• Derrière les façades honnêtes, quel secret, quelle histoire ?

    Les filles

     

     

    "Les femmes du 122 n'auraient jamais mis les pieds rue de Lappe, au Panier Fleuri ou rue de Fourcy, et l'inverse était vrai, celles du Panier Fleuri n'auraient pas aimé travailler au One. Entre la femme d'abattage et la femme sélecte, il y avait une énorme différence. On aurait pu offrir à la première trois fois ce qu'elle gagnait rue de Lappe, elle ne serait jamais venue rue de Provence. La conversation, les poses ce n'était pas son truc, ça l'aurait emmerdée. Elle, ce qu'elle voulait, c'était : Hop ! envoyez-moi un client après l'autre.

    Tandis qu'au One Two Two qu'on monte ou qu'on ne monte pas, on se devait d'être aimable et de ne jamais montrer d'impatience.

    Comparé à la rue de Fourcy, où c'était toc, toc toc, on aurait dit le jour et la nuit. Dans les salons du One, on nous payait pour bavarder, un peu comme des geishas. Les passes avaient lieu surtout l'après-midi. Les gens bien arrivaient dans la soirée et n'avaient pas qu'une seule idée en tête. J'accueillais des hommes d'une classe extraordinaire. Je ne pourrais énumérer le nombre de comtes, ducs, rois, artistes célèbres, hommes politiques, avocats ou médecins que j'ai vus entrer au One. Et ils n'y venaient pas uniquement pour batifoler ou forniquer, mais souvent pour s'y retrouver, comme dans un club.

    [...]

    Tout y était aussi plus facile et plus sûr sur le plan de l'hygiène. Des filles ravissantes en robe du soir, des soubrettes qui étaient de pures merveilles, des femmes de chambre qui faisaient la couverture, des lavabos et des draps impeccables, avec dans le cabinet de toilette des petites bouteilles munies d'un écriteau : "Messieurs, voulez-vous avoir l'obligeance de vous désinfecter."

    Quand un client redescendait, il était toujours accueilli avec politesse :

    - Est-ce que vous avez été satisfait d'Arlette, monsieur ?

    Pas un bonhomme à qui on ne demandait s'il avait été content. Quand il lui arrivait de se plaindre, à juste titre, d'une fille, elle prenait la porte. De toute façon, on ne payait qu'à ce moment-là, jamais d'avance."

    p. 40-41.
     
    sources : http://www.insenses.org/chimeres/lieux/one_two_two_10.html
     

    ARTICLE "HISTORIQUE" et ne doit en aucune façon être la cible de commentaires doûteux...

     

     

      

     

     

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    Quand la porte s'était refermée  

    - il y avait toujours un court temps d'attente après chaque entrée

    - le visiteur se trouvait seul dans un grand hall brillamment illuminé.

    Au fond, un escalier monumental,

    recouvert d'un épais chemin de laine,

    à côté, un ascenseur aux vitres opaques et quatre guérites qui flanquaient ces départs vers les étages supérieurs.

    L'homme faisait quelques pas dans l'entrée.

    Une dame en petite robe noire - toute en sourire - surgissait de nulle part.

    - Si Monsieur veut patienter quelques instants.

    Passez la souris sur l'image...

     

    Passez la souris sur l'image pour voir le hall en 2001

     

    Puis elle le précédait vers l'une des guérites et en refermait la porte sur lui. On aurait pu se croire au confessionnal, d'autant que des bruits de pas, feutrés par les tapis, augmentaient cette sensation de solitude propice au recueillement. Des chuchotements. La dame en noir réapparaissait :

    - Si Monsieur veut bien me suivre au salon de choix.

    Il sortait de sa retraite, le temps d'un regard pour les guérites où d'autres candidats devaient sans aucun doute patienter, et suivait son guide.

    L'ayant précédé jusqu'à une grande pièce, elle s'effaçait. Quel homme n'a pas rêvé de trente jeunes filles en fleur offertes à son bon plaisir ? Eh bien, là, soudain, le phantasme devenait réalité.

    Imaginez un gigantesque salon circulaire dont le parquet était recouvert d'un tapis vert imitant la mousse, entouré de colonnades montant vers un vélum, ébauche de temple grec.

    Dans chaque intervalle, un socle éclairé par un projecteur. Sur chacun des supports, une femme, mince ou bien en chair, grande, parée, en robe du soir, figée comme une statue, épaules nues, un sein parfois totalement à découvert.

     

    D'autres jeunes personnes étaient assises sur la mousse, leurs jupes gracieusement étalées en corolle.

    Tissus rouges, roses, bleus, jaunes. Lumières. Peaux blanches.

    Bras nus. Maquillages éclatants. Longue jambe gainée de soie que découvrait une jupe fendue. Seins dressés.

    Merveilleux déjeuner de campagne.

    Il en venait à l'homme une moiteur aux mains et une excitation soudaine.

     

    Le jardin des fleurs

    Derrière lui, la dame en noir sussurait :

    - Monsieur a fait son choix ?

    Un instant, un désir boulimique l'envahissait. Toutes. Et puis, la raison l'emportait. Il lui aurait fallu les forces d'un Hercule. Il n'était, hélas, qu'un homme. Après un long regard pour la fresque champêtre, peinte tout au long des murs, qui encerclait ces étranges et délicieuses bergères sans troupeaux - des feuillages, tombant artistiquement du plafond, accentuaient le caractère bucolique de l'ensemble -, sa main se tendait vers l'un des corps offerts.

    La gouvernante faisait un signe à la jeune femme qui immédiatement s'avançait, le sourire aux lèvres, sa robe longue détaillant dans sa marche des rondeurs appétissantes.

    - Bonjour, ami.

    Elle lui prenait la main. En toile de fond, ses compagnes gardaient la pose. Mannequins de chair que seul un désir d'homme semblait pouvoir animer. Ces femmes figées en robe du soir au coeur de ce décor de paysage d'Arcadie que n'aurait pas renié Nicolas Poussin.

     

    La rampe

    Seul vestige du One : la rampe de l'escalier

    L'ascenseur emportait le trio vers les étages supérieurs. Au premier, la porte de la cabine s'ouvrait sur une rieuse invitation au bonheur. Des marquises Louis XV, en robes à panier rose, bleu pâle ou gris tendre, allaient vers une gondole qu'un marin tenait amarrée aux marches du quai. L'une d'elles, déjà à bord, le visage masqué par un loup, leur tendait la main. La lagune de Venise, une mer bleu-vert, un ciel glauque, des vols d'oiseaux marins dans la brume enveloppaient ce départ pour la fête.

    - Monsieur a peut-être retenu l'une de nos chambres ?"

     

    p. 10-12.
     
    sources : http://www.insenses.org/chimeres/
    lieux/one_two_two_1.html
     

     

     

     

     

     

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    LA DECORATION

     

    La chambre Louis XV avait bien des attraits, mais il y avait aussi la chambre Romaine, et bien d'autres encore...

    "Tout au long des murs, des colonnes droites et pures, surmontées d'arceaux, entouraient un lit bas posé sur un tapis d'un vert délicat. Peints en trompe-l'oeil sur les vides de cette architecture, un temple sévère dédié à quelque déesse, les collines de Rome, des statues antiques au nu provocant, des personnages au péplum.

    - Monsieur préfère peut-être l'exotisme ?

    Il n'y avait qu'une porte à pousser. Des masques africains grimaçaient leur éternel sourire bariolé. Au-dessus d'un grand lit recouvert d'une étoffe à boubou, des lances de guerriers s'entrecroisaient sur les murs tendus de jute où nageait un crocodile. Une tête de sorcier à corne de rhinocéris, couverte des signes rituels, était accrochée comme un trophée de chasse. Un haut tam-tam faisait office de table. [...] une peau de lion, gueule ouverte sur des crocs menaçants, observait de ses yeux de verre.

    Pour parfaire l'illusion ou compléter la réalité, le rideau de la fenêtre dessinait un palmier sur le fond d'un désert. Et, ne vous y trompez pas, totems, armes et lion n'étaient pas du toc. [...]

    La chambre africaine

    La chambre du corsaire ou la transatlantique ? L'une était toute boisée. Une sirène aux seins fermes captive à l'un des montants du grand lit à baldaquin. Une échelle pour grimper sur le pont au cri de "Voile à l'horizon !".

    Un tabouret en forme de coeur - vous n'étiez pas un soudard. Enfin, une carte du Tendre sur un mur invitant votre capture au plus beau des voyages.

    Chambre du corsaire Chambre du corsaire

    L'autre était toute blancheur, armoires d'acajou et glaces. Des hublots de lumière électrique. Lit profond beige sur moquette beige.

    Elle donnait sur un faux pont avec chaise longue, bouée de sauvetage et bastingage face à un océan peint à l'huile, décor impersonnel et confortable qui convenait aux femmes de Van Dongen - grands yeux noirs, Chanel, collier de perles fines et chapeau cloche, ou aux longues filles de Touchagues.

    La chambre transatlantique

    Chambre transatlantique

     

     

    sources : http://www.insenses.org/chimeres/lieux/one_two_two_2.html

     

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    Le ONE TWO TWO ( 3 )

     

    Pour les délicats, il y avait la Caravelle. Vitraux. Angelots soufflant dans des conques marines. Meubles de haute époque. Armoiries et, au-dessus du lit, une rose des vents pour indiquer le cap du bonheur.

    Au port, il restait à prendre le train : le P.L.M. Paris-Lyon-Méditerranée.

    La voyageuse était peu farouche. Les inconnus lui plaisaient. Et, vous n'aviez très vite plus aucun doute, elle adorait faire l'amour dans un sleeping. Au-dessus de l'étroite couchette, le mini-éclairage d'un wagon-lit mettait en lumière vos ébats, bercés par le bruit régulier d'un train en marche. Derrière la vitre du compartiment, le paysage - campagne et gares - défilait de toute sa longueur de toile montée sur déroulant. Il avait suffi pour déclencher le double mécanisme d'appuyer à l'entrée sur un bouton.

    Les âmes vagabondes pouvaient descendre à la première station où la chambre des foins leur tendait les bras. Au mur, des grands arbres, une petite route départementale, des prés verdoyants à perte de vue. Un moulin à vent qui battait des ailes sur sa colline. Au plafond, un faux grenier débordait de foin. Un dessus-de-lit vert, parsemé de petites marguerites en relief, qu'on aurait dit posé sur une couche de paille dorée.

    "Couchés dans le foin avec le soleil pour témoin..." Et puis, au pied du lit, de l'autre côté d'une petite barrière blanche, une brouette attendait que le fermier achève de culbuter la bergère. [...]

    La chambre rustique

     

    La Provençale avait ses cuivres scintillants. Le Drap d'Or, ses drapés qui enrobaient le lit du plafond au sol. L'Igloo, ses peaux d'ours blanc et ses bois de rennes.

     

    La François Ier, tapisserie d'époque et des murs couverts de fleurs de lys d'or. On y accédait par un couloir où de fausses bombardes engagées dans des sabords menaçaient un invisible ennemi.

    La chambre indienne

    Mais, ce périple achevé, tout restait à voir. Vous ne connaissiez encore ni le féérique ni l'inquiétant... Vous ne connaissiez pas la magie de la chambre des glaces. Il y en avait deux dans la maison. Leurs plafonds et leurs murs étaient couverts de glaces biseautées. Allongée sur le grand lit, seul meuble de la pièce, l'amie de l'heure, cent fois, mille fois semblable à elle-même, était reflétée sur toutes les facettes de cet étrange diamant. Chacun de ses gestes devenait le nombre infini d'une même caresse.

    Plus on allait vers le ciel, plus on se rapprochait de l'enfer. L'inquiétant, le blasphématoire étaient à un autre étage : la Chambre des Supplices. Une grande croix de bois, semblable à celle du Christ, faisait face à l'entrée. Des bracelets d'acier tenaient lieu de clous.

    Sur un ordre, la jeune femme vous enserrait chevilles et poignets et vous écartelait. Libre à vous de recevoir le fouet, d'entendre siffler la longue et fine lanière de cuir sur vos épaules, votre poitrine, d'ajouter enfin des chaînes au plaisir raffiné de votre supplice."

     
     
    sources : http://www.insenses.org/chimeres/lieux/one_two_two_3.html
     

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    Le One-Two-Two (4)

     

    On est aujourd'hui surpris par la munificence d'un tel décor, mais peut-être faut-il y voir le vernis du regard nostalgique de Fabienne ? Toujours est-il que les décorateurs du One ont fait preuve de beaucoup d'imagination, comme le prouvent les quelques photos que vous découvrez sur ces pages.

    Les visiteurs venaient aussi au One pour y dîner. Le restaurant s'appelait le Boeuf à la ficelle. Dans une grande pièce trônait une table en fer à cheval avec nappe blanche, vaisselle de porcelaine et cristaux scintillant sous le grand lustre. C'était le régime du menu unique : caviar d'Iran, boeuf à la ficelle, fromages et dessert (une omelette norvégienne par exemple). Le tout arrosé de champagne, Bollinger ou Pommery.

    Les serveuses étaient en déshabillé, talons hauts, petit tablier blanc et camélia dans les cheveux.

    Le salon Miami

    "Pour les alcools et les cigares, on passait au salon Miami. Le Tout-Paris était là, pour être vu ou simplement voir. Un grand piano-bar. Des fauteuils et des tables de plage. Des lumières soleil. Au mur, une jetée bordait une mer d'un bleu imperturbable, tandis qu'au fond de la pièce une glacière brillait de l'or des bouchons de toutes les bouteilles de champagne imaginables. Le pianiste égrenait un fox-trott, un tango ou un slow. Célibataires, couples légitimes ou illégitimes, personnalités ou inconnus buvaient, riaient et dansaient.

    A travers cette atmosphère chaude et animée, les pensionnaires de la maison, en robes longues et moulantes, allaient et venaient, prêtes à servir de compagne à la demande. Tout n'était qu'animation et gaieté. Il y avait du monde partout, au salon Mousquetaire, au Maple, décoré de meubles anglais, ou au petit bar. Des amitiés naissaient. Des habitudes :

    - On venait dans un club.

    L'amour était la toile de fond d'un monde apaisé et heureux. Les soucis restaient à la porte ou fondaient sur un sourire, l'éclat d'une peau, le pétillement du champagne dans les coupes, la grâce d'un corps.

    Tard dans la nuit ou à l'aube, vous repartiez, mais, remontant la rue de Provence, soudain, vous vous sentiez très seul.

    Et puis voilà, un jour d'octobre 1946 - le ciel devait être très bas et pluvieux -, les lumières s'éteignirent, les rires se cassèrent, les jeunes femmes ne revinrent plus et pour la première fois au 122, rue de Provence, les volets s'ouvrirent. "Cachez ce sein que je ne saurais voir." Des Tartuffes avaient décidé la fermeture des "maisons". Belles âmes sans reproches, incapables de faiblesse humaine...

    Le One Two Two n'existait plus.

    Une époque se terminait. Où pourrions-nous aller ce soir, à Paris ?

    L'immeuble est aujourd'hui le même. Il est occupé par le Syndicat des Cuirs et Peaux de France."

    p. 16-17.

    -------------------

    Voici donc comment Fabienne Jamet, la "patronne", décrit la maison qu'elle a dirigée et aimée (une main de fer dans un gant de velours ?) pendant sept ans, sept mémorables années qui auraient pu durer bien davantage si Marthe Richard et sa célèbre loi n'étaient venues pour anéantir le commerce officiel des maisons. Les plus malins ouvriront bien vite des clandés, mais ceci est une autre histoire...

     

    sources : http://www.insenses.org

    /chimeres/lieux/one_two_two_4.html

     

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  • Fabienne Jamet :

    une femme de caractère (1910 - ?)

     

    Fabienne Jamet, née Georgette L., est la fille d'un inspecteur à la Brigade parisienne et d'une concierge. Elle naît en décembre 1910. Naturellement volage, le papa peut se rincer l'oeil - voire plus si affinités - dans le cadre de ses fonctions puisqu'il est chargé de la surveillance nocturne du Bois de Boulogne, pas plus tranquille à l'époque qu'en 2004... Son épouse en prend ombrage.

    Devant les menaces de divorce engendrées par des fréquentations douteuses, le père de Georgette se fait réformer pour varices. Il a quarante-quatre ans et Georgette en a dix.

     

     

     

    "Quand il mourut, à quatre-vingt-douze ans, il avait été mon caviste au One Two Two [à partir de 1942, sa deuxième femme étant la caissière], avait sauté toutes les filles du quartier Saint-Lazare et cueilli sa première syphilis pour ses soixante-cinq ans." p. 20.

     

     

     

    Premier déménagement. La mère de Georgette achète un hôtel (de passe !) situé au coin de la rue Poinsot et du boulevard Edgar-Quinet. Elle meurt quand Georgette a quatorze ans. On est en 1924. Le père se voit alors dans l'obligation de vendre pour acheter un autre établissement, avenue Jean Jaurès à Clichy. Comme il se met en ménage avec une des femmes de chambre, Georgette se fait la malle à 17 ans avec son premier Jules, Loulou, qui l'installe dans une chambre d'un hôtel meublé de la rue Biot, près de la place Clichy. Elle commence à faire le tapin pour lui.

    Comme elle en a vite marre de la rue et de son marlou qui lui pique son fric, elle tente de se faire entôler à Douai chez Madame Euphrasie qui la trouve trop jeune, puis au One Two Two. Elle a de faux papiers qui la vieillissent de dix ans et lui font porter le nom de jeune fille de sa mère : Pélagie Desachaux. Elle n'y reste que quelques semaines. Elle est renvoyée pour avoir planqué une partie du pourboire versé par des clients ; et elle est marquée à l'encre rouge sur le carnet de la gouvernante du One.

    Après quelques semaines passées au bordel de la rue de Montyon, chez Germaine qui au passage la rebaptise Fabienne, elle décide de quitter Paris pour se faire embaucher par la mère Lolo, rue Ventomaggi, à Marseille. Elle a dix-huit ans. La mère Lolo est une mère pour elle. Fabienne reste chez elle jusqu'à ses 21 ans. Elle retourne alors à Paris. On est en 1931. Elle entre au 13, rue Saint-Augustin. Se fait virer pour insolence.

    Décide de se présenter à nouveau au One Two Two, sous le nom de Fabienne L., cette fois. Et ça marche !

     

     

    Le lieu de travail...

     

     

    sources :

    http://www.insenses.org/chimeres/lieux/one_two_two_5.html

     

    ARTICLE "HISTORIQUE" et

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    Marcel et Doriane : les patrons du One

     

    Marcel Jamet

    Marcel Jamet, le propriétaire, a alors 42 ans environ. Il serait donc né en 1889. Son épouse, Fernande dite Doriane, a 30 ans en 1931. Jolie, elle ressemble à Edwige Feuillère. Mais Fabienne trouve qu'elle a de grosses jambes, qu'elle sait d'ailleurs cacher intelligemment sous de longues robes du soir. C'est elle qui tient la maison, puisque la loi interdit à un homme de le faire.

    La première gouvernante s'appelle Blanche. Petite, grosse, avec une invraisemblable perruque rousse et une petite robe noire. Elle a plus de cinquante ans en 1931. Elle ne met du rouge à lèvres que pour recevoir les têtes couronnées...

    Tout Paris la connait pour son allure insensée et personne ne songe à se moquer d'elle ouvertement. On se contente d'un "Blanche, ôte ta perruque !" affectueux.

    Le One, c'est sa famille. Elle mourra peu de temps après la fermeture.

    Marcel Jamet est breton. Fils d'une alcoolique et d'un paralytique, il arrive à Paris vers 10-12 ans, tout seul. Après des années d'apprentissage sur les fortifs, il fait le julot à 18 ans pour une fille surnommée Fraisette. Il fait la guerre de 1914-1918 et en revient sans casse. Fraisette l'a attendu. Il partent ensemble pour L'Argentine.

    Quand il s'est bien rempli les poches, il décide de rentrer au pays malgré les plaintes de Fraisette. Il s'installe dans un hôtel particulier rue Junot. Comme Fraisette le lâche pour repartir en Amérique du Sud, il se cherche une nouvelle fille pour pouvoir ouvrir une maison de rendez-vous dans de bonnes conditions.

    Il rencontre Doriane au Chabanais, la sort, l'invite, refuse son argent - ce qui la surprend tellement qu'elle ne songe pas une seconde à refuser sa demande en mariage...

    Marcel achète alors, par Doriane interposée, le One Two Two. Il possède aussi une maison de campagne à Villarçaux, près d'Olivet.

     


    L'organisation du One : quelques chiffres

    Horaires : 14 heures - 5 heures du matin.

    Une nuit de fermeture par an :

    la nuit de Noël. Les filles vivent à l'extérieur et ont un jour de congé par semaine. Elles arrivent vers midi et n'en sortent qu'à la fermeture.

     

    On leur offre sur place coiffeur, manucure, pédicure, lingère :

    quarante employés de personnel auxiliaire.

    7 étages à partir de 1934.

    22 chambres.

    10 salons.

    12 douches.

    Soixante filles en même temps.

    Cinq ou six acceptent de se faire sodomiser.
     

    Absence injustifiée d'un après-midi :

    200 francs d'amende... S'il y a récidive, c'est la porte

    200 passes, 300 visiteurs et 150 bouteilles de champagne par jour.

    Imposable à 67,5 %.

     

     

     

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    Fabienne se fait une place au soleil

     

      

    Comme Fabienne sort du lot (élégance, charme et bonnes manières, dit-elle...), Doriane et Blanche décident de la réserver pour les clients les plus mondains et de l'autoriser à refuser le choix quand un homme ne lui plaît pas. Elle se fait rapidement une clientèle choisie parmi l'aristocratie, la grande bourgeoisie et le milieu des hommes d'affaires. Ces hommes la rencontrent autant pour l'amour que pour les sorties (payées, donc autorisées par le règlement du One) et le plaisir de la conversation... Elle a 22 ans...

    "Lorsque je faisais cinq ou six passes dans la journée, c'était le bout du monde. Je n'avais pas besoin de toujours batifoler pour gagner beaucoup d'argent, six ou sept cents francs par jour, dans les années 32-33. [...]. J'avais organisé ma vie à mon idée, pris une belle chambre d'hôtel, près de la rue Fontaine, me déplaçais en taxi. J'étais heureuse. Jamais Doriane et Blanche n'avaient une observation à me faire."

    p. 49

     

    Fabienne et Marcel

     

    En 1934, Marcel Jamet fait surélever l'immeuble de quatre étages. Il mène une vie luxueuse : il part aux sports d'hiver à Saint- Moritz !

    En 1935, Fabienne a 25 ans et commence à s'interroger sur son avenir. Albert, un administrateur de grand magasin parisien lui propose de l'entretenir en lui offrant un appartement à Neuilly. Mais elle hésite, ne voulant pas lâcher le One. Doriane lui propose alors de devenir gouvernante. Elle accepte avec joie. Devenir gouvernante, cela signifie surtout ne plus monter avec les clients... Fabienne devient donc la maîtresse de cet homme d'affaires et continue en parallèle une activité rémunératrice au One sans payer de sa personne, si l'on peut dire... Elle a tout compris, Fabienne...

    En 1937, Fabienne commence à se fatiguer d'Albert. Comme elle s'intéresse aussi aux femmes, elle se met en ménage rue Piccini avec Denise, une des filles du One, sans abandonner tout à fait Neuilly. Pas de souci d'argent : Denise la loge, lui offre une des premières tractions avant décapotables... Et en plus, elle récupère l'argent des filles qu'elle place en province, à Reims, au Palais oriental, chez Charlot l'éventré...

     

     

     

    En août 1939, Doriane prend le large avec un Albanais, secrétaire d'ambassade du roi Zog Ier. Henriette Gachon, la caissière et la femme du sommelier du One, assure officiellement l'intérim, Marcel ne pouvant pas légalement diriger le One. Et Fabienne prend les rênes... La guerre est déclarée à ce moment-là... Cela ne change pas grand chose au fonctionnement du One : les clients sont souvent trop âgés pour être mobilisés, les marlous sont planqués... Marcel s'intéresse de près à Fabienne. Doriane tente un retour, soldé par un échec. En mai 40, Fabienne s'installe avec Marcel dans l'appartement du dernier étage du 122.

    Un mois plus tard, c'est l'exode. Marcel et Fabienne partent pour Saint-Georges de Didonne, avec la Cadillac de l'un et le cabriolet Citroën de l'autre, dans la propriété de Marcel. Henriette Gachon a décidé de rester à Paris et de s'occuper du One. Huit jours après, c'est l'annonce de l'armistice. Fabienne et Marcel rentrent à Paris.

     

    Le One est envahi par les soldats allemands, trop "mauvais genre" puis, après intervention de Fabienne, par les seuls officiers. La clientèle n'est alors pas assez nombreuse... Fabienne réussit à convaincre les autorités allemandes d'autoriser l'accès aux Français. Les Juifs sont aussi admis.

    Parmi les nouveaux clients se trouvent aussi les truands qui s'affichent ouvertement pro-allemands.

    On ne s'étendra pas sur les propos de Fabienne sur sa clientèle pendant l'occupation. Entre collaboration inavouable, sans doute inévitable, et patriotisme affiché, il est bien difficile, cinquante ans plus tard, d'avoir un avis tranché sur la question. Ce qu'on pourrait également dire de certains de ses célèbres clients, tels Joseph Joanovici.

     

    Joinovici

     

    Bien qu'on soit en temps de guerre, il faut alimenter le One en boissons et en nourriture. Marcel obtient des tickets d'essence et un Ausweiss pour le transport de ravitaillement. Il achète une Simca six chevaux et se fournit généralement au marché noir dans le Loiret, près de sa propriété de Villarçaux. Pour le champagne, consommé en grande quantité au One, sont autorisées une vingtaine de bouteilles par mois et par marque, ce qui représente environ 100 bouteilles, total très insuffisant. Marcel se débouille là encore avec les vituculteurs rémois... Pas de problème non plus pour le café, ni pour le caviar...

    Marcel revend sa maison de Villarçaux et achète une autre propriété dans le Loiret : Les Loups à Bony-sur-Loire.

    En 1942, il épouse Fabienne civilement. Il y a cinquante invités au repas de noce. On boit ce soir-là 176 bouteilles et 34 magnums de champagne !

     

     

    sources : http://www.insenses.org/chimeres/lieux/one_two_two_7.html

     

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    Après la guerre

     

    A la Libération, la clientèle change :

    les Allemands ont disparu, remplacés par les Anglais et les Américains. Marcel Jamet est arrêté pour collaboration et libéré huit jours plus tard, avec les honneurs... Il gagne le franc de dommages et intérêts dans son procès en diffamation contre Ce soir et L'Aurore. Viennent ensuite les BOF (Beurre-Oeufs-Fromage). Et aussi les élèves du Lycée Condorcet...

    Il n'y a pas d'amélioration de la vie quotidienne avant 1947... Problèmes de ravitaillement en victuailles, de coupures de gaz et d'électricité.

     

    La fin du One

    Mais en 1945, Marthe Richard propose de fermer les maisons closes. La proposition de loi est votée au conseil municipal de Paris, puis le 13 avril 1946 à la Chambre des Députés (40 présents sur 400 !). Les patronnes ont six mois pour fermer : d'avril à octobre. Le 6 octobre, il faut fermer le One. A regret.

    Le gouvernement crée des centres de reclassement pour les filles. Ces centres, faute de succès, ferment très rapidement.

     



    "Sic transit gloria bordellorum" : voici comment finit le mobilier du One, comme celui du Chabanais et celui de la rue des Moulins...

    "Cette fermeture a été quelque chose d'épouvantable. J'ose le faire imprimer : une monstrueuse erreur. Parlons de ces deux cents bonshommes qui venaient tirer leur petit coup entre 5 et 7 heures de l'après-midi, et qui n'en adoraient pas moins leur femme en rentrant chez eux. Enfin, on ne me contredira pas si je dis qu'on ne peut pas bouffer du bourguignon tous les jours de la semaine. De temps à autre, on est tenté par du caviar ou du cassoulet. C'est fatal et humain. Alors, maintenant, le pauvre type qui a envie de goûter à une autre cuisine, que peut-il faire ? Rien d'autre que de prendre une fille dans la rue au risque d'attraper un sale truc. On leur a échangé des femmes ravissantes, la propreté, l'incognito contre l'obligation de se faire remarquer, des nanas agressives et la promiscuité d'hôtels minables.

    C'est moral, ça ?

    Alors, quoi ? On oblige un homme à baiser la même femme toute son existence ? Quel est le type qui n'a pas une autre idée derrière la tête, une fois ou l'autre, pour des jambes longues ou pour des yeux superbes ? S'il fallair compter les coups de canif dans le contrat ! Aujourd'hui, seuls les Arabes ont le droit d'avoir des espèces de "maisons" pourries. Sinon, ce sont de vrais bouges avec des filles parquées dans les couloirs. Un scandale ! On a l'impression d'entrer dans un coupe-gorge.

    Tout le monde n'a pas vingt ou trente mille francs à donner pour une demi-heure à une fille des Champs-Elysées ou à celle d'un clandé de luxe du style de chez Billy, rue Paul-Valéry. Le gagne-petit, que lui reste-t-il entre le tapin à vingt sacs et la fille à Arabes du boulevard de la Chapelle à deux mille anciens francs ?

    Faut-il châtrer tous les hommes qui n'ont pas envie d'aller faire la queue avec les Bics, ou de débourser tout le pain de leurs gosses parce que ça les tient ? C'est une injustice.

    Et puis, je ne parle pas des malheureux infirmes. Dans nos maisons, les femmes ne les repoussaient pas. Elles avaient choisi ce métier, elles faisaient n'importe quel client dès l'instant qu'il payait."

    p. 196-197.

    Le One est vendu pour 32 millions de francs au Syndicat patronal des cuirs et peaux de France. Les meubles sont vendus aux enchères.

     

     

    sources : http://www.insenses.org/chimeres/lieux/one_two_two_8.html

     

    ARTICLE "HISTORIQUE" et ne doit en aucune façon être la cible de commentaires doûteux...

     

     

     

     

     

     

     

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    La fin de la belle vie

     

    Marcel et Fabienne s'installent pendant cinq ans aux Loups. Ils vivent du capital de la vente du One et de quelques trafics plus ou moins illicites.

    Devant la baisse inquiétante de leurs fonds, ils prennent un restaurant rue du Colisée, le Luigi's bar. Marcel étant un jaloux maladif, Fabienne préfère liquider l'affaire plutôt que de subir les colères de son époux.

     

    La propriété des Loups est vendue aussi. Nouvel essai : un hôtel-restaurant à Sully-sur-Loire, puis le bar La Garoupe, rue Troyon à Paris. C'est la dèche.

    Heureusement, le directeur du Maxim's, fournissant les repas sur les lignes de la Pan Am, propose à Marcel de prendre la direction des cuisines, à Orly.

     

    Pendant ce temps, Fabienne prend la direction d'un hôtel de passe rue Godot-de-Mauroy, près de la Madeleine. Pas pour longtemps (huit jours !), Marcel ayant trop peur qu'elle se fasse entôler par les flics.

     

    Le salaire de la Pan Am étant trop juste, Fabienne prend la direction d'un autre hôtel de passe à Durry-les-Amiens.

     

    http://www.actuphoto.com/imagew.php?image=files/news_12207_0.jpg&dst_w=260

     

     

    Ca dure trois mois. Puis la même chose à Beauvais.

    Dans ce dernier clandé, elle n'est que la gouvernante... Elle gagne 400 000 anciens francs par mois en 1961.

    A ce moment-là, Marcel tombe malade. Il meurt le 7 mars 1962 (?). André, le taulier de la rue Godot-de-Mauroy, propose à Fabienne de prendre la direction d'un clandé rue des Lombards. Elle "tombe", comme la précédente gérante, au bout de neuf mois... 1 500 francs d'amende et trois ans d'indignité nationale pour proxénétisme.

    "Si je n'avais pas écrit ce livre, j'aurais pris un hôtel sur le boulevard de la Chapelle. Tel est mon métier, et ma vie. Je n'aurais pas eu l'impression de mal faire ou d'être inutile. Je ne sais rien d'autre."

    p. 222.

     

     

    122-chambre-rustique

    122-chambre-polaire

     

    122-chambre-afrique

     

     

    sources : http://www.insenses.org/chimeres/lieux/one_two_two_9.html
     

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    Derrière les façades honnêtes, quel secret, quelle histoire ?

     

    Les filles

     

     

    "Les femmes du 122 n'auraient jamais mis les pieds rue de Lappe, au Panier Fleuri ou rue de Fourcy, et l'inverse était vrai, celles du Panier Fleuri n'auraient pas aimé travailler au One. Entre la femme d'abattage et la femme sélecte, il y avait une énorme différence.

     

    On aurait pu offrir à la première trois fois ce qu'elle gagnait rue de Lappe, elle ne serait jamais venue rue de Provence. La conversation, les poses ce n'était pas son truc, ça l'aurait emmerdée. Elle, ce qu'elle voulait, c'était : Hop ! envoyez-moi un client après l'autre.

    Tandis qu'au One Two Two qu'on monte ou qu'on ne monte pas, on se devait d'être aimable et de ne jamais montrer d'impatience.

    Comparé à la rue de Fourcy, où c'était toc, toc toc, on aurait dit le jour et la nuit. Dans les salons du One, on nous payait pour bavarder, un peu comme des geishas. Les passes avaient lieu surtout l'après-midi.

     

    Les gens bien arrivaient dans la soirée et n'avaient pas qu'une seule idée en tête. J'accueillais des hommes d'une classe extraordinaire. Je ne pourrais énumérer le nombre de comtes, ducs, rois, artistes célèbres, hommes politiques, avocats ou médecins que j'ai vus entrer au One. Et ils n'y venaient pas uniquement pour batifoler ou forniquer, mais souvent pour s'y retrouver, comme dans un club.

    [...]

    Tout y était aussi plus facile et plus sûr sur le plan de l'hygiène. Des filles ravissantes en robe du soir, des soubrettes qui étaient de pures merveilles, des femmes de chambre qui faisaient la couverture, des lavabos et des draps impeccables, avec dans le cabinet de toilette des petites bouteilles munies d'un écriteau : "Messieurs, voulez-vous avoir l'obligeance de vous désinfecter."

    Quand un client redescendait, il était toujours accueilli avec politesse :

    - Est-ce que vous avez été satisfait d'Arlette, monsieur ?

    Pas un bonhomme à qui on ne demandait s'il avait été content. Quand il lui arrivait de se plaindre, à juste titre, d'une fille, elle prenait la porte. De toute façon, on ne payait qu'à ce moment-là, jamais d'avance."

    p. 40-41.
     
    sources : http://www.insenses.org/chimeres/lieux/one_two_two_10.html
     

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    Le recrutement

     

     

     

    "L'engagement des filles était quelque chose de très important, étant entendu que j'étais seule juge.

    Il y avait énormément de candidates. Etre acceptée au One était devenu pour la femme d'une certaine classe, une consécration. J'en avais besoin de cinquante au travail chaque jour, soit, avec les jours de congé, un roulement d'environ soixante-cinq, le minimum indispensable pour assurer les deux cents passes entre 17 et 19 heures, et l'animation des salons et des chambres pour la soirée. En outre, je devais disposer d'un éventail de choix qui corresponde à tous les goûts, d'où un certain dosage pour les entrées.

    Lorsque Marcel avait pris le One, dans les années 30, il n'y avait que trois femmes, dont la plus jeune devait avoir au moins soixante ans. Il n'avait pas été très long à transformer la situation. Faire marcher une "maison" comme il savait le faire était un art. Avec un driver de sa classe, le 122 était vite devenu une affaire de premier plan. A l'époque où les autres "maisons" de Paris assuraient à leurs filles cinq francs par jour - qu'elles montent ou ne montent pas - la formule avait été jugée inutile pour la rue de Provence. Dans les jours creux ou en morte saison, les gagneuses n'y faisaient plus que cela.

     

     

    Au XIXe siècle

     

    Au XIXe... peu de changements depuis...

     

    C'est dire si je me montrais difficile sur les prétendantes. Quand une fille arrivait, elle était reçue par la portière qui avertissait les gouvernantes. Un coup de sonnette annonçait l'arrivée d'un client, deux coups une visite pour quelqu'un de la maison. Blanche, alertée, commençait par faire entrer la candidate dans un petit salon pour la regarder de la tête aux pieds. Si la femme était quelconque, elle la décourageait :

    - Je regrette. C'est complet.

    Mais, si la fille avait un quelque chose, la beauté, l'allure, un style qui manquait au One :

    - Tu n'as pas de couture ?

    Je n'acceptais que des sujets sans cicactrices. Si l'arrivante répondait négativement, Blanche posait la seconde question :

    - Est-ce que tes seins tiennent ?

    J'avais horreur des poitrines tombantes. C'est laid. Mes pensionnaires devaient pouvoir se balader sans soutien-gorge sous leur robe du soir. Alors seulement si la réponse était satisfaisante, la gouvernante concluait :

    - Ma petite fille, déshabille-toi. On va appeler Madame.

    Pour qu'elle en soit arrivée là, il fallait que ce soit un corps vraiment exceptionnel. J'arrivais et tournais autour de la fille, nue au milieu de la pièce, la détaillant sous toutes les faces. Si ce que je voyais me convenait, j'échangeais quelques phrases avec elle, car il fallait qu'elle sache se tenir aux salons. Elle n'allait pas être là uniquement pour se faire sauter. La voix, le vocabulaire pouvaient détruire complètement un physique. Une voix de poissarde faisait d'une fille superbe un article tout juste bon pour le Panier fleuri. J'avais mes raisons pour vouloir la perfection. Il fallait que One Two Two soit le premier en tout, noblesse oblige, et que mes filles puissent se montrer en public nues comme Eve.

    Pour certains dîners - ceux d'amis ou de personnalités que je voulais gâter tout particulièrement - , Blanche faisait ôter leurs robes de soirée à mes dix plus jolis sujets, ne leur laissant que des talons hauts, un camélia blanc dans la chevelure et un truc phosphorescent à la pointe des seins et au derrière."

     

     

     

     

    sources :

    http://www.insenses.org/chimeres/lieux/one_two_two_11.html

     

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    Le quotidien des filles

     

    "Pourtant, la discipline de la rue de Provence était extrêmement rigide. Surtout pour les horaires. Un système d'amendes prévoyait qu'un retard coûtait vingt francs par heure, une absence injustifiée de tout un après-midi, deux cents francs. Et si cela se renouvelait trop, c'était la porte.

    La tenue du One ne s'expliquait évidemment que par la personnalité de Marcel Jamet qui le dirigeait d'une main ferme. Il n'avait pas seulement l'autorité. Il partait du principe que, pour gouverner, il faut savoir le faire intelligemment, obtenir des autres qu'ils soient pleinement d'accord avec les décisions que vous prenez. [...]

    Tous les lundis, avant que nous nous installions au salon de choix, Blanche passait la revue de détail - chaussures, mains, robe, coiffure. Il fallait que tout soit impeccable. La moindre négligence était pénalisée. Doriane décidait du tarif.

    Bien sûr, nous étions toutes inscrites sur le livre de la Mondaine. Les contrôles de police étaient très sévères. Impossible de couper à la visite médicale ; deux fois par semaine, et à la prise de sang mensuelle, même si c'était le jour de sortie.

    Dans les salons, il était interdit de tricoter ou de jouer aux cartes, et les conversations entre nous étaient plutôt limitées. D'un choix sur l'autre, on ne serait jamais arrivées au bout puisqu'il y en avait toujours une qui montait.

     

    N'allez pas penser qu'il s'agissait d'une caserne ! J'en ai vu moi, des malheureuses, dans un bureau, courbées sur leurs machines à écrire. Et tac, tac, tac. Dring. Et tac, tac, tac. Dring. Quand je pense qu'on a osé dire que les "maisons", c'était le bagne ! Et l'usine, alors ? Le travail à la chaîne de 8 heures du matin à 6 heures du soir, pour un salaire de misère ! C'était quoi ? pour nous, il y avait les lumières, le confort, les rires, les cadeaux, les conversations, le champagne, la musique. A ce tarif, j'en ai connu qui auraient aimé la condamnation à perpétuité ! Et puis, nous étions jeunes. [...]

    Certains jours de printemps ou d'été, lorsqu'il faisait beau, à la fermeture, à 5 heures du matin, celles qui n'étaient pas mariées - de la main droite ou de la main gauche - faisaient appeler un taxi. A cinq ou six, en riant, en jouant des coudes et des fesses, on s'y entassait pour se faire conduire à Villesnes, après Poissy, au bord de la Seine. [...] On arrivait pour l'ouverture de l'hôtel-restaurant, tenu par un copain et, en attendant que le soleil soit chaud, on mangeait, on buvait. Toutes seules. Entre femmes. [...] On se laissait aller à son bonheur. Un taxi Renault nous ramenait rue de Provence pour l'ouverture de 14 heures.

     

    Le OneTwoTwo (12) article historique

     

    Les filles qui avaient un homme ne participaient jamais à ces balades. Aussitôt leur travail terminé, elles rentraient chez elles. Certains jules avaient trois ou quatre femmes dans la maison. N'allez pas croire que c'étaient les plus malheureuses ! Pour celles qui n'avaient pas la tête sur les épaules, un mac était nécessaire. De nos jours encore, la femme qui est avec un jules a plus de chances de réussir. La solitaire, dès qu'elle est libre, s'en va faire la java. Pour des bêtises, elle dépense et bousille son fric, va travailler le jour où elle en a envie, reste couchée le lendemain.

    La fille qui a un homme sait que la rouste n'est jamais loin. Même sans claques, elle a le sens du devoir, elle aime son jules. C'est la raison pour laquelle elle s'est mise dans ses mains. Elle lui donne son argent. Plus elle en rapporte, plus elle est fière et en tire du plaisir. Si le jules est sérieux, elle sait qu'il la retirera au bout de quelques années et lui permettra de s'installer, lui évitant de devenir une loque comme ces femmes que j'ai vues faire le tapin, rue des Lombards, soixante ans bien sonnés. Vous pouvez être sûr que celles-là étaient des solitaires. J'ai conscience d'être l'exception qui confirme la règle. Si Marcel Jamet, le propriétaire de la première "maison" de Paris, n'était pas tombé amoureux de moi, qui sait ?...

    Le bon julot était celui qui investissait l'argent que lui apportaient ses femmes. D'ailleurs, généralement, il les avait eues de cette manière :

    - Tu travailles huit ou dix ans et après, on achètera notre petit hôtel.

    Vous me direz, un homme qui fait forniquer sa femme avec plusieurs autres, moralement, cela semble parfaitement immonde. Eh bien, je connais un certain nombre de filles qui finissent aujourd'hui leur vie, retirées sur le Côte d'Azur ou ailleurs, heureuses, avec leur homme, grâce à l'argent bien placé. Evidemment, sur les trois ou quatre femmes qu'un julot avait en même temps, il n'y en avait bien souvent qu'une de bonne. Les autres étaient des vaches, qu'elles travaillent ou ne travaillent pas, elles n'avaient pas grand-chose dans le chou. L'homme profitait d'elles. Un point c'est tout. Mais, de toute façon, elles n'auraient pas fait mieux. A celles qui se défendaient bien, leur jules était fidèle."

    p. 49-52.
     
    sources : http://www.insenses.org/chimeres/lieux/one_two_two_12.html
     

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    Les clients

    La première fois...

    Il y en avait de toutes sortes, comme dans toutes les maisons de rendez-vous... On va donner quelques exemples, cités par Fabienne : l'un d'eux souhaitait que la fille soit habillée entièrement en caoutchouc, un autre voulait qu'on simule (tout de même...) sa pendaison, un autre écrit :

    "Madame,

    Vous me ferez monter à la flagellation. Vous me ferez donner tant de coups de martinet par les femmes de la maison, chacune à votre tour. Puis je descendrai toutes les marches de l'escalier jusqu'au rez-de-chaussée, sur les genoux, devant le plus grand nombre possible de vos demoiselles... Après, je veux m'allonger dans le salon de choix et je désire que dix femmes me pissent dessus."

    p. 43.

    Une évocation en pixies

    Un autre encore se met à hurler à la mort, comme un loup, et à bondir dans le couloir au moment de la jouissance. Parmi les demandes courantes, on trouve celui qui veut une femme du monde ou une petite fille...

    C'est alors la plus élégante ou le plus petit gabarit parmi les filles qui se déguise en conséquence... Les soupeurs sont aussi monnaie courante.

    Pour une définition de cette pratique, merci de consulter le glossaire... Il ne faut pas non plus oublier les membres du clergé, qui apparemment n'étaient pas les derniers à fréquenter le One. Et les aveugles, qui demandent généralement le choix au toucher, bien entendu. Fabienne et les filles en ressentent une gêne terrible...

    Une autre scène en pixies

    "Je recevais aussi un banquier qui avait une manie singulière. Il retenait un salon à l'avance, faisait monter le cercueil de la réserve, une boîte rectangulaire tapissée de velours et, dès son arrivée, s'y couchait, entouré de cierges et de fleurs. Un petit orchestre, retenu spécialement, jouait de la musique. Le champagne coulait à flots.

    Quand l'envie lui en prenait, il se faisait une des femmes. Le spectacle durait parfois huit jours ! Avec le même cérémonial, il écumait tous les bordels de Paris. Et avec ça, l'habitude de signer des bouts de papier qu'il fallait aller encaisser, non sans mal, à la banque. A la fin, il devait une fortune au One. Un matin, qui voyons-nous arriver ? Sa femme. Elle venait nous supplier de ne plus le laisser entrer. Ce genre de fantaisie l'avait ruiné. On venait de lui mettre un conseil de tutelle. Il en est mort."

    p. 65.

    Il y a aussi les vedettes :

    Raimu, avec qui Marcel Jamet se fâche pour une histoire d'investissement dans les travaux d'élévation du One en 1934.

    Et le tout-Paris qui se bouscule aux portes du Boeuf à la ficelle : Franckie de Boigne, Pierre de Bouillé, le baron de Reille, Max de Vaucorbeil, Yves Mirande, Michel Feydeau, Hennessy, de Beauregard, Melchior de Polignac, Jacques Parizot, Colette, Gould, le milliardaire américain, le Maharadjah de Kapurthala, le professeur de Gennes, Michel Simon, Martine Carol, Jean Gabin, Charlie Chaplin, Marlène Dietrich, Cary Grant, le producteur Warner, Mae West, Kathrin Hepburn, Tyrone Power, Humphrey Bogart, Fréhel, Sacha Guitry, Francis Carco, Eric von Stroheim, Fernandel, Mistinguett, Maurice Chevalier, Suzy Solidor, Vincent Scotto, Tino Rossi, Edith Piaf, Léopold de Belgique, Randolph Churchill (fils de Winston), Staviski et Joanovici et ...et tant d'autres...des notables distingués, des gens du culte...des moralistes..... ainsi va le monde...........

    (Les images de cette page ont été prises par C&C au Musée de l'érotisme de Paris en 2000)
     
    Ce récit est "Historique"...
    Livre à lire " la fermeture" d'Alphonse Boudard, l'histoire de la prostitution en France depuis l'antiquité jusqu'à la fermeture des maisons closes en 1946.....
     
    sources : http://www.insenses.org/chimeres/lieux/one_two_two_13.html
     

     

     

     

     

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