• JULIETTE GRECO... fête ses 85 ans

     

     

     Juliette Gréco en concert en 2007 à Paris.

     

     

      

    Il y a du monde au bar du Lutetia. L’heure est au brouhaha scintillant sous le plafond bas et les lumières tamisées. Les notes du piano se mêlent au chahut des serveurs secouant leurs shakers et au bavardage des habitués et clients occasionnels venus humer l’ambiance vantée par un tour-opérateur. Il n’y a plus d’après…Juliette Gréco le chantait, il y a déjà cinquante ans, sur des paroles de Guy Béart.

    Mais elle revient toujours ici, à Saint-Germain-des-Prés, attablée au cœur du monde dont elle fut la « muse » qui, par sa seule présence, fit briller les lettres et l’intelligence, les arts et l’insouciance.

      

    Juliette Gréco demeure portée par cet « heureux caractère » qui fut en tout temps son refuge, lui permit de mener « vingt-cinq vies » et lui ôta toujours toute peur de mourir. Elle est souriante, même si, comme elle le confie, elle serait bien mieux dans sa maison picarde entourée de nature, où les faisans trouvent refuge à l’heure de la chasse, peut-être dans ce fauteuil où un chat qui n’en fait qu’à sa tête vient la rejoindre sans troubler son goût de solitude. Mais il faut travailler !

    La grande dame ne manque pas d’actualités : un livre de mémoires et un disque, réussi, dédié aux ponts, en attendant des concerts. Les ponts d’abord  (1). Treize chansons et tout un symbole, le passage des mots au-dessus de l’eau, la traversée de la Seine à la scène…

    « L’idée a germé en pleine conversation avec mon producteur Jean-Philippe Allard, qui pensait à un disque sur Paris. Mais j’étais de mauvais poil, j’ai eu le dernier mot », dit-elle. Toujours, elle chanta les plumes de son temps, parce que « seul le présent et le futur m’intéressent »,dit-elle : Sartre, d’abord, dont elle égara deux textes – Si les poux râlent, je râle comme un pou !–, Léo Ferré et sa Jolie Môme, Gainsbourg qui lui offrit sa Javanaise, Étienne Roda-Gil « qui me manque tant »…

      

    Aujourd’hui, ses auteurs s’appellent Marie Nimier, sa « petite Marie »,François Morel, Marc Lavoine ou Amélie Nothomb, qui offre un inattendu Pont Juliette lu par Guillaume Gallienne. Elle chante aussi le classique Sous les ponts de Paris en duo avec Melody Gardot, « drôle et exquise, sa preuve d’amour m’a fait un bien fou. On se sent moins nul »,avoue-t-elle.

     

      

      

    En noir des pieds à la tête

    Le livre, lui, s’appelle Je suis faite comme ça (2), emprunt à Je suis comme je suis, la chanson de Prévert à qui elle fit changer quelques vers. « Mes talons sont trop hauts/Ma taille trop cambrée/Mes seins beaucoup trop durs/Et mes yeux trop cernés »,sont devenus pour elle : « Mes lèvres sont trop rouges/mes dents trop bien rangées/Mon teint beaucoup trop clair/Mes cheveux trop foncés »,plus conforme à ce qu’elle était à 22 ans et qu’elle demeure.

      

    Toujours, elle porte la peau blanche, celle des mains et du visage. Le reste est en noir des pieds à la tête : un ensemble élégant, et deux lignes d’amour entourant son regard brillant. Elle déguste un cocktail à la couleur flamboyante, « sans alcool ! J’en reprendrai lorsque je le déciderai ! »Elle prononce ce dernier mot avec la même détermination qui la fit un jour cesser de fumer, par refus de se sentir dépendante de quoi ou de qui que ce soit.

    Juliette Gréco connut la bourgeoisie provinciale des années 1930, le Front populaire, la Résistance, l’humiliation. Et la Libération, l’insouciance puis l’abomination en découvrant les rescapés des camps de la mort. Parmi eux, sa mère et sa sœur Charlotte, qu’elle accueille en mai 1945, ici même, au Lutetia, « dans le grand hall juste à côté ».Enfin les engagements, la défense des libertés.

      

    Le livre revient encore sur ses grandes heures, Saint-Germain, Hollywood et Belphégor « tourné dans des conditions dissipées et drôles ».

    Il raconte encore ses amitiés, « amours debout »– avec Anne-Marie Cazalis, Boris Vian ou Françoise Sagan –, ses liaisons – avec Darryl Zanuck –, ses mariages, sa fille. Il exprime surtout l’absence de goût pour le passé qu’on ressasse. « J’ai une passoire effrayante dans la tête. Du coup, je fais du ménage là-dedans ». Paradoxe ?

      

    « L’enfant est imprévisible, et ce qu’il m’en reste l’est totalement, y compris pour moi. Je ne sais jamais où je vais m’amener »,répond-elle.

     

      

      

    Prime enfance à Bordeaux

    « Je suis si petite »…Les mémoires de Juliette s’ouvrent avec cette phrase au présent qui renvoie à la prime enfance à Bordeaux chez ses grands-parents. Elle fut une fillette silencieuse, « muette »,insiste-t-elle, et « mystique ». « Si l’enfance est comme la mienne violente et douloureuse, ça conditionne l’adulte que je suis devenue, qui peut rester des jours sans parler. »Son grand-père est architecte, « bel homme protecteur, tendre et aimant »qui se substitue au père.

      

    Il meurt subitement. « Je suis encore fâchée lorsque j’y pense, je ne comprends pas »,commente-t-elle. De son vrai père, policier d’origine corse qu’elle connaît à peine, elle ne retient que des vacances remplies de déboires : lors d’une sortie en voiture sur un chemin qui mène à la mer, elle est éjectée du véhicule, « il m’a perdue tranquillement, je suis allée dans le fossé »,dit-elle.

      

    Plus tard, elle manque de se noyer, s’affole. Un baigneur la sauve. « Mon père, en costume et cravate, m’explique n’avoir pas voulu abîmer ses chaussures neuves. »

    Sa mère, plus présente, n’offre pas plus d’amour : « Elle a fait le choix de partir seule, sans ses filles. »Juliette en souffre : « Je l’excède »,« je suis la cadette non désirée »,écrit-elle. Mais aussi : « Elle me fascinait ».Car la femme incapable d’être mère assume une modernité d’un autre monde. Amie du critique Élie Faure, elle écrit un livre d’esthétique, s’engage parmi les premières dans la Résistance.

      

    Après la mort de leur grand-père, Juliette et Charlotte se retrouvent chez elle, à Paris puis, avec la guerre, dans le Périgord.

    Un jour, lors d’une sortie à vélo, Juliette chute : « Le frein aperforé ma veine fémorale. J’ai mis mon doigt dans la plaie et suis rentrée chez moi, où je me suis évanouie. Dans le vague, j’ai entendu ma mère m’accuser de comédie. »Juliette compense comme elle peut.

      

    À 14 ans, scolarisée à Bergerac, elle s’ouvre au théâtre grâce à son professeur de littérature, la future comédienne Hélène Duc, qui lui donne de belles tirades à apprendre… Mais la vie bascule. En septembre 1943, sa mère est arrêtée.

      

    Charlotte, 19 ans, et Juliette, 16 ans, se rendent à Paris et sont à leur tour attrapées, menottées, séparées, interrogées. Juliette riposte à un policier qui la gifle. Elle est tabassée, laissée sans connaissance, puis conduite à la prison de Fresnes. Elle y connaît « le dégoût et la révolte ».

     

    Elle chante en pleine rue

    Libérée, la voilà seule. Elle se rend chez Hélène Duc, qui loge dans une pension à Saint-Sulpice. Un hôtel particulier où résida jadis Olympe de Gouges. Ce havre sera un lieu d’apprentissage de la vie. Elle chante en pleine rue, goûte la liberté, saisit le bon fil de l’existence. Hélène Duc reçoit ses amis du théâtre de l’Odéon. Une nouvelle famille pour la jeune fille.

      

     

     

     

     

    La comédienne Yvette Etiévant lui prête un manteau et une robe pour se présenter au concours d’entrée du Conservatoire. Elle est recalée, mais l’avis de la sociétaire Béatrice Dussane est plein d’encouragement : « Chiot de trois mois, à suivre ».

    Elle suit à la place les cours de Solange Sicard. Et débute en figurante dans le Soulier de satin, à la Comédie-Française. Heureuse, elle a d’autres difficultés : ses sandales en raphia se transforment en éponges à la première pluie. Alice Sapritch, autre amie d’Hélène, lui remet une paire presque neuve qu’elle garnit de journaux pour les porter.

     

     

      

     

      

    Elle compte aussi sur l’affection de Bernard Quentin, étudiant aux Beaux-Arts, qui lui donne des vêtements déjà portés, une chemise, un chandail et un costume d’homme de couleur marron. Ce sera son uniforme pour arpenter Saint-Germain-des-Prés, ses cafés, le Flore notamment.

      

    On y croise Prévert et Picasso, Merleau-Ponty, Sartre et Beauvoir. « À l’époque, je regarde et j’écoute »,se souvient-elle. Toute à son bonheur d’apprendre, elle se remplit « par l’ouïe, la lecture, tous les pores de la peau ».Merleau-Ponty, en particulier, « avait la générosité, l’attention et l’écoute. Et si j’avais une question brûlante, c’est à lui que je la posais ».

     

     

     
     
     

    Le Tabou 

    33 rue Dauphine - Paris

    Au départ, c’était un petit bar ouvert toute la nuit. Après la dernière guerre mondiale, le jazz fait une entrée fracassante dans la capitale. Les propriétaires du Tabou décident, alors, d’investir la grande cave qui se trouve au-dessous du bar, d’y installer un Pick-up et de rester ouvert après minuit. Très vite le pick-up sera remplacé par des groupes de jazz, dont les plus emblématiques du lieu furent Boris Vian et ses frères « les Grrr » et aussi Juliette Greco et Cazalis. Les artistes d’après guerre commencèrent à affluer, Yves Montant et Simone Signoret ainsi que Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, serge Gainsbourg... Le Tabou devient l’endroit à la mode, où la jeunesse existentialiste Parisienne (au grand désespoir de Jean-Paul Sartre qui trouvait sa philosophie détournée) vient boire et danser sous les voûtes sans âges. Tohu-bohu dans le voisinage de la rue Dauphine, voyant tous les soirs une jeunesse bruyante venir gâcher leurs douces nuits, les voisins râlent et font des pétitions contre le Tabou. Ils finirent par obtenir la fermeture à minuit. Mais la folie du Tabou continua, mais elle n’était qu’un feu de paille. Les habitués finirent par se lasser de ces soirées. Et ils déménagèrent au « Club Saint Germain.

    Parole de Boris : Très vite, le Tabou est devenu un centre de folie organisée. Disons-le tout de suite, aucun des clubs qui suivirent n’a pu recréer cette atmosphère incroyable ! Et le tabou lui-même, hélas, ne la conserva pas très longtemps, c’était d’ailleurs impossible. Aujourd’hui à la place du bar sur lequel se trouvait le Tabou vous trouverez le « café Laurent ».

     

     

    Boris Vian

      

    Le trac, bien installé

    « Je dois beaucoup à beaucoup de monde, j’ai eu la chance de tomber sur des hommes et des femmes qui, en plus d’être des génies, ce que j’ignorais, étaient des êtres humains »,conclut-elle.

      

    Sa sœur et sa mère sont rentrées du camp de Holleischen, où Charlotte faillit mourir. Juliette tombe dans ses bras. Sa mère, elle, la regarde à peine lors des retrouvailles au Lutetia. Juliette abandonne toute idée d’être aimée d’elle. Libre, joyeuse et mélancolique comme son époque, elle attire déjà la curiosité, ouvrant bientôt le « Tabou », un club de jazz où Paris se bouscule.

    Enfin elle chante, sans avoir appris, pour justifier une notoriété vite acquise. La magie est là d’emblée. Comme le trac… Pour ses 85 ans au Châtelet (3), elle aura le même, « bien installé ».Son public viendra découvrir les nouvelles chansons et réentendre « le choc et l’amour du début » :

      

     

     

     

    « J’appartiens à ces gens-là et j’en suis fière. Je suis de moins en moins bête, ce qui me permet de réaliser de façon de plus en plus aiguë le miracle qu’est notre métier. On entre sur scène, les gens se taisent, applaudissent, vous écoutent. C’est invraisemblable. »

      

      

    (1) Ça se traverse et c’est beau, Deutsche Grammophon/Universal, en vente le 23 janvier.

    (2) Je suis faite comme ça, Éd. Flammarion, 350 pages, 21,90 €.

    (3) Du 6 au 8 février. Rens. : 01.40.28.28.40

    Le 5 février sur Arte : à 20 h 40 « Juliette Gréco l’insoumise ». À 21 h 50, concert Olympia 2004.

     

     

     

     

    JEAN-YVES DANA 

     

     

      

      

    Il n'est pas un instant de la carrière de Gréco qui n'évoque le Paris brillant de l'après-guerre, quand Sartre et Camus se croisaient au Café de Flore, quand idées et poésie emplissaient les pages de la NRF et les cabarets de la rue Dauphine. Trouvera-t-on encore des Prévert, des Queneau, des Lafforgue, pour alimenter le répertoire d'une nouvelle petite chanteuse ?

    C'est dans le sud de la France, à Montpellier, que naît Juliette Gréco le 7 février 1927. Son père, corse, est policier sur la Côte d'Azur, et elle ne le verra pas souvent. Juliette et sa soeur aînée Charlotte sont élevées à Bordeaux par leurs grands-parents maternels. Enfant solitaire, Juliette passe sa scolarité dans un sévère établissement religieux.

     

     

      

      

    Gestapo

    Lorsque leur mère vient les rejoindre en 1933, elles partent toutes les trois s'installer à Paris. Juliette s'adonne alors à la danse avec passion et entre à l'opéra de Paris.

      

    En 1939, la seconde Guerre mondiale éclate. La famille retourne dans le sud-ouest du pays, en Dordogne. La mère de Juliette devient membre actif de la résistance; elle est arrêtée par la Gestapo en 1943. Juliette et Charlotte remontent sur Paris, et sont également emprisonnées très vite. Charlotte et sa mère sont alors envoyées en déportation à laquelle Juliette échappe en raison de son jeune âge. 

      

    Libérée, elle se retrouve seule et sans argent dans Paris, ville où elle ne connaît personne. Son professeur de français, la comédienne Hélène Duc, l'héberge. Juliette découvre alors le théâtre et l'art dramatique. Elle prend quelques cours et décroche quelques petits rôles de figuration à la Comédie française, prestigieuse institution.

      

    Dans un Paris encore en guerre, elle traîne sur la Rive gauche de la Seine, dans le Quartier Latin et à Saint-Germain-des-Prés où elle découvre une vie intellectuelle et artistique qui prendra toute son ampleur après-guerre. Elle découvre également la vie politique à travers les Jeunesses communistes qu'elle fréquente quelque temps. 

    En 1945, sa mère et sa soeur sont libérées. Ensemble, elles retournent quelque temps en Dordogne. Mais après l'engagement de leur mère dans la marine nationale, Juliette et Charlotte reviennent très vite dans la capitale. Immédiatement, Juliette Gréco replonge dans la vie de bohème qu'elle avait découvert quelques mois plus tôt. Poètes, musiciens, écrivains, peintres, tous les artistes se donnent rendez-vous autour de l'église Saint-Germain-des-Prés dans les cafés, les clubs de jazz ou les cabarets.

      

      

    On discute, on échange des idées, on vit en bande, c'est toute une jeunesse qui s'exprime et s'épanouit après cinq années de guerre. Elle habite à l'hôtel et vit de petits boulots. Mais, elle rencontre de prestigieux artistes et intellectuels qui l'accueillent très vite dans leur cercle.

    Du philosophe Jean-Paul Sartre à l'écrivain Albert Camus en passant par les jazzmen et auteurs américains très présents dans l'intense activité culturelle de Saint-Germain-des-Prés, tous remarquent cette jeune femme au tempérament révolté, grave et un brin insolent. Grâce aux innombrables rencontres qui remplissent son existence à ce moment-là, elle décroche quelques rôles au théâtre et travaille sur une émission de radio consacrée à la poésie. 

     

      

    Juliette et Philippe LEMAIRE son premier époux

      

      

    Bohême

    En 1947, ouvre un nouveau club rue Dauphine, le Tabou. Cet endroit reste un des symboles de Saint-Germain-des-Prés. S'y croisent toute la faune et la bohême du quartier, dont des artistes tels que Boris Vian, Jean Cocteau ou le trompettiste américain Miles Davis.

      

    Juliette Gréco devient un des piliers du lieu. On la voit en couverture de quelques magazines et, cultivant un esprit rebelle et épris de liberté, elle devient désormais une personnalité indispensable de la vie parisienne d'après-guerre. 

    Convaincue par quelques amis, dont Anne-Marie Cazalis, elle va se lancer dans la chanson en 1949 lors de la réouverture du Bœuf sur le Toit, autre lieu consacré à la musique et à la poésie. Sans plus attendre, de nombreux écrivains et poètes lui écrivent des textes. Dès ses débuts, Juliette Gréco possède donc un répertoire très riche. Raymond Queneau ("Si tu t'imagines"), Jules Lafforgue ("L'Eternel féminin"), Jacques Prévert ("Les feuilles mortes"), elle a à sa disposition certains des plus beaux textes de la poésie française de l'époque.

     

     

      

      

    Les musiques sont souvent composées par Joseph Kosma. Face à des publics de choix, elle impose immédiatement un style à la fois léger et intense, sensuel et grave. Toujours en 1949, Jean Cocteau lui offre un rôle dans le film "Orphée". 

    Malgré un succès immédiat, Juliette Gréco n'est pas encore très connue du grand public. Son style reste très intellectuel et littéraire et demeure fort éloigné du répertoire éminemment populaire d'une vedette comme Edith Piaf. 

      

      

    En 1951, elle enregistre son tout premier disque au nom révélateur,

    "Je suis comme je suis". Signée Prévert/Kosma, cette chanson est un des emblèmes de son travail. Avant de monter sur les scènes françaises, on la voit au Brésil et au Etats-Unis en 1952 où elle remporte un franc succès dans la Revue "April in Paris".

      

    Peu après, une longue tournée française la lance auprès du grand public vite séduit par cette personnalité mystérieuse et un peu nouvelle dans le paysage musical de l'époque. La consécration a lieu sur la scène de l'Olympia en 1954. Cette année-là, la SACEM (Société des Auteurs-Compositeurs) lui décerne son Grand prix pour le titre "Je hais les dimanches" signé Florence Véran et Charles Aznavour.

      

    Juliette et Laurence Marie, sa fille.

      

    Enfin, elle rencontre son futur époux, le comédien Philippe Lemaire, sur le tournage du film de Jean-Pierre Melville "Quand tu liras cette lettre". Mais après la naissance de leur fille Laurence-Marie, ils divorceront en 1956.

      

    Liberté

    Théâtre, cinéma, chanson, Juliette Gréco est partout et ses activités se multiplient. Elle repart à New-York et ses interprétations des plus grands auteurs français enthousiasment les américains. Hollywood la courtise, et elle tourne avec Henri King, John Huston et Orson Welles.

      

      

    Le puissant producteur Darryl Zanuck devient son compagnon, mais les ambitions de l'américain ne s'accordent guère longtemps avec le besoin de liberté de la jeune française.

    A son retour en France, Juliette Gréco rencontre Serge Gainsbourg un jeune musicien dont le talent est en train de renouveller la chanson française. Il lui écrit des chansons et de 59 à 63, elle enregistre une dizaine de ses titres dont "La Javanaise" en 63.

    Après une intense activité cinématographique durant les années 50, Juliette Gréco se consacre plus à la chanson durant les années 60. En 1960, elle crée "Il n'y a plus d'après" de Guy Béart, puis en 1961, c'est "Jolie Môme" de Léo Ferré. La même année, elle remonte sur une scène parisienne à Bobino, puis en 1962, elle retrouve l'Olympia. 

      

      

    En 1965, sa notoriété grimpe en flèche grâce a son rôle dans la série télévisée "Belphégor". Cependant, en dépit d'une carrière brillante, Juliette Gréco attente à ses jours. Peu de temps après, en septembre 65, elle épouse le comédien Michel Piccoli.

    En 1966, elle partage la scène du TNP (Théâtre National de Paris) avec Georges Brassens pour lequel elle a une grand admiration. Déjà dans les années 50, elle avait interprété sa célèbre "Chanson pour l'Auvergnat". En 1967, elle reprend "La chanson des vieux amants" signée d'un autre monument de la chanson francophone, Jacques Brel.

     

      

    Cette année-là, elle chante devant 60.000 personnes à Berlin. Les tournées internationales s'enchaînent et les publics du monde entier apprécient la chanteuse française pour la force, la beauté et l'élégance de ses récitals. Devant un rideau rouge, Juliette Gréco apparaît sur scène dans une robe noire faisant ressortir la pâleur de son visage et l'intensité de ses expressions. 

    En 1968, elle inaugure la formule des concerts de 18 heures 30 du Théâtre de la Ville à Paris. Elle y chante une de ses plus célèbres chansons, "Déshabillez-moi", titre dans lequel la chanteuse joue sur l'aspect sensuel et mystérieux de son personnage. 

    Au début des années 70, Juliette Gréco quitte son label Philips pour intégrer Barclay. Mais avant de signer chez Polygram dans les années 90, elle changera encore plusieurs fois de label. Cette instabilité illustre peut-être une certaine perte de vitesse de sa carrière dans les années 70.

     

     

     

      

    Elle est cependant de retour au Théâtre de la Ville en 1975, avant de sortir un album en 76. A ce moment-là, la plupart des titres qu'elle crée sont signés Gérard Jouannest pour la musique, qui, après avoir beaucoup travaillé avec Jacques Brel, devient son pianiste et arrangeur privilégié. Elle continue de chanter les poètes dont Pierre Seghers ("Les voyous", 1975), ou Henri Gougaud ("Le Merle blanc", 1975), mais reste fidèle à ses auteurs favoris dont Gainsbourg ("Le 6ème sens", 1970) et Brel ("J'arrive", 1970).

     

      

    Michel Piccoli l'épouse en 1966. Ils se séparent en 1977. <em>SIPA/DALMAS/SIPA</em>

    Juliette et Michel Piccoli

      

      

    Politique

    Forte d'une conscience politique qui la rend sensible à la lutte contre toute forme d'oppression, Juliette Gréco utilise son répertoire et sa notoriété pour réagir quand elle en a l'occasion.

      

    C'est le cas lors d'un récital à Santiago du Chili sous le régime du Général Pinochet. Seule sur scène face à un parterre de militaires, elle n'hésite pas à se lancer dans un répertoire clairement anti-militariste. L'échec est total, mais Juliette Gréco reste très fière de cet acte de résistance dans un pays ou la contestation est alors violemment réprimée. 

      

      

    On retrouve Juliette Gréco en 1982 lorsqu'elle fait paraître son autobiographie, "Jujube". Puis en octobre 1983, c'est à l'Espace Cardin qu'elle fait son grand retour sur une scène parisienne, retour qui s'accompagne d'un nouvel album "Gréco 83". On y découvre des textes de l'écrivain Georges Coulonges, du poète Pierre Seghers, de Jean Ferrat, de Claude Lemesle ou de Boris Vian. La plupart des musiques sont signées Gérard Jouannest. 

    Juliette Gréco continue de voyager et de chanter dans une dizaine de pays par an. En 1988, elle participe à une manifestation musicale consacrée à la culture méditerranéenne au Café de la Danse à Paris. 

      

    En 1989, elle épouse Gérard Jouannest, son compagnon, compositeur, pianiste et arrangeur de longue date.

    Avec les années 90, Juliette Gréco est beaucoup plus présente sur la scène musicale française. Du 8 au 20 janvier 1991, elle remonte sur la scène de l'Olympia après sept ans d'absence en France.

      

    En avril, elle est l'invitée du festival du Printemps de Bourges, mais après quatre chansons, elle est prise d'un malaise qui l'oblige à cesser son spectacle. Les billets sont alors reconduits pour l'année suivante où un hommage lui est alors rendu le 27 avril. 

    En 1993, sort un nouvel album éponyme sur lequel la chanteuse s'est entourée de l'auteur Etienne Roda-Gil, de Julien Clerc, et des Brésiliens Caetano Veloso et Joao Bosco. Fidèle au passé, Juliette Gréco est aussi très tournée vers la jeunesse.

      

    Les nouveaux auteurs et interprètes l'intéressent beaucoup et elle est toujours prête à les écouter, voire à travailler avec eux. De la même façon, son public touche autant les gens de sa génération que les plus jeunes. Son répertoire universel ne subit pas les modes mais les survole avec élégance.

      

    Mystère

    Du 12 au 24 octobre, Juliette Gréco retrouve donc son public à l'Olympia avant d'entamer une tournée à travers le pays mais aussi au Japon où elle s'envole au printemps 94. Amoureuse du Japon, la chanteuse y retourne très régulièrement. 

    En juin 1997, toujours curieuse de nouvelles expériences, elle est invitée au Festival de la photographie de Arles dans le sud de la France. En plein mistral et sur fond de photos projetées au fond du Théâtre antique, Juliette Gréco donne un récital inoubliable et qui met l'accent sur un répertoire engagé. 

    Nouvel album pour Juliette à l'automne 98 avec "Un jour d'été et quelques nuits". Les textes sont tous signés de Jean-Claude Carrière et mis en musique par Gérard Jouannest. La chanteuse est l'invitée d'honneur du Festival de musique vivante de Montauban en mai 99 avant de faire un retour sur une scène parisienne, au Théâtre de l'Europe du 25 au 30 mai. 

    A la fin de l'été, Juliette Gréco est décorée des Insignes d'Officier de l'Ordre national du Mérite par la ministre de la culture, Catherine Trautmann. En septembre, elle participe à la Fête de l'Humanité (le journal du parti communiste) puis quelques jours plus tard, elle donne deux récitals triomphaux à New York, invitée par l'Alliance française. 

    En 2000, la chanteuse continue de donner des récitals en France, en Allemagne et en Suisse. En janvier 2001, elle chante à Lisbonne et en mai en Norvège. Mais fin mai, Juliette Gréco fait un malaise cardiaque à Montpellier, dans le sud de la France, où elle donne un récital. Elle se rétablit cependant rapidement et entreprend une tournée canadienne au cours de l'été 2001.

    2003 : "Aimez-vous les uns les autres..."

      

    Novembre 2003 : "Aimez-vous les uns les autres, ou bien disparaissez" chante Juliette sur son nouvel album. Fidèle, elle reprend Serge Gainsbourg ("Un peu moins que tout à l'heure", que Gréco avait déjà enregistré en 1971), Jean-Claude Carrière (auteur de l'album "Un jour d'été et quelques nuits" en 1998), Aragon ("la Rose et le réséda" mis en musique par Bernard Lavilliers).

      

      

      

      

    Aventureuse, toujours avec le même flair pour les textes et les compositions de qualité, elle interprète un titre écrit pour elle par Gérard Manset, "Je jouais sur un banc"; Art Mengo signe la musique de "Pour vous aimer", écrit par deux écrivains, Marie Nimier et Jean Rouaud (prix Goncourt 1990) ; les nouveaux venus de la chanson française se taillent la part du lion : Christophe Miossec signe trois textes mis en musique par Gérard Jouannest et Benjamin Biolay lui offre cinq titres, dont trois composés avec Gérard Jouannest.

      

      

    Sans faiblir, elle reprend le chemin de la scène, en France d’abord, au Casino de Paris en novembre 2003, puis à l’Olympia en février 2004, à Bordeaux, Amiens etc. La tournée passe aussi par la Belgique, le Japon où elle est toujours extrêmement bien accueillie. Elle revient au Casino de Paris du 16 au 18 novembre 2004. Le double CD/DVD "Olympia 2004" qui sort à la fin de l’année prouve l’énergie et l’humour de la jeune dame de 77 ans.

      

      

    2006 : "Le Temps d'une chanson"

    Trois ans après le disque "Aimez-vous les uns les autres ou bien disparaissez...", disque qui convoquait de grandes auteurs compositeurs français actuels, sort en décembre 2006 un nouvel opus de Juliette Greco intitulé "Le temps d'une chanson". En fait, il s'agit d'un disque qui rassemble des titres  que la grande dame célébrée à travers le monde entier, aime chanter mais qui n'ont pas été écrits particulièrement pour elle. 

      

      

      

    De "Utile" interprétée par Julien Clerc et écrite par le parolier Etienne Roda-Gil à "Né quelque part" de Maxime Le Forestier, en passant par des classiques comme "Syracuse" ou "Avec le temps", Juliette Greco voyage au gré de ses envies dans le paysage de la chanson. La réalisation a été confiée à Gil Goldstein. Quelques arrangements sont aussi signés Gérard Jouannest, l'accompagnateur pianiste de toujours. De grands noms du jazz américains viennent aussi apporter leur contribution : le saxophoniste Joe Lovano, le trompettiste Wallace Roney, et le saxophoniste Michael Brecker. De grandes pointures pour l'album d'une grande interprète. 

     


     

     

    Sartre avait écrit : "Gréco a des millions dans la voix, des millions de poèmes (...)". Effectivement, rarement un chanteur aura interprété un aussi grand nombre de textes prestigieux. Figure de proue d'une vie intellectuelle intense et brillante dans le Paris d'après-guerre, elle a chanté la langue française dans le monde entier. Le mystère de son regard ceint de noir et sa voix chaude et sobre séduisent toujours un très large auditoire.

     

    SOURCES : article 

    http://www.greatsong.net/BIOGRAPHIE-JULIETTE-GRECO,1424.html

     

     

     

     

    « 1 ) Les BOBOS... les nouveaux BEAUFS....LE JARDIN DES PLANTES »
    Delicious

  • Commentaires

    1
    bisette1205 Profil de bisette1205
    Mercredi 17 Octobre 2012 à 21:54

    Juliette Greco chante les ponts de Paris. Je l'ai vue chez Michel Drucker plusieurs fois. Au césars , Michel lui en a remis un et il était ému. Super blog .....

    Venez vister www.vivement cricri.eklablog.com/

    Bisette 1205

    2
    Dimanche 21 Avril 2013 à 19:47

    Bonjour !

    Nous allons jouer un spectacle-cabaret sur les années 50 à Saint-Germain-des-Prés :

    "LA BANDE DU TABOU"

     dans lequel vous verrez Juliette Gréco, Boris Vian, Jean-Paul Sartre, Simone De Beauvoir, Serge Gainsbourg, Marcel Mouloudji, Jacques Prévert...

    Du 14 mai au 23 juin 2013 au Théâtre 13 Jardin.

     Nous serions heureux de partager avec vous plus d'informations par mail.

    Bien à vous,

     

    La Bande du Tabou

     

    PS : voici le lien vers le site du théâtre : http://www.theatre13.com/saison/spectacle/la-bande-du-tabou

    3
    Dona Rodrigue Profil de Dona Rodrigue
    Dimanche 21 Avril 2013 à 20:23

    Bonsoir les ARTISTES !

    Votre mail me touche beaucoup !

    Je suis Fan de Juliette, de Mouloudji et de Boris Vian... tant d'autres aussi !

    je vous envoie un mail privé avec mon mail.

    Merci

    Dona

     

    Suivre le flux RSS des commentaires

    Vous devez être connecté pour commenter