• NICOLAS LE FOCH

     

     

     

    Nicolas Le Floch entre dans la capitale en octobre 1759. Dès les premières pages de L'Énigme des Blancs-Manteaux, il est conduit à explorer l'espace parisien selon une diagonale, qui le conduit du couvent des Carmes déchaux (au sud-ouest) – où il séjourne quelque temps avant d'entrer au service de Sartine – à la maison des Lardin (au nord-ouest).

     

    À partir du Châtelet, Nicolas explore la capitale en tous sens. Dès la première intrigue, il est conduit à en dépasser les limites, découvrant dans une même journée au nord-est le charnier de Montfaucon – suivre le fil – et, au sud-ouest, les vignes et les moulins qui marquent la limite de Vaugirard – suivre le fil –, tandis qu'il s'aventure ensuite dans le faubourg Saint-Marcel – suivre le fil – et entre dans l'inquiétante Bastille – suivre le fil .

     

     

     

    Si l’on en croit le premier roman, Nicolas – qui a presque vingt-deux ans à la fin de janvier 1761 – serait né à la fin de 1738 ou au début de 1739, mais Le Crime de l’hôtel Saint-Florentin et Le Cadavre anglais mentionnent tous deux qu’il est âgé de trente-quatre ans en octobre 1774, repoussant ainsi sa date de naissance à 1740, ce qui peut apparaître de la part de l’auteur comme une difficulté à assumer le vieillissement de son héros.

     

    Comme beaucoup d’enfants au XVIIIe siècle, Nicolas est un enfant trouvé. Déposé dans la crypte de la collégiale de Guérande, près des « gisants jumeaux » du seigneur de Carné et de sa femme, il a été élevé par le chanoine Le Floch, dont il porte le nom, et sa gouvernante Fine, Mlle Joséphine Pelven, bretonne de Cornouailles. Bien que très strict quant aux principes qu'il lui a inculqués, le chanoine a su prodiguer à Nicolas tout l'amour que ce dernier aurait été en droit d'attendre d'un père : Nicolas ne l'oubliera jamais.

     

     

     

     

    Enfant, il a partagé les jeux des petits paysans, lesquels – comme la soule – étaient plutôt violents : il y a acquis la résistance physique qui lui permet de se livrer, dans les enquêtes, aux acrobaties les plus risquées. Élève au collège des Jésuites de Vannes, il a reçu par ailleurs de son parrain, le marquis de Ranreuil, une éducation de gentilhomme humaniste.

      

    Il sait donc monter à cheval, chasser et manier l’épée. Il a également appris l’anglais, les échecs et lu, de façon très éclectique, les romans de chevalerie et les philosophes des Lumières. Il a aussi appris à cuisiner avec le marquis et la cuisinière du chanoine, Fine.

     

    Devenu clerc de notaire à Rennes, il file le parfait amour avec Isabelle de Ranreuil, la fille de son parrain, lorsque ce dernier l’envoie à Paris en novembre 1759 avec une lettre de recommandation pour M. de Sartine, « magistrat à Paris » et ami du marquis. En attendant sa rencontre avec Sartine, il apprend à déjouer les pièges de la capitale et travaille comme apprenti herboriste aux côtés du père Grégoire, qui l’héberge au couvent des Carmes déchaux.

     

    Ayant enfin eu l’entrevue attendue avec Sartine, il est nommé secrétaire du commissaire Lardin, chez qui il loge jusqu'à la disparition de son hôte, disparition sur laquelle Sartine le chargera d'enquêter : ce sera sa première enquête. Pendant quinze mois, il apprend, grâce à Lardin, le métier de policier et suit par ailleurs des cours de droit chez M. Noblecourt, ancien magistrat, et parfait sa connaissance de Paris.

      

    Au cours de ces quinze premiers mois passés dans la capitale, il a également une liaison avec Antoinette Godelet, jeune femme de chambre de l'épouse du président du Parlement. Il retrouve Antoinette en février 1761. Entretemps, violée par un cousin du président, elle a accouché d'un fils – qu'elle affirme être issu de ce viol – et, l'ayant placé en nourrice à Clamart, elle a dû, pour subvenir à ses besoins, devenir l'une des filles de la Paulet, sous le nom de "la Satin".

    En janvier 1761, à la mort de son tuteur, Nicolas revient à Guérande où son parrain lui interdit de revoir Isabelle. Croyant que le marquis de Ranreuil le méprise, il le quitte sur une violente dispute.

      

    Or, en avril de la même année, à la mort du marquis de Ranreuil, il apprend par le roi que le marquis est son père et Sartine l’informe que sa mère, une fille noble, est morte à sa naissance. Le roi veut lui restituer son nom et ses titres, ce que Nicolas refuse pour ne pas priver sa demi-sœur de son héritage.

    Cependant, Isabelle lui fait parvenir la chevalière de leur père, aux armes du marquis, celle-là même qui lui vaut, dans L'Homme au ventre de plomb, les sarcasmes du comte de Ruissec, et en 1772, elle lui envoie aussi, sans un mot, l’épée de parade du marquis de Ranreuil, afin qu'il la porte.

    Pour le récompenser d'avoir préservé l'honneur de la favorite du moment, Mme de Pompadour, le roi le nomme – au terme de sa première enquête – commissaire de police au Châtelet sous l’autorité directe de Sartine pour les affaires extraordinaires. Bien introduit en cour, Nicolas Le Floch s’occupe dès lors de la sécurité de Versailles.

      

    Il rend des services importants à Mlle Adélaïde (cf. L'Homme au ventre de plomb) ainsi qu'à la nouvelle favorite, la comtesse du Barry (cf. L'Affaire Nicolas Le Floch). Il est invité aux chasses royales car le roi, à qui il rappelle son père, le tient en grande estime, au point de lui confier des tâches d’espion comme celle de négocier un accord avec Théveneau de Morande, ce qui le conduit en janvier 1774 à Londres, où il rencontre le chevalier d'Éon.

      

    Comme il charme Louis XV par le récit qu’il fait de ses enquêtes, le souverain l'appelle familièrement "le petit Ranreuil" et lui témoigne une affection bien réelle. Aussi est-ce à sa demande qu'il assiste La Borde pendant l’agonie du roi.

      

    Cette mort l'affecte profondément mais sa tristesse est balayée par la joie de savoir que Louis, le fils d'Antoinette Godelet, né en décembre 1760, est le sien, ainsi qu'il l'a appris à Londres de la bouche d'une ancienne prostituée du Dauphin couronné. Nicolas reconnaît Louis et aide sa mère, la Satin, à acheter rue du Bac un fonds de commerce d'objets de mode et de toilette.

    Sous Louis XVI

     

      

     

    Le début du nouveau règne est

    marqué par de multiples changements. Les courtisans "vieille cour", tel La Borde, sont écartés et Le Noir succède à Sartine.

     

    La « froide disgrâce » de Nicolas ne dure cependant pas. En octobre 1774, on fait de nouveau appel à lui pour enquêter sur un crime perpétré dans l’hôtel Saint-Florentin et il s'avère que Louis XVI, fidèle à la mémoire de son grand-père, le tient en grande estime. Il redevient un courtisan apprécié, cultivant les usages de la "nouvelle cour".

      

    C'est d'ailleurs au cours d'un voyage à Versailles qu'il rencontre Aimée d'Arranet, dont il tombe éperdument amoureux dès le premier regard. Convié chez M. d'Arranet, il est au désespoir de ne pas y voir la jeune femme mais, au sortir de l'hôtel d'Arranet, il est – une fois de plus – victime d’une tentative d’attentat, dont il ne ressort que légèrement blessé mais qui scelle leur amour.

    En mars 1775, Le Noir étant atteint d'une maladie de peau, Sartine assure l'intérim du lieutenant général de police. Arguant des précédents succès de son ancien commissaire, il envoie celui-ci démêler à Vienne – sous couvert de convoyer un buste en Sèvres de la reine – un problème de chiffre diplomatique. Lorsque Nicolas revient à Paris le 30 avril, tout va mal : il apprend que son propre fils a disparu et, dans la nuit, un meurtre est commis dans la boulangerie qui occupe le rez-de-chaussée de la maison de M. de Noblecourt, rue Montmartre, où Nicolas a établi ses quartiers depuis la disparition de Lardin, en 1761.

      

    Dans les jours qui suivent, le commissaire au Châtelet prend aussi la mesure de la Guerre des farines, qui déstabilise le pouvoir. Le 2 mai, Louis XVI lui dicte un billet à l'intention de Turgot. Or, si le scripteur est fictif, le billet est authentique, inscrivant Nicolas dans l'Histoire et soulignant, de ce fait, la confiance qu'il a acquise auprès du souverain, qui a quinze ans de moins que lui.

    Pendant les émeutes de mai 1775, Le Noir est remplacé par un nouveau lieutenant général de police, Albert, qui ne paraît guère apprécier Nicolas. Heureusement, Albert ayant démérité en tant que lieutenant général de police, Le Noir est réintégré dans cette fonction en juin 1776. Fin décembre 1776, Nicolas est chargé d’aller accueillir à Saint-Goustan Benjamin Franklin, « ambassadeur officieux des rebelles américains », et de l'escorter jusqu'à Paris (Le Cadavre anglais).

      

    À l'aller, il rend visite au duc de Choiseul, à Chanteloup, près d’Amboise, afin de lui remettre une lettre de Sartine. Il rend ensuite visite à sa sœur, devenue religieuse à Fontevraud, et lui présente son fils Louis, qui l’accompagne. Il se rend enfin à Ranreuil, où il contrôle le travail de l’intendant qui gère son domaine. En 1777, noble éclairé, il remet « en raison des maladies qui ont frappé le bétail » les redevances des fermiers, qui sont en fait ses anciens compagnons de jeu sur les bords de la Vilaine.

    De plus en plus proche du souverain, il participe très fréquemment aux chasses royales, ce qui lui donne l'occasion de sauver le roi, à Versailles, de la charge d’un cerf. Ce haut fait le hisse au rang d’informateur secret au monarque. Il a dès lors acquis le droit d’assister au petit lever, « le comble de la faveur ». Il est aussi décoré de l’ordre de Saint-Michel « le grand cordon noir auquel était suspendue une croix de Malte, émaillée de blanc et de vert, anglée de lys, avec l’image de l’archange patron protecteur du royaume » (Le Cadavre anglais).

    Au début du mois d'avril 1777, Nicolas est reçu, avec Semacgus, à Berlin, par le marquis de Pons, ambassadeur de France.

    En 1778, il est chargé de la sécurité de la reine quand elle vient faire la fête à Paris car il est le seul que Marie-Antoinette tolère à sa suite (Le Noyé du Grand-Canal). En février, il surveille ainsi le bal de l’Opéra.

    Le 27 juillet 1778, il assiste à la bataille d’Ouessant sur le pont du Saint-Esprit, navire du duc de Chartres qu’il surveille. Après la bataille, le roi le fait chevalier de l’ordre de Saint-Louis.

    Dans L'Honneur de Sartine, il ne sait toujours pas qui est sa mère, ni si elle vit encore. Or le 9 juin 1780, il rencontre à l'abbaye de Saint-Denis Madame Louise, qui lui remet, de la part d'une carmélite, un brevet de lieutenant au régiment des carabiniers de Monsieur au nom de Louis de Ranreuil, ainsi qu'un paquet contenant un reliquaire portatif, entouré de formules mystérieuses : "Ce que je vous demande, c'est de vous souvenir de moi à l'autel de Dieu" et " Que rien ne te trouble / La patience triomphe de tout / Dieu seul suffit." Qui donc veille, dans le plus grand secret, au parcours de Nicolas et de son fils ?

    L'entrevue avec Mme Louise nous apprend en outre les raisons de l'incident qui a conduit Marie-Antoinette à surnommer Nicolas – depuis 1770 – "le cavalier de Compiègne". Ce qui était passé aux yeux de tous comme une maladresse n'était en fait que le moyen de sauver Madame Louise, en grand danger d'être écrasée par une voiture.

    En 1782, dans L'Enquête russe, Nicolas est souvent proche de la tentation de tout abandonner pour rejoindre son château de Ranreuil :

    « Avec l’acuité de quelqu’un accoutumé dès l’enfance aux examens de conscience, il en vint à jeter sur son existence un regard en perspective qui accrut encore son malaise. Toujours à la poursuite du crime, toujours hanté par les différents visages de la mort, toujours témoin des formes les plus achevées de la bassesse, du lucre et du crime, baignant dans l’atroce et l’insoutenable, conduit par ses enquêtes, malgré qu’il en eût, à porter sur la société du royaume une attention de plus en plus critique, même s’il n’en tirait pas les conséquences nécessaires, Nicolas Le Floch doutait soudain de tout. La tentation du libre océan le saisissait dans une nostalgie de vert et d’embruns salés. Que ne repartait-il en Bretagne, à Ranreuil, dans la vieille forteresse de ses ancêtres, sentinelle des marais ? Il prendrait soin de ses terres et surtout de ceux qui y travaillaient. Il se consacrerait à améliorer les choses. Quelle plus belle ambition qu’essayer d’apporter un peu plus de bonheur aux siens ? Il lirait et méditerait, chasserait, pêcherait, suivrait de loin la carrière de Louis. »

    Il songe avec nostalgie aux livres de la bibliothèque du château de Ranreuil. Il doute aussi de son amour pour Aimée d’Arranet et pense de plus en plus à la Satin : « A l’amour, feu couvant, qu’il continuait à lui porter, s’ajoutaient une estime, un respect et une admiration qui ne faisaient que croître. »

    Il est pourtant de plus en plus accepté à la cour où la reine, moins frivole, le prie d’être son cavalier pour une contredanse.

    « Ce marquis de Ranreuil qui avait un jour surgi à la cour du feu roi, on le réputait redoutable et cela d’autant plus qu’il avait langue avec les plus influents des entours du trône. Cependant Nicolas ne s’était jamais leurré sur la quasi-imposture de sa propre condition, un bâtard certes reconnu, dont le fils était né d’une fille galante. Si rien n’avait jamais transpiré de cette situation, c’était sans doute que la crainte fermait les bouches. »

    Il est enlevé par deux agents russes en sortant d’un bal à Versailles et sauvé par les agents de Sartine. À la fin de L’Enquête russe, enquête qu’il a résolue, le grand-duc Paul lui remet la croix de chevalier de l’ordre de Saint-André avec l’autorisation du roi Louis XVI.

     

     

    Sources

    http://www.nicolaslefloch.fr/Histoires/biographie-de-Nicolas-le-floch.html#Haut

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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