder son pardon à son bourreau, un légionnaire gallo-romain rongé de remords et converti au christianisme. A noter que jadis, à Paris, on invoquait Denis pour les maux de tête ( !) et les morsures de chiens enragés.

     

     

     

    Un mot sur Denis de Paris.

      

      

    Que n’a-t-on dit et écrit sur saint Denis ? Personnage aux multiples facettes, on lui donne généralement trois identités, pourtant bien distinctes. Selon une première tradition, Denis ne serait autre que saint Denis l’Aréopagite, disciple direct de saint Paul.

      

      

    Las, le disciple de Paul vivait au 1er siècle, alors que le Denis de Paris, lui, ne peut apparaître, au plus tôt, qu’au 3e siècle ! La thèse des origines athéniennes de Denis a pourtant longtemps conservé des adeptes. Selon une seconde tradition, Denis aurait été un missionnaire du pape saint Clément, évêque de Rome au 1er siècle.

      

      

      

      

    Cette tradition rejoint la première et paraît, pour les mêmes raisons chronologiques, tout aussi invraisemblable. Enfin, une troisième tradition compte Denis au nombre des sept évêques qui, vers 250, vinrent de Rome pour évangéliser les Gaules. Pas plus convaincante, elle est exprimée par Grégoire de Tours

    (539-594).

      

    Avant cela, aucune trace de notre supposé missionnaire romain :

      

      

    Denis aurait ainsi évangélisé au 3e siècle, mais sa légende, elle, n’apparaît qu’environ deux à trois siècles plus tard. Denis apparaît donc bien comme un personnage légendaire dont Hilduin, pour des raisons déjà évoquées, établira de fixer la légende, finalement parachevée, au 13e siècle, dans la « Légende dorée », par Jacques de Voragine.

      

      

      

      

    Saint Denis à Paris et en Île-de-France.

    La Seine-Saint-Denis.

     

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    Opérons d’abord une distinction entre l’enracinement historique de ce territoire et sa constitution récente en département. Le territoire de la Seine-Saint-Denis accueille une présence humaine depuis au moins 300.000 ans (on y a trouvé des outils en silex datés du paléolithique inférieur).

      

      

      

      

    On y a également trouvé des campements préhistoriques, des traces d’activité agricole ancienne, puis des témoignages de son organisation en village gaulois, en agglomération gallo-romaine, en hameau médiéval, puis en village francilien. C’est une réalité enracinée de ce territoire que l’on évoque bien peu aujourd’hui, alors que l’actualité socialement difficile du département défraye, elle, régulièrement la chronique. Le département de la Seine-Saint-Denis a été créé le 1er janvier 1968, à partir de la partie nord-est de l’ancien département de la Seine.

      

      

    Il reçut le code « 93 » qui, à l’origine, était dévolu au département de Constantine, dans l’Algérie française. Rappelons aussi le très beau nom des habitants de ce département : les Séquano-Dionysiens, double référence au peuple celtique des Séquanes (est de la Gaule) et au dieu grec Dionysos, bien que ces noms se rapportent plutôt respectivement à la « Sequana » (la Seine mais également la Saône) et à Denis.

      

      

      

    A une époque où d’aucuns préfèrent se dire originaires du « quatre-vingt-treize »

    ou du « neuf-trois », il est à craindre que ce vocable soit de moins en moins en usage…

     

     

     

    La basilique Saint-Denis.

    basilique saint-denis

      

      

    C’est en Seine-Saint-Denis que l’on trouve la nécropole des rois de France, en la basilique de Saint-Denis qui, comme nous l’avons vu, est largement liée à la légende de Denis de Paris. Selon la tradition, ce dernier aurait marché au supplice en parcourant des voies alors campagnardes qui devinrent la rue Saint-Martin, la rue Montmartre et la rue des Martyrs. Il aurait ensuite été décapité rue Antoinette, proche de la place des Abbesses, et ce serait ensuite miraculeusement relevé, pour emporter sa tête jusqu’au sommet de la butte.

      

      

      

      

    L’ayant lavée à la fontaine jadis située impasse Girardon (ex-Saint-Denis), il aurait dévalé un sentier qui ne serait autre, aujourd’hui, que la rue du Mont-Cenis, pour aller déposer sa tête, comme nous l’avons vu, au village de Catulliacum, qui serait ensuite devenu le village de Saint-Denis. C’est là que devait être érigée l’abbaye royale de Saint-Denis qui usa largement de la légende de saint Denis pour justifier certaines de ses convoitises sur la butte Montmartre. L’église abbatiale porte toutefois le nom de « basilique » depuis l’époque mérovingienne. C’est au 4e siècle qu’un mausolée fut établi à cet endroit, soit sur le site d’un cimetière gallo-romain qui existait depuis le Bas-Empire.

      

      

      

    C’est là que ce situe le maître-autel actuel. Vers 475, il est dit que sainte Geneviève acheta les terres situées aux alentours et fit construire une église, qui fut agrandie au cours des siècles suivants. Ce lieu jouit de tous temps d’un grand prestige. Si bien que l’on y inhuma nombre de personnages illustres, dont les corps de saint Denis et de ses deux acolytes, Eleuthère et Rustique. Dagobert Ier (602/605 – 638/639) fut le premier roi des Francs à être inhumé en l’église Saint-Denis. Suivi de Charles Martel, en 741, il fut rejoint, au cours des siècles, par bien d’autres monarques, tels que Hughes Capet, Philippe Auguste, Saint Louis, Philippe le Bel, François Ier, Catherine de Médicis, et une multitude d’autres personnages de la noblesse française.

      

      

      

      

    Mais notons que la basilique, qui prit progressivement la forme gothique que nous lui connaissons encore aujourd’hui, fut également l’église du sacre des reines de France, dont ceux de Catherine et Marie de Médicis. Lors du saccage de l’église Saint-Denis par les révolutionnaires, en 1793, de nombreuses tombes furent profanées, et les cendres de 42 rois, 32 reines, 63 princes, 10 serviteurs du royaume, ainsi que d’une trentaine d’abbés et de religieux divers, furent jetées dans les fosses communes de l’ancien cimetière des moines, alors situé au nord de la basilique.

      

    La Porte St Denis  

      

      

    Une partie du trésor de la basilique fut transformée en monnaie, quant aux gisants, ils furent en grande partie détériorés. En 1805, Napoléon Ier fit notamment de la basilique un mémorial des quatre dynasties ayant régné sur la France. L’église fut réhabilitée sous Louis XVIII, en 1816, avant de se voir restaurée dans le courant du siècle. Ceci dit, malgré ces restaurations et des travaux entrepris il y a quelques années, la basilique continue à se dégrader.

      

      

      

      

    La rue Antoinette et la décapitation de saint Denis.

    Juste un mot sur cette rue peu connue du 18e arrondissement, pour rappeler que, selon la tradition, c’est au niveau du n°9, que s’élevait le Sanctum Martyrium et qu’aurait été décapité saint Denis. Cela reste toutefois historiquement non-confirmé.

     

     

     

     

    L’ancienne impasse et la fontaine Saint-Denis.

    L’impasse Girardon, qui s’étend de l’avenue Junot au square Suzanne Buisson, se nommait jadis, et de manière bien plus judicieuse, l’impasse Saint-Denis. Au bout de cette impasse se trouvait une fontaine qui portait également le nom du saint décapité. Et, vous l’aurez deviné, c’est bien évidemment dans cette fontaine que, selon la légende, le corps de saint Denis aurait lavé sa tête ensanglantée. Avant d’être engloutie, en 1810, dans une carrière de plâtre, cette fontaine, originellement située au cœur d’un bois touffus, fit donc l’objet d’un grand nombre de pèlerinages.

      

      

    JPEG - 67.3 koRue St Denis

      

    Elle prit notamment le nom de Fontaine du martyr ou des martyrs. L’eau de cette fontaine avait la réputation de guérir les fièvres :

      

      

      

    « En 1641, le père Léon écrivait : « Du côté de la montagne qui regarde Saint-Ouen, sur la pente proche des trois moulins, il y a la montagne que le vulgaire nomme de Saint-Denys ; la tradition, de père en fils apprenant au peuple que le glorieux martyr s’y arrêta, portant sa tête entre ses mains, et qu’il laissa dans cette eau une vertu miraculeuse pour la guérison principalement des fièvres… »

      

      

    (Guide de Paris mystérieux, p. 352). Selon une tradition nettement plus profane, l’eau de la fontaine de Saint-Denis aurait eu comme autre vertu de garantir aux époux la fidélité de leurs femmes, selon l’adage qui dit :

      

    « Jeune fille qui a bu de l’eau de la fontaine Saint-Denis reste fidèle à son mari. »

    (Guide de Paris mystérieux, p. 353).

     

     

    La rue Saint-Denis.

     

      

      

    A l’origine, la rue Saint-Denis, qui s’étend de la rue de Rivoli (1er arr.) au boulevard Saint-Denis (2e arr.) est une ancienne voie romaine conduisant à Saint-Denis, Pontoise et Rouen. Elle fut sans doute tracée au 1er siècle, même si selon d’autres sources, son tracé actuel remonterait à 750 et que ce ne fut qu’à la fin du 9e siècle qu’elle commença à être fréquentée. Son nom actuel fait évidemment référence au célèbre saint décapité de Paris. Très ancienne, cette rue fut pendant longtemps la plus longue, la plus belle et la plus riche de Paris, à tel point qu’au début du 12e siècle, elle supplanta la route qui conduisait à la foire du Lendit et, bien évidemment, à la basilique du bourg Saint-Denis, soit l’actuelle rue Saint-Martin. Elle devint un lieu de pèlerinage et de nombreux établissements religieux et chapelles s’établirent dans cette artère.

      

      

    Au 14e siècle, elle porta le nom de Chaussée de Monseigneur Saint-Denis et elle fut la première rue pavée de Paris. Elle devint alors la voie triomphale qu’empruntaient les souverains lorsqu’ils entraient dans leur bonne ville de Paris pour se rendre à Notre-Dame. Sous la Révolution, elle fut rebaptisée « rue de la Franciade ». C’est aussi dans le rue Saint-Denis qu’avait été installé la Poste aux chevaux, et c’est donc de là que de nombreux voyageurs, arrivant à Paris par les voitures de poste, découvraient la ville. Le relais était établi à l’hôtel du Grand Cerf. Mais la rue Saint-Denis connut aussi une réputation sulfureuse, connue pour ses sex-shops et sa prostitution.

      

      

      

    Tradition ténébreuse fort ancienne, puisque au n°237 l’on trouvait jadis, attenant le couvent les Filles-Dieu, deux passages nommés la cour Sainte-Catherine et la cour des Miracles.

      

      

    « Ces passages menaient à un dédale de culs-de-sacs, de ruelles et de courettes adossées aux anciens remparts de Charles V, à l’emplacement de l’actuelle place du Caire. Les truands qui avaient trouvé là un maquis rêvé pour échapper aux rafles de la police, s’y installèrent à partir du XIIIe siècle.

    Ils n’en furent chassés qu’en 1667, grâce à l’action énergique de Nicolas de La Reynie, lieutenant de police du roi. »

      

      

      

    (Guide de Paris mystérieux, p. 643). C’est par ironie que l’on donna à ce quartier le nom de « cour des Miracles », de même que pour se moquer des mendiants qui contrefaisaient tous les estropiés connus pour extorquer quelque aumône…Les mendiants se prêtaient notamment à de fausses guérisons miraculeuses, sous les yeux d’une foule aussi naïve qu’admirative ! Mais lorsque ce quartier fut enfin assaini, cela réjouit tellement les habitants du voisinage que le quartier prit le nom de « bonne nouvelle » !

     

     

    La rue du Faubourg Saint-Denis.

    Dans le prolongement de la rue Saint-Denis, on trouve la rue du Faubourg Saint-Denis dont le tracé remonte sans doute à l’époque des derniers mérovingiens (750) et qui conduit tout droit à la basilique Saint-Denis. Elle doit son nom au fait qu’elle s’inscrit dans le prolongement de la rue Saint-Denis, mais à l’extérieur de l’ancien mur d’enceinte. Mistinguett a popularisé le faubourg en chantant Je suis née dans le faubourg Saint-Denis, bien qu’elle était elle-même native de Enghien-les-Bains.

      

      

      

      

    Les marchandes des quatre saisons étaient jadis emblématiques du faubourg Saint-Denis, mais elles ont dû céder le pas devant la circulation automobile : on décréta un jour qu’elles gênaient le trafic…

     

     

    Le boulevard Saint-Denis.

    Ce boulevard a été tracé sur les ruines de l’enceinte de Charles V, abattue en 1660. Il constitue la section des Grands Boulevards comprise entre les portes Saint-Martin et Saint-Denis.

    Il forme, en outre, la limite entre, d’une part, les 2e et 3e arrondissements au sud, et le 10e arrondissement, au nord.

     

    La Porte Saint-Denis.

    porte saint-denis

      

      

    Il y eut plusieurs portes Saint-Denis à Paris.

      

      

    La première (enceinte de Philippe Auguste) date du début du 13e siècle. Elle était située au nord du croisement où se rejoignent les rues Saint-Denis et Etienne Marcel. La seconde (enceinte de Charles V) fut bâtie au 14e siècle.

      

      

      

    Elle se trouvait à hauteur de l’actuel n°248 de la rue Saint-Denis, au croisement avec la rue Blondel.

      

      

      

    Cette porte servait à l’exposition des cadavres de certains condamnés et c’est ainsi qu’une partie du corps de Poltrot Méré, assassin de François de Guise, fut accroché à sa voûte.

      

    C’est aussi là qu’en France, fut pendue la première femme.

      

      

    Étienne Bouhot - View Of The Maison Bellechasse, Rue Saint Dominique, Paris

      

      

    Quant à la Porte Saint-Denis actuelle, elle s’apparente à un arc de triomphe élevé par la ville de Paris en 1672, à la gloire de Louis XIV. Elle célèbre le passage du Rhin, la prise de quarante villes fortifiées et la conquête de la Hollande.

      

      

    L’actuelle Porte Saint-Denis est située à 100 m au nord de la porte précédente, celle du n°248 de la rue Saint-Denis.

    Eric TIMMERMANS.

      

      

      

    Sources : Contes du Vieux Paris, Pierre Jalabert, F. Lanore, 1966, p. 16-26 / « Enigmes, légendes et mystères du Vieux Paris », Patrick Hemmler, Editions Jean-Paul Gisserot, 2006 / Guide de l’Île-de-France mystérieuse, Les Guides Noirs, Editions Tchou Princesse, 1969, p. 672-678 / Guide de Paris mystérieux, Les Guides Noirs, Editions Tchou Princesse, 1978, p. 90, 103-112, 351-353, 680-681.

     

     

     http://www.parisfierte.com/2013/02/saint-denis-de-paris/

     

     

     Débouché de la ruelle en berge de eine

     

     

     

     

     

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  • Commentaires

    1
    Samedi 4 Mai 2013 à 08:57

    un blog remarquable , vive le neuf trois !

    2
    Dona Rodrigue Profil de Dona Rodrigue
    Samedi 4 Mai 2013 à 11:59

    Bonjour Enzo,

    C'est sympa ! j'adore Paname et son Histoire...la Seine... longue histoire...berceau de notre Histoire aussi.. tout comme les grands fleuves en France...

    bienvenu surtout !

    Dona

    3
    Dimanche 5 Mai 2013 à 12:34

    ca Alors Mistinguette native d'Enghien les Bains

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