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    Lutèce, la gallo-romaine

    Là ou l'Empire Romain prit domination, il imposa ses règles, d'évidence celles de la construction et de l'urbanisme. Les cités en Gaule correspondirent trait pour trait à la civilisation romaine : temples, théâtres, arènes, aqueducs, rues perpendiculaires, routes pavées, etc... Ce qui deviendra plus tard Paris est à l'origine une ville d'inspiration latine. Une conception pas si éloignée de la modernité contemporaine de l'urbanisme.

    ci-contre : "le frigidaire" (thermes de Cluny)

     

     
     
    Le développement de Lutèce s'est étendu en contre-fort de la Montagne Sainte Geneviève. Les protections édifiées vers 270 ne tiendront pas l'assaut des Germains et la ville connaîtra les premiers soubresauts venant du nord et de l'est. Entre-temps et depuis la fin du premier siècle, Lutécia prospère et développe mieux qu'ailleurs la Pax Romana. C'est en rive gauche que la cité va s'étendre et accueillir un population de l'ordre de 5 à 10.000 habitants. C'est une ville de très moyenne importance, pourtant elle aura sa monnaie et les romains fortunés aimeront y venir séjourner. C'est une ville paisible, avec une garnison militaire de petite importance. Pour mémoire seule une petite rébellion prendra place contre l'autorité romaine. Elle y fut mis fin par la volonté des habitants, plus que de la volonté de ceux chargés de protéger la ville.
     
    La présence des Arènes avec 18.000 spectateurs et d'un théâtre, démontre une certaine vitalité de la vie culturelle et une place importante du spectacle à Lutèce. Le monde urbain s'éveille et l'on peut affirmer que cette ville a connu au début de l'ère chrétienne une assez grande stabilité et devint rapidement un noeud routier et fluvial important. A souligner, 200 ans de stabilité, c'est assez rare dans l'histoire de l'Humanité. De la petite commune celte à la ville gallo romaine, que de progrès accomplis. Les gaulois vont en moins de cent ans accepter la suprématie latine. Ils vont mêmes devenir un exemple au sein de l'Empire. Si l'on parlait de barbares à Rome, les gallo-romains seront une exemple de développement et de raffinement après seulement quelques décennies de domination. Quand Rome ne cessera de jouer la nostalgie et l'annonce de son déclin.
     
     
    Les Romains laissèrent aux dominés le choix de la religion. Ils remplacèrent toutefois la loi celte par la loi romaine. Des patriciens (d'origines gauloises) siégèrent au Sénat à Rome. L'un d'eux, Antonin Le Pieux, 84-161 après J.C., Nîmois d'origine devint empereur. La prospérité gauloise amena à un réseau denses de villes. Elles furent toujours selon les préceptes de Rome, s'embellissant de constructions et édifices. On dénombrera jusqu'à 65 amphithéâtres en Gaule romanisée.  
     
     
     
     
    Descriptif de la vie à Lutécia
     
     
    Paris et son histoire de l'eau n'est pas un détail de son histoire. Ce fut un problème important tant la situation sanitaire a pu connaître des accents pathétiques. Néanmoins au 3ème siècle (après J-C) l'on vantait les qualités de l'eau de la Seine. Ce qui ne durera pas avec l'accentuation de la population à la fin du premier millénaire. La Seine fut même une poubelle à ciel ouvert et une réalité urbanistique oubliée depuis. Bien que ranimée par la pollution actuelle, et à vouloir à ses risques et périls y nager entre le rejet des eaux usées et la navigation du fleuve... Il n'est resté jusqu'à présent qu'une promesse électorale d'un maire extravaguantesque de Paris, datant de la fin du vingtième siècle...
     
     
     
     
    Il importe de préciser que la navigation fluviale aura dès l'époque gallo-romaine un rôle économique important. La corporation des Nautes fut le nom donné au corps des premiers bateleurs de la Seine. C'est de leur maxime "flottons mais ne coulons pas" que Paris a sur ses armes un bateau et la devise "fluctuat nec mergitur". La circulation fluviale fut un enjeu important et la congrégation des Nautes était puissante. Ce type de voie de communication a assuré le commerce par voie navigable, un enjeu non négligeable dans l'expansion économique de Lutèce. Et jusqu'à aujourd'hui, et si cela peut échapper, Paris demeure un grand port marchand et fluvial, le plus important en Europe.
     
     
     
     
    À noter: la dédicace d'un pilier volumineux d'au moins six mètres de haut et composé d'au moins cinq blocs de granit en l'honneur de l'empereur Tibère (début Ier siècle après JC). Un pilier offert par "la corporation des Nautes" à Lutèce. Les marchands bateliers de la Seine, avaient pour représentation le dieu gaulois Smertrios, "vainqueur du serpent". Mais aussi des dieux romains et des dieux traditionnels gaulois.

     
     
     
     
     
     Le quotidien
     
     
     
    Le droit romain ne fit pas des femmes l'égale du chef de famille. Il exista une loi sur le divorce, mais elles avaient pour interdiction l'accès aux carrières publiques. Se limita principalement ainsi l'activité des femmes à la famille et à la religion (de rares sages-femmes ou doctoresses). Certaines néanmoins connurent une situation sociale de premier plan.  
     

     
     
    Veuves fortunées ou jeunes héritières pouvaient avoir un rôle économique, voire politique au sein du monde gallo-romain. Les femmes dans la vie religieuse eurent une grande place. Les déesses jouent un rôle important dans l'ordonnance des cultes, et les prêtresses sont nombreuses. Avec l'apparition du christianisme les femmes vont perdre progressivement cette place et ce pouvoir au profit d'un clergé masculin.
     
    La vie d'un enfant (de famille aisée se déroule) jusqu'à la septième année à la maison, puis à l'école jusqu'à environ dix-huit ans. Il grandit ainsi, entouré de ses frères et soeurs, et il a des jouets... des jeunes esclaves de son âge lui sont choisit pour compagnons. Garçons et filles ont aussi des animaux familiers.
     
    Le costume type des habitants de Lutèce est un caleçon long, un peu bouffant, ou légèrement étroit pour ressembler plutôt à la culotte qu'au pantalon. Par dessus les braies ou le pagne, l'on passe une tunique à manche. Les femmes portent fréquemment une tunique et portent généralement un long châle enroulé autour du torse.
     
    Le monde des marchands est à la fois artisans et commerçants : potier, sabotier, cordonnier, tonnelier, tailleur. Les marchands de produits alimentaires sont les plus nombreux , les plus variés avec le marchand de légumes secs, le pâtissier, le marchand d'huile, ... La vente des boissons et principalement du vin, était l'une des activités les plus rentables du commerce de gros et de détail, la boisson la plus courante est une cervoise à base de blé, ou d'orge.
     
     
    Des stèles de cette époque montrent la mère de famille entourée de ses enfants, aux côtés de son époux décédé ou agonisant. Selon les fresques, la veuve porte le gobelet et la serviette utile au repas funéraire ou bien un coffret pleins de ses bijoux et deniers.  

     
     
     
     Les espaces publics
     
     
    Les arènes sont répertoriées depuis au moins le Moyen Age. Des textes du XIIème et XIIIème siècles l'attestent. Elles furent peut être restaurée à l'époque mérovingienne, rien ne l'affirme. La résurgence du monument date de 1860, lorsque fut expropriée la Congrégation Notre Dame. Cette arène ainsi conçue permettait de mettre en valeur des exhibitions. Les jeux du cirque furent supprimés par des successeurs de Constantin.  

     
    L'amphithéâtre, le Théâtre (se situait rue Racine), à Lutèce comme ailleurs les édifices réservés au spectacle sont tout aussi important que les bains (Thermes de Cluny) et le sport. Dans les très grandes villes comme Rome, un Odéon peut même s'ajouter au théâtre. Des lieux de surveillance de la rumeur publique et de transmission intellectuelle. Le théâtre est à la fois, festifs et spontanés, de ces temps, autour de la Farce, et aussi de la tragédie. L'espace s'ouvrait à une "orkhêstra improvisée" délimitée par les spectateurs.
     
    Le forum, et aussi le temple, la place centrale, la basilique et ses boutiques. Le Forum de Lutèce était un espace public, s'y tenait des cérémonies officielles et religieuses. La place publique est un vaste rectangle d'environ 60 mètres de long offert aux promeneurs, non loin le Temple et ses offices. Puis, la Basilique ou se trouve les tribunaux, se traite les affaires courantes.
     
    Les Temples, rien que des indications éparses. Ils ont dû subir des destructions complètes avec l'expansion du christianisme. Ils n'étaient pas répartis au hasard, on sait que l'urbanisme romain avait des préceptes théologiques, dont Vitruve a transmis une théorie (1er siècle après JC, en latin), Impossible de dénombrer aussi les chapelles réparties au hasard de la croissance de Lutèce.
     
     
     
     
    Les vestiges de la période gallo-romaine à Paris sont peu nombreux, mais pour ce qu'il en reste, c'est imposant. A ce titre, les thermes de Cluny se trouve dans la quartier latin, et l'aqueduc, est encore visible du côté de Cachan (Val de Marne). Ce dernier fut restauré du temps d'Henri IV pour l'alimentation en eau de la capitale, notamment les eaux du jardin du Luxembourg. L'on doit à Monsieur Vitruve une méthode sur l'organisation urbaine du temps de la civilisation Romaine, qui servit longtemps de base pour le travail des chercheurs et archéologues.
     
     
     

    Le président du conseil municipal de Paris, reçoit une lettre de Victor Hugo.

    Monsieur le président,
    Il n'est pas possible que Paris la ville de l'avenir renonce à la preuve vivante qu'elle a été la ville du passé.
    Le passé amène l'avenir.
    Les arènes sont l'antique marque de la grande ville.
    Elles sont un monument unique.
    Le conseil municipal qui les détruirait se détruirait en quelque sorte lui-même.
    Conservez les arènes de Lutèce.
    Conservez-les à tout prix.
    Vous ferez une action utile, et, ce qui vaut mieux,vous donnerez un grand exemple.
    Je vous sers les mains
     
     

    Paris le 27 Juillet 1883, Victor Hugo

     

     

    Peu après, le conseil municipal se porta acquéreur des vestiges des Arène qui furent classées auprès des monuments historiques,un square fut aménagé sur le site toujours existant.

     

     
     
     
     
     Les Romains, l'art de construire et le plâtre...
     
     
    Question anodine à première vue, mais importante dans les faits. mais qu'ont pu importé les romains aux gaulois comme matériaux de construction ? L'on sait qu'ils furent les premiers inventeurs du béton. Il disparut avec l'Empire pour réapparaître à Paris quelques siècles plus tard comme une nouvelle invention...  

     
     
    Ce que l'on sait moins, c'est le rôle du plâtre qu'ils vont diffuser là où ils s'établirent en Europe du nord. La présence des carrières de gypse près de Lutèce vont devenir un atout de son développement. D'où son succès pour l'ornementation de la ville et les segmentations au sein des édifices parisiens. Reste d'une une tradition qui depuis est l'élément incontournable des maçons, et il semble que de l'envol de Lutèce aux enfants de Clovis, ses administrateurs ont toujours cherché à mettre en valeur le patrimoine.
     
    Les murs des maisonnées de Lutèce sont enduits de plâtre et de chaux, les plafonds sont constitués de bois et de plâtre. Le plâtre peut servir dans la maçonnerie pour unir les pierres les unes aux autres. Les artisans romains en usèrent comme revêtement extérieur (de couleur "ton chaud d'ocre rouge"). Mélangé on en fait un stuc. Du plâtre et de la poudre de marbre offre un bel éclat pour l'ornementation des édifices.
     
     
     
     
    À Lutèce, sur les bords de la Seine, les huttes de la tribu des Parisii feront place à des bâtisses plus solides. La colline de Montmartre regorge de gypse : des dalles, des carreaux de plâtre, des colonnes plusieurs vestiges des IIème et IIIème siècle de notre ère en témoigne. La chute de l'Empire et les invasions entraînent pour de longs siècles le déclin des constructions en pierre au profit de bâtiments en bois.
     
    Au Moyen Âge, les bâtisseurs, les moines de Cluny et de Cîteaux remettront à l'honneur l'emploi du plâtre. La profession s'organisera et codifiera son activité : le Livre des métiers, commandé par Louis IX au prévôt de Paris, est le texte fondateur des corporations au XIIIème siècle. Le mot plâtrier désignait celui qui réalise l'extraction et la cuisson du gypse, c'est-à-dire le fabricant.
     
     
     
     
    Les premiers réseaux routiers
     
     
    L'existence des routes fut un des traits forts de l'urbanisme latin. On peut en comprendre l'importance au titre qu'obtint Marcus Vispanius Agrippa (63 - 12 avant J-C.) : Grand maître des voies romaines. Les voies de communications participèrent à l'essor de l'empire.  
     
     
    Les latins en Gaule vont tracer "la Via Domitia" vers 118 avant J.C. dans la région de Narbonne. Le reste des provinces gauloises seront par la suite desservies par un réseau de voies militaires, impériales publiques, régionales et privées. Un réseau dense : en dehors des zones de montagne et de marais, les maillons routiers sont espacés de l'ordre de cent kilomètres au maximum. Au premier siècle Lutèce est déjà un noeud routier : au nord un pont mène aux routes de Senlis, de Rouen et de Melun, au sud partent les voies de Dreux et Chartres et le cardo mène vers Orléans.
     
    Ce réseau routier romain fut surveillé et entretenu, ses voies sont construites et munies de fossés, de postes de douane ou de péage, et jalonnées par les bornes milliaires. Pour le franchissement des cours d'eau sont construits des ponts de bateaux ou en pierres, les pierres forment des voûtes levées avec des engins à poulie, puis sont scellées à la chaux obtenue par cuisson du calcaire. Les routes romaines sont utilisées par des voitures à deux roues tirées par des chevaux non ferrés et munis d'attelages, le réseau dans sa globalité comportera environ quatre-vingt-dix mille kilomètres de grandes routes et deux cent mille kilomètres de voies secondaires.
     
    Les premières dégradations par le gel sont observées dans le nord de l'Empire sur l'usure des chaussées. Elle suscitera une réglementation de Dioclétien (vers 245 - 313 ap. J-C.), il limitera la charge des charrettes. Ce même réseau est aussi à l'origine du développement de relais, d'auberges, de villes étapes, et, même, de cartes routières comme en témoigne une copie du XIIIème siècle d'une carte des itinéraires romains (du IIIème et IVème siècle). Une des dernières bornes milliaires date de 435 et conduira progressivement avec la chute de Rome, en Europe occidentale, à la cessation de l'entretien des routes et à l'arrêt de la circulation charretière du VIème au VIIème siècle, au profit d'une navigation fluviale de faible activité.
     
     
    C'est au cours du IV° siècle que Lutèce devint Paris, abréviation de civitas Parisiorum ou urbs Parisiorum. Au sud le faubourg Saint Jacques (la route menant à Orléans) trouve dans son axe nord le faubourg Saint-Martin qui lui va en direction des Flandres.  

     
     
    Ce développement suit les grands axes urbains datant des premier siècles. Mais en l'état rien ne permet d'affirmer qu'une voie romaine passa par le faubourg Saint-Martin. Nous sommes là face à un enjeu de mémoire et il reste semble t'il du travail aux archéologues à Paris. Si la volonté politique n'essaie pas de son côté d'empêcher la recherche de faire son travail, comme on a pu le constater ces dernières années autour d'enjeux immobiliers. Alors que peut peser un bout d'aqueduc, de route face à des enjeux spéculatifs ?
     

    La cité se tourne résolument vers le christianisme importé en 250 par saint Denis, premier évêque de la ville et figure de la légende. Les nouveaux édifices religieux se dresseront sur les anciens temples gallo-romains pour la vénération de personnalité chrétienne telle que sainte Geneviève. La rive droite parisienne ne se peuplera véritablement que sous le règne des Mérovingiens (à partir du VIème siècle).

      

    SOURCES BLOG : http://lionel.mesnard.free.fr/le%20site/2-3-lutecia-lutece.html

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