• ONE TWO TWO ( XI )

     

    Le recrutement

     

     

     

    "L'engagement des filles était quelque chose de très important, étant entendu que j'étais seule juge.

    Il y avait énormément de candidates. Etre acceptée au One était devenu pour la femme d'une certaine classe, une consécration. J'en avais besoin de cinquante au travail chaque jour, soit, avec les jours de congé, un roulement d'environ soixante-cinq, le minimum indispensable pour assurer les deux cents passes entre 17 et 19 heures, et l'animation des salons et des chambres pour la soirée. En outre, je devais disposer d'un éventail de choix qui corresponde à tous les goûts, d'où un certain dosage pour les entrées.

    Lorsque Marcel avait pris le One, dans les années 30, il n'y avait que trois femmes, dont la plus jeune devait avoir au moins soixante ans. Il n'avait pas été très long à transformer la situation. Faire marcher une "maison" comme il savait le faire était un art. Avec un driver de sa classe, le 122 était vite devenu une affaire de premier plan. A l'époque où les autres "maisons" de Paris assuraient à leurs filles cinq francs par jour - qu'elles montent ou ne montent pas - la formule avait été jugée inutile pour la rue de Provence. Dans les jours creux ou en morte saison, les gagneuses n'y faisaient plus que cela.

     

     

    Au XIXe siècle

     

    Au XIXe... peu de changements depuis...

     

    C'est dire si je me montrais difficile sur les prétendantes. Quand une fille arrivait, elle était reçue par la portière qui avertissait les gouvernantes. Un coup de sonnette annonçait l'arrivée d'un client, deux coups une visite pour quelqu'un de la maison. Blanche, alertée, commençait par faire entrer la candidate dans un petit salon pour la regarder de la tête aux pieds. Si la femme était quelconque, elle la décourageait :

    - Je regrette. C'est complet.

    Mais, si la fille avait un quelque chose, la beauté, l'allure, un style qui manquait au One :

    - Tu n'as pas de couture ?

    Je n'acceptais que des sujets sans cicactrices. Si l'arrivante répondait négativement, Blanche posait la seconde question :

    - Est-ce que tes seins tiennent ?

    J'avais horreur des poitrines tombantes. C'est laid. Mes pensionnaires devaient pouvoir se balader sans soutien-gorge sous leur robe du soir. Alors seulement si la réponse était satisfaisante, la gouvernante concluait :

    - Ma petite fille, déshabille-toi. On va appeler Madame.

    Pour qu'elle en soit arrivée là, il fallait que ce soit un corps vraiment exceptionnel. J'arrivais et tournais autour de la fille, nue au milieu de la pièce, la détaillant sous toutes les faces. Si ce que je voyais me convenait, j'échangeais quelques phrases avec elle, car il fallait qu'elle sache se tenir aux salons. Elle n'allait pas être là uniquement pour se faire sauter. La voix, le vocabulaire pouvaient détruire complètement un physique. Une voix de poissarde faisait d'une fille superbe un article tout juste bon pour le Panier fleuri. J'avais mes raisons pour vouloir la perfection. Il fallait que One Two Two soit le premier en tout, noblesse oblige, et que mes filles puissent se montrer en public nues comme Eve.

    Pour certains dîners - ceux d'amis ou de personnalités que je voulais gâter tout particulièrement - , Blanche faisait ôter leurs robes de soirée à mes dix plus jolis sujets, ne leur laissant que des talons hauts, un camélia blanc dans la chevelure et un truc phosphorescent à la pointe des seins et au derrière."

     

     

     

     

    sources :

    http://www.insenses.org/chimeres/lieux/one_two_two_11.html

     

    ARTICLE "HISTORIQUE" et ne doit en aucune façon être la cible de commentaires doûteux...

     

     

     

     

     

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